Traditionnellement, les enfants sont d’abord envoyés à l’école coranique afin de parfaire leur éducation avant d’être inscrits dans une école française à un âge avancé (9 -10 ans). Depuis quelques années, l’écart d’inscription entre les deux écoles s’est réduit. Mais dans certaines régions, la tradition est tenace, mais il faut préciser que l’école coranique est plus accessible financièrement.
En général, l’instruction se résume
à la connaissance de l’alphabet arabe
savoir lire le Coran (sans le comprendre)
connaître les cinq piliers de l’islam
effectuer correctement les cinq prières de l’Islam
Aucun autre thème n’est abordé dont
la signification et l’origine des sourates,
l’histoire de l’islam et des pays arabes qui permettrait de ne pas faire l’amalgame entre l’islam et les traditions/coutumes arabes,
les valeurs humaines défendues dans le Coran et les hadiths
la religion dans la vie quotidienne, dans la vie de couple, dans l’éducation, etc....
les droits de la femme, les obligations de l’homme
La carence de bibliothèques sur ces sujets ou de livres explicatifs accessibles à la compréhension nous amène à ne croire qu’aux enseignements de nos professeurs (fundi), nos chefs religieux et nos parents, que nous croyons issus du Coran. Or dans certains cas, la parole de Dieu ne nous est pas transmise correctement :
- La polygamie : je me souviens avoir assisté à une conférence religieuse donnée par les étudiants d’une école coranique (madrasat) ; une jeune fille nous conseillait d’accepter que les hommes aient quatre femmes. Les femmes étant plus nombreuses que les hommes cela leur permettrait à toutes d’être mariées.
En entendant ces propos, j’étais si choquée que je me suis rendue directement dans la bibliothèque de mes parents où par chance je trouvais un livre contenant à la fois le Coran et sa traduction française. Quel fut ma surprise de lire que la polygamie était assortie de conditions : « effectivement, les hommes sont autorisés à avoir quatre femmes mais à la condition de les traiter de manière équitable. Et dans la même sourate un peu plus loin, on peut lire que l’homme ne pourra jamais être équitable envers ses femmes [1] ».
De plus selon la jurisprudence musulmane, le mari est tenu d’informer sa première épouse, de son projet de mariage avec une autre ; ce qui n’est pas toujours le cas. En général, la première en est informée ensuite par la rumeur.
Et lorsque la première épouse est informée, elle est en droit d’accepter ou de refuser. En général, les femmes acceptent la situation à cause
du poids de la tradition : une femme célibataire en âge de procréer est mal vue
du poids économique : si elle se sépare de sa main nourricière, qui prendra le relais ?
D’où la nécessité du volet suivant.
- Le droit à la connaissance [2] : certains chefs religieux mènent une campagne de propagande auprès des familles pour ne pas inscrire leurs enfants (leurs filles) à l’école française. Or l’islam n’a jamais était contre l’éducation des filles. L’histoire de l’Islam parle des centaines de femmes érudites dans le domaine littéraire et théologique. Et la connaissance du message du Coran est conseillée à tous musulmans et musulmanes afin de comprendre l’histoire de l’humanité et de permettre d’avoir la foi. Or la foi ne peut s’acquérir par la force mais par la connaissance et l’étude du Coran. L’ironie est que ce savoir n’est pas inculqué au sein des écoles coraniques. D’où mon étonnement à la lecture de la traduction française du Coran, qui s’est avéré être à la fois un livre d’histoire et de sciences ; j’y ai retrouvé toutes les informations acquises ou abordées à l’école française et au travers de documentaires ou films tirés de la Bible : les sciences, l’histoire, l’astronomie (le soleil, les ciels, la lune, la terre, etc...), les citations de personnages bibliques (moise/Moussa, Jésus/Issa, Abraham/Ibrahim, Noé/Nuh, David (Dawud) et Goliath, etc...), etc... Je me souviens également des commentaires de mes amies pratiquantes : « je le lirais une fois âgée ; je redoute ce que je pourrais y lire ».
- Le droit au travail : Le Coran ne fait à aucun moment allusion au travail de la femme et de l’homme également. La sunna, non plus, ne mentionne pas le travail de la femme. Aucun texte dans l’Islam ne laisse entendre que le travail de la femme est interdit. Au contraire, des faits historiques montrent que la femme a toujours exercé un métier avant et après l’avènement de l’Islam. L’exemple le plus marquant est Khadîja Bint Khulaylid (première épouse du prophète Mahomet) qui avait à son service des hommes, y compris le prophète Mahomet avant la révélation pour conduire ses caravanes vers la Syrie. Une des épouses du Prophète Mahomet, Zaynab Bint Jahsh, exerçait un travail manuel : tannage les peaux de bêtes, couture et vente.
- Le choix du mari. On a tendance à nous faire croire qu’être une bonne musulmane consiste à obéir à ses parents y compris pour le choix de son mari. La première affirmation sur l’obéissance des parents est vraie, si ces derniers agissent pour le bien de leur fille. Mais en ce qui concerne le choix du mari, la réponse d’accepter ou de refuser appartient à la fille. L’envoyé de Dieu - que la prière et le salut soient sur lui - a dit « La femme veuve ou divorcée ne se marie que si elle en donne l’ordre (tusta’mar). Quant à la vierge, elle ne se marie que si elle en donne l’autorisation (tusta’dhan) ».
- Le respect des individus et des enfants : certaines personnes y compris des religieux ou des enseignants coraniques sont connus pour avoir perpétré des actes de violences sexuelles. Ils n’ont ni été condamnés par le corps religieux, ni par la justice d’état. Ils sont libres de recommencer s’ils le veulent. Or dans le Coran, non seulement, les relations sexuelles hors mariage sont interdites mais le viol (obliger une femme ou une fille à un acte sexuel auquel
Elle n’a pas consenti) également.
On ne cesse de nous dire que le Coran protège les femmes ; c’est vrai. Mais dans la réalité des faits, l’exploitation de la parole de Dieu par les religieux et par la société comorienne nous prouve le contraire. Ils nous donnent l’impression d’être damnées et condamnées.
L’autre difficulté est l’absence de règlement sur les écoles coraniques et sur les enseignants. En effet, chacun est libre d’ouvrir une école coranique donc d’y enseigner ce qu’il a envie de professer.
Afin de permettre un meilleur apprentissage de la lecture et de la connaissance du Coran, l’instruction coranique devrait être harmonisée dans tout le pays. Cela nécessite des prises de position et d’action du Muphtorat afin :
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D’établir les contenus des cours destinés à être dispensés au sein écoles des coraniques
- Donner une autorisation à celui qui veut enseigner
- Homologuer l’ouverture d’une école coranique
- Se doter d’une bibliothèque permettant d’avoir accès à l’information sur le Coran, l’islam, le prophète, etc... Mais cela implique que les gens savent lire et comprennent soit l’arabe, soit le français, soit le swahili ou l’anglais. Pour information, Radio Comores diffuse tous les matins des traductions coraniques en comorien et les explications énoncées par le Mufti . Ces traductions pourraient être enregistrées et étudiées au sein de l’école ou au sein des familles ou au sein de club des femmes
- Ouvrir aux femmes l’accès à la connaissance et qu’elles aient la possibilité de se réunir pour parler de leurs droits, de leur intimité, de leurs obligations sans crainte. < /li>
Ainsi le respect des droits de la femme passe par la connaissance du Coran et de l’Islam et de sa bonne application.
Référence :
« La femme musulmane dans la société », Volume I : Passé et présent, égalité et différences. Volume II : Droit familial et social. De Tahar Gaid
Autres thèmes touchant les conditions de la femme aux Comores dans Holambe :
- Instruction scolaire française
- le travail
- le mariage
- Les violences sur les femmes
- la santé
[1] Les versets coraniques autorisant la polygamie sont dans la sourate 4 « An-Nisâ » (les Femmes)
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Ô hommes ! Craignez votre seigneur qui vous a crées d’un seul être (Adam) et a crée de celui-ci son épouse (Eve) et qui de ces deux-là a fait répandre (sur la terre) beaucoup d’hommes et de femmes. Craignez Allah au nom duquel vous vous implorez les uns les autres (vous demandez vos droits mutuels) et craignez de rompre les liens du sang (les relations de parenté). Certes Allah vous observe parfaitement
- Et donnez aux orphelins leurs biens ; n’y substituez pas le mauvais (vous appartenant) au bon (leur appartenant). Ne mangez pas leurs biens (en les mêlant) avec les vôtres : c’est vraiment un grand péché
- Et si vous craignez de n’être pas juste avec les orphelins. Il est permis d’épouser deux, trois ou quatre parmi les femmes qui vous plaisent mais si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule ou des esclaves que vous possédez. Cela afin de ne pas faire d’injustice.
- Et donnez aux femmes (que vous épousez) leur douaire (dot obligatoire donnée à la femme par le mari lors du mariage), de bon cœur. Si de bon gré elles vous en abandonnent une partie, disposez en alors à votre aise sans craindre aucun mal
- Vous ne pourrez jamais être équitable entre vos femmes, même si vous en êtes soucieux. Ne vous penchez pas tout à fait vers l’une d’elles (en lui accordant plus de temps et de provisions) au point de laisser l’autre comme en suspens. Mais si vous vous réconciliez et vous êtes pieux, Allah est, certes, Pardonneur et Très Miséricordieux.
[2] Le prophète Mahomet -Que la paix et le salut soient sur lui a dit : « L’homme se rend responsable d’un péché s’il vient à faire perdre un moyen de subsistance » cité par An- Nisâï, Abû Dâoud, al-Hâkim et Muslim