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:: Paroles de femmes ::
Les conditions de la Femme aux Comores - Le mariage   
 (par Sheherazade) : 8 - 06 - 2007
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Le mariage aux Comores est défini dans le code de la famille qui englobe également les droits de la femme.

Un nouveau code de la famille a été promulgué en 2005 mais il n’est pas encore appliqué : cela nécessite la formation des chefs religieux, de cadi et des magistrats à ce code de la famille et la formation des formateurs. Ci-dessous, sont exposées les conditions des mariages en vigueur actuellement et certaines améliorations apportées par ce nouveau code de la famille.

L’âge du mariage

Deux directives juridiques cohabitent :
 - le droit musulman qui autorise le mariage dès l’âge de 14 - 15 ans avec des possibilités de mariage arrangé avant cet âge, surtout chez les filles.  - le code comorien de la famille autorise le mariage dès l’âge de 18 ans chez les filles et dès 22 ans chez l’homme

Un rapport des Nations Unies publié le 23 octobre 2000 révélaient qu’il n’existait pas encore d’uniformisation des textes à ce sujet.

Le nouveau code de la famille a fixé l’age du mariage à 18 ans pour les filles et pour les garçons.

Choix du conjoint

  • Certaines filles ont la chance de choisir librement leur futur conjoint hors du cadre familial.
  • Le mariage le plus courant cependant reste le mariage arrangé. Les parents de la fille ont déjà fait le choix. La famille de l’homme (ou l’homme lui même) vient faire sa demande. Il revient à la fille de choisir sur
     - critères physiques (aspect extérieur, comportement, éloquence, etc..) * si elle a l’occasion de le rencontrer en présence de toute la famille [1]
    * si elle a déjà vu au hasard dans le village
    * elle le connaît déjà car c’est un membre proche de la famille
     - les appréciations des parents
     - les commentaires du village à son sujet

    Souvent le mariage est contracté dès son plus jeune âge. La fille grandit en sachant qu’elle appartient déjà à quelqu’un et agit en tant tel. Peut-on parler de consentement libre de la fille face à ce type de situation ?

  • Le mariage forcé : on vous dira tout simplement qu’aux Comores, il n’existe pas. Dans ce cas de figure, le mariage une fois célébré, les jeunes filles ou femmes se résignent à cette situation et l’on finit par oublier, le mari y compris, qu’elles n’étaient pas consentantes. Mais les mariages forcés existent bel et bien. De toutes manières, lorsque cela se produit, elles n’ont guère le choix que d’accepter : si elles se rebellent, elles vont vivre où et comment vont elles faire pour subvenir à leurs propres besoins ? Je connais des filles de mon village qui ont fait de la résistance ; mais c’est sans compter sur les pressions familiales, les commentaires du village à leur sujet, leur isolement au sein de leur famille (elles sont prisonnières chez elles). Elles finissent souvent par céder. Dans ces moments là, le futur mari n’est d’aucune utilité et n’a aucun amour propre. Il sait que la femme qu’on lui a prédestinée l’a refusé mais il n’en tient pas compte ; pour lui ce qui importe est l’avis final des parents. Et il reste en lice jusqu’au feu vert de la famille. Et cette catégorie d’homme concerne aussi bien les instruits que les analphabètes.

Violences conjugales

On peut dénombrer plusieurs formes de maltraitances existants aux Comores :
  • La plus visible : les maltraitances physiques. Rares sont les femmes qui s’expriment à ce sujet. Si elles en parlent, c’est dans le cadre familial ou au sein du village afin de solutionner le problème. Elles peuvent également en théorie porter plainte mais elles n’osent pas. Et malheureusement, il n’existe pas de structures d’accueil pour les femmes victimes de maltraitance.
  • Maltraitances psychologiques : violences plus traîtres et invisibles.
  • Le viol conjugal : sujet tabou. Le terme de viol peut en étonner plus d’un car les relations sexuelles sont considérées comme un devoir conjugal. Certes, mais cela dépend de la manière dont ces relations sexuelles se déroulent. Car la définition du viol est de forcer une personne à avoir des relations sexuelles sans son consentement. Il n’en demeure pas moins que dans le cadre du mariage, cela est possible :
     - soit la femme n’a pas envie au moment où son conjoint en a envie. Dans ces cas là, une discussion s’impose et non pas la force afin d’ essayer d’en comprendre les raisons. Mais dans notre société, parler de sexualité est tabou, même dans le cadre d’un couple.
    Si la femme osait se plaindre, on lui objecterait que c’est une obligation de femme musulmane et on la renverrait chez elle. Elle se taira donc, car ce renvoi serait considéré comme un acte honteux et le discrédit rejaillirait sur elle et sur sa famille. L’Islam exhorte les couples lorsque des problèmes persistent y compris sur ce sujet à faire appel à une tierce personne. Et les chefs religieux ne font rien pour faciliter le dialogue à ce sujet.
     - soit tout simplement, la femme n’aime pas son mari. Et là, le divorce s’impose. Encore faut-il que la femme puisse le faire ou que le mari le veuille.
     - soit la femme n’est pas du tout préparée et n’est pas prête ; le viol en général a lieu durant la nuit des noces, lors du premier rapport sexuel.
    L’éducation de la femme dans le rôle d’épouse se limite sur ses devoirs en tant que maîtresse de maison et mère de famille. Sa formation sur ses autres devoirs conjugaux est laissée au soin de son futur mari. Et la plupart du temps, leurs maris n’ont pas la sensibilité de leur expliquer ce qu’elles doivent faire. Ils n’ont pas également la patience d’attendre que leurs femmes soient prêtes et consentantes. Ils veulent satisfaire leurs désirs et vérifier qu’ils ont bien eu des vierges comme femmes.
    C’est le cas d’une amie qui me racontait le premier mariage contracté par sa sœur qui ne connaissait pas son mari mais avait accepté pour ne pas froisser sa famille. Sa hantise était de se retrouver dans le même lit que son mari. Elle ne savait pas quoi faire. De plus elle avait peur de son mari et était gênée lorsqu’il s’approchait d’elle. Lorsque son mari essayait de s’approcher d’elle dans le lit conjugal, elle s’éloignait jusqu’au bord. Une nuit, son mari énervé et impatient, l’a prise de force dans son sommeil. Ni ses cris et ni sa souffrance n’arrêtèrent son geste. Le lendemain, les draps étaient rouges ; il y avait du sang partout. Le mari, content, appela sa famille pour les remercier de la bonne éducation de leur fille, sa femme. Leur premier rapport sexuel est un viol. Et les prochains, faute d’explication et soutien psychologique, sont également vécus comme des viols. Certaines ne s’en sont jamais remises et ont été délaissées par leur mari. D’autres ont fini par accepter ce type de rapport sexuel et considérer les relations sexuelles comme des relations douloureuses : c’est un mauvais moment à passer mais c’est le seul moyen d’avoir des enfants et fait partie de leur devoir conjugal.

Le seul moyen de limiter ces viols conjugaux et les violences en tous genres est l’information . Mais dans un pays religieux, où la sexualité n’est admise que dans le cadre du mariage, cette démarche peut se mettre en place de différentes façons :

  • Créer un cadre ou une structure permettant une sensibilisation des femmes à l’existence de ce type de violence et des discussions sur leur sexualité, leurs joies et leurs difficultés. Ainsi elles pourraient recevoir un soutien de femmes et d’ animateurs (médecins, psychologues, etc..) elles sauraient ainsi mieux protéger leurs filles, leurs sœurs
  • Sensibiliser également les futurs mariés lors des préparatifs de leur mariage par un professionnel de la santé et d’un religieux :
     - rappeler au futur couple, l’objectif fondamental du mariage en Islam, le respect et l’amour qu’ils se doivent chacun envers l’autre, l’entente, leurs obligations maritales et permettre également à chacun d’exprimer ses attentes et ses objectifs. Ces explications peuvent être inspirées du comportement du Prophète Mahomet envers ses femmes, empreint d’amour , de respect et d’entente mutuelle (Le prophète n’hésitait pas à demander conseil à ses femmes). Ceci peut se faire dans le cadre de l’officialisation du mariage devant l’état comorien. En effet, dans le nouveau code de la famille, un certificat nuptial est exigé pour les époux avant que le juge ne donne son avis sur la célébration du mariage.
     - former les femmes et les hommes sur la sexualité : les appareils génitaux masculins et féminins ; et plus particulièrement sur l’appareil reproducteur féminin : le cycle menstruel, les règles, les relations sexuelles (les différents organes de l’appareil génital féminin dont l’hymen), comment se font les enfants (la fécondation, la nidation, etc....). Cela permettrait aux femmes de s’approprier leur corps et de savoir comment il fonctionne. Cela leur donnerait une idée de ce que signifient des relations sexuelles et d’y être mieux préparées. Pour ce qui concerne les hommes, cela leur apprendrait également à mieux se connaître et anticiper les difficultés ayant trait à l’intimité et aux relations sexuelles.
     - Rappeler aux hommes que les femmes sont des êtres humains sensibles qui ont besoin d’attention, d’amour et de tendresse. Et ainsi ces dernières pourront le leur rendre de l’amour au centuple en leur accordant ce qu’ils attendent.
  • Prohiber les actes de violences.

Divorce

Le divorce est prononcé lorsque l’homme répète une, deux ou trois fois en présence d’un témoin ou cadi « je te répudie ». Après le divorce, il n’y a aucune réglementation concernant l’aide financière de l’homme pour son ex-femme. L’homme est libre d’aider ou non financièrement son ex-femme et de participer à l’éducation de leurs enfants. Dans la plupart des cas, l’homme se décharge de son rôle de parent sur son ex-épouse et tourne la page comme s’il n’avait jamais eu d’enfants. Le nouveau code de la famille a fixé des règles sur la prise en charge des enfants et du respect de leurs droits par les parents pendant et après le mariage.

Autres thèmes touchant les conditions de la femme aux Comores dans Holambe :

 - Instruction scolaire française

 - Instruction coranique

 - le travail

 - Les violences sur les femmes

 - la santé


[1] Souvent le prétendant ne vit pas aux Comores. Et le mariage peut se dérouler sans sa présence ; il suffit juste d’un représentant de sa famille. Et une fois le mariage contracté, la mariée rejoint son mari dans son lieu de résidence comme on envoie un cadeau par la poste.

 

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