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:: Paroles de femmes ::
Les conditions de la Femme aux Comores - Instruction scolaire française   
 (par Sheherazade) : 6 - 05 - 2007
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Pour rappel, le dernier recensement général de la population réalisé en 2003, révèle que l’Union des Comores compte 575660 habitants [1] dont 50,4% de femmes et 49,6% d’hommes (sauf à Mohéli où les hommes sont plus nombreux (51,3%) que les femmes (48,7%) par le fait que l’île accueille beaucoup d’hommes venus des autre îles).

Le nombre de filles scolarisées n’a cessé d’augmenter dans l’union des Comores ; mais nombreuses encore sont celles qui sont mises à l’écart du système scolaire ou qui ne terminent pas leur cursus. Le taux net de scolarisation relevé en 2003 est de 73 % dont 66,4 % de filles. Dans le primaire, on compte 96 filles pour 100 garçons ; dans le secondaire, on compte 89 filles pour 100 garçons (données lues sur Kashkazi). On compte chez les analphabètes 63,5% d’hommes contre 48,1% de femmes.

Les raisons de cette différence sont nombreuses :

  • elles sont d’ordre économique [2] : L’éducation scolaire était assuré par le service public. Mais depuis une vingtaine d’année, l’enseignement public s’est dégradé : des grèves successives, des enseignants non rémunérés, infrastructures insuffisantes et/ou délabrées. Seule perspective d’avoir une scolarité régulière est l’école privée. Les frais qui en découlent se révèlent rapidement onéreux : il faut compter les frais de scolarité, les frais de transport et les frais des fournitures et des habits (des tenues réglementaires sont exigées dans certains établissements). Cette situation a contribué à une déscolarisation des enfants et en particulier chez les filles. Dans une famille à faibles revenus, si le choix des enfants à scolariser se pose, la préférence est donnée aux garçons ; et ce pour des raisons sociales.
  • elles sont d’ordres sociales : le garçon est tenu une fois adulte de gérer la famille ou de subvenir à ses besoins (frais). Alors que pour la fille, sa réussite sociale est dans le mariage. Tout ce dont elle a besoin de savoir est de tenir correctement une maison (éducation des enfants, être bonne cuisinière, soin des parents ou des grands-parents, ...) et d’être une future bonne épouse. Ainsi l’apprentissage et l’expérience sont inculquées et pratiquées au sein de la famille.
  • L’ignorance et la peur :

    -  l’école française est vue comme un moyen de perversion : les familles ont peur que leurs filles rejettent leurs traditions et leur désobéissent

    -  certaines familles redoutent que leurs filles ne trouvent pas de mari. En effet certains hommes ont peur des filles instruites. C’est l’exemple de cette jeune femme, future bachelière à qui son père a fait comprendre qu’elle n’entreprendra pas d’études supérieures. Son futur mari, commerçant, ne veut pas d’une intellectuelle, juste une épouse pour le suppléer dans ses activités [3]. Ainsi de milliers de filles sont retirées de l’école afin d’être prêtes pour leur rôle d’épouse.

    -  les filles sont les gardiennes involontaires de l’honneur de la famille. Aussi, afin de sauvegarder cet honneur, les familles les retirent de l’école à leur puberté afin d’éviter la moindre catastrophe ou ne les inscrivent pas. Leurs réactions protectrices sont motivées par
    1. Les mauvaises langues qui ne peuvent s’empêcher d’entacher la réputation des filles
    2. Les histoires d’adolescentes retrouvées enceintes
    3. Les viols constatés, dont certains violeurs se retrouvent être des enseignants.
  • Les charges ménagères et familiales obligent certaines filles à abandonner d’elle-même l’école : elles n’ont pas de temps à consacrer aux devoirs et aux révisions. Elles finissent par ressentir de la difficulté dans la compréhension des cours et abandonnent leur cursus, persuadées de ne pas être faite pour les études.

L’état comorien s’est engagé en collaboration avec des organisations nationales à améliorer les conditions de vie des femmes ; Il a adhéré entre autres à la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes en 1994. Mais il peine à remplir ses engagements par manque de moyens financiers et humains. On peut souligner des initiatives des autorités locales à Anjouan et à Mohéli par la création d’un mouvement comorien pour l’éducation des filles en 2005.

Paradoxalement, les concernées, les femmes, ne sont guère au courant de leurs droits, et des engagements de leurs dirigeants. Certaines ont pris conscience que le changement de leurs conditions ne viendra d’abord que d’elles. Donc depuis une vingtaine d’années, des associations sont nées dans l’objectif de sensibiliser la population et les femmes sur la nécessité de scolariser les filles et sur leur droit. Exemple,

  • Le FAWECOM (Forum des Educatrices des Comores) qui est une antenne de Forum des Educatrices Africaines (FAWE). Leur objectif est d’encourager la scolarisation des filles, de s’assurer du bon déroulement de leur scolarité.
  • Le RNFD (Réseau National des Femmes et Développement). Leurs objectifs sont de défendre les femmes de tout âge dans tous les domaines (éducation, santé, les droits des femmes et des enfants). Ce réseau organise des campagnes de sensibilisation, des causeries dans les villages, des expositions et des séances de projection d’un film sur les problèmes de la fille comorienne.

L’éducation ne se limite pas à l’enceinte de l’école mais débute au sein de la famille ; cela implique un changement de mentalité et de croyances de la part des femmes dont l’éducation des enfants leur incombe, des hommes (les décideurs) et le corps religieux. C’est effectivement le rôle des associations par leurs campagnes de sensibilisation ?
Mais ces campagnes ne seraient-elles pas plus efficaces avec une sensibilisation plus spécifique suivant le groupe d’écoute en s’appuyant sur leurs peurs, leurs inquiétudes :

  • Pour les femmes :

    -  La difficulté chez les femmes est le manque de solidarité et de confiance entre elles. On pourrait utiliser les associations féminines traditionnelles afin d’aborder ce problème et des conséquences que cela engendre ; on pourrait également réfléchir aux moyens de les amener à se parler franchement entre elles de leurs conditions en toute sécurité ; cela leur permettrait de prendre conscience de leur vie et de vouloir une vie meilleure pour leurs filles et d’en parler au sein de leur famille (avec les hommes de leur famille en particulier).

    -  l’éducation des enfants est assurée par les femmes. Si nous voulons un changement comportemental des hommes à notre égard, l’éducation des garçons doit changer. Et les femmes peuvent jouer un rôle. Le garçon en grandissant est habitué à se faire servir par ses sœurs grandes ou petites : nourriture, linges, etc.... Le garçon vit son enfance. En somme, les filles de la famille assurent donc ses besoins ; ce garçon, devenu adulte, attend de sa femme un comportement similaire.
    Pour que les hommes se rendent compte du travail que représentent les taches ménagères, ils devraient dès l’enfance partager les taches ménagères, être responsabilisés. Cela implique une démarche des femmes à ce sujet : faire comprendre qu’un garçon qui aide à la maison n’est pas le féminiser mais l’amener à être un adulte respectueux envers les femmes et les autres. J’ai l’exemple d’une famille : celle d’une amie. Elle est la dernière de dix enfants, huit garçons et deux filles (la deuxième fille est l’avant dernière). Sa mère les a élevé toute seule. Elle aurait pu, comme cela se fait, faire appel à ses cousines ou à des membres féminines de la famille pour l’aider dans les taches ménagères. Elle s’appuya sur ses fils pour l’aider. Et ces hommes là, ne se sont pas sentis diminués dans leur virilité pour autant. Ils assument cette éducation et en sont fiers. Et même l’un deux est devenu fundi, un religieux. Lors des mariages, ce sont les hommes qui s’occupent de la préparation de la viande : découpage, cuisson et autres taches culinaires ou ménagères. Donc il n’y a aucune raison qu’ils ne puissent pas aider à la maison.
  • Pour les hommes : leur préoccupation est de protéger leurs filles/sœurs et de leur assurer un meilleur avenir qui selon eux est le mariage. Car dans la tradition, c’est à l’homme de prendre en charge sa femme et sa famille. Or aujourd’hui, économiquement, cela semble difficile : le chômage, les salaires impayés dans la fonction publique, etc... Il faudrait leur faire comprendre que protéger leurs filles/sœurs passe par une instruction qui leur permettrait d’aider la famille et de s’aider également.
  • Les futurs maris se plaignent que les femmes soient vénales, qu’elles n’en veulent qu’à leur argent. Vu de loin, cela paraît vrai ; mais certaines n’ont aucun moyen financier et dépendent (des hommes de la famille et ensuite du mari. On ne cesse de répéter aux femmes durant leur éducation que ce sont les hommes qui pourvoient à leurs besoins et à leurs désirs. Ainsi, ces hommes pourraient être sensibilisés au fait qu’une femme qui a une activité rémunératrice pourrait subvenir à ses propres besoins et ainsi les déchargerait d’une partie des frais familiaux.
  • Le corps religieux : ce dernier est le garant de la transmission et du respect de la religion et de la tradition comorienne. Il a un poids important dans le pays et ses paroles sont en général respectées par la population. Sensibiliser les religieux signifient leur rappeler les droits des filles dans l’islam qui est le droit à une instruction au même titre que les garçons.
  • Les comoriens résidant hors des Comores : on pourrait sensibiliser les familles afin de faciliter les correspondances entre les enfants vivant ailleurs qu’aux Comores et ceux habitant le pays. Cela permettrait à l’un d’avoir un lien avec son pays d’origine et à l’autre une occasion d’écrire et d’améliorer son français.

Mais la sensibilisation à la scolarisation des filles ne suffit pas ; encore faut-il pouvoir les protéger des abus et attouchements sexuels ?

-  Les enfants, en particulier les filles devraient être informés des comportements sexuels déviants (attouchements, pédophilie, inceste, viol) afin de pouvoir y échapper, prévenir et en parler. A ce sujet, des structures d’écoutes existent.

-  Le viol devrait être considéré comme un acte criminel. Aujourd’hui, les violeurs sont connus et ne sont nullement inquiétés ni par la justice, ni par la population. Une sensibilisation sur la définition du viol est nécessaire car on a tendance à en faire porter la responsabilité aux jeunes filles. Il n’y a aucune raison que les villageois se mobilisent contre un voleur de gibier (ou autre bien matériel) et non contre les voleurs de l’innocence de leurs filles.

-  Des cours d’éducation civique et morale devraient être inculqués aux enfants dans le processus scolaire français ou coranique et également aux parents afin qu’ils puissent prendre le relais à la maison.

La sécurité des filles assurée, il faudrait leur permettre de suivre leur scolarité sans encombre :

-  assurer des cours de soutien soit au sein de leur établissement ou au sein d’associations féminines

-  créer des systèmes de parrainages, d’accompagnement des filles par des femmes

Parallèlement à ce système scolaire, devrait se développer une filière professionnelle pour celles qui ne peuvent suivre un cursus scolaire. Ce type de système existe par les biais de particuliers ou d’associations qui ont une activité manuelle rémunératrice : broderie (kandu, kofia, djoho, djuba, éventail comorien, ect), couture, vannerie, etc.. Leurs ateliers fonctionnent grâce aux élèves qui participent à la réalisation des commandes et acquièrent parallèlement un savoir faire. Malheureusement, ce type de structure disparaît peu à peu car l’artisan ne peut vivre de ce métier : ces produits traditionnels (kandu, djoho, etc...) ne sont vendables qu’à la population comorienne qui néanmoins préfère souvent les acheter ailleurs car moins cher. Or le plus important n’est pas seulement l’acquisition du savoir faire d’un costume traditionnel mais des techniques de broderie. Et ces dernières peuvent être appliquées à d’autres accessoires (étuis de téléphones, sacs, etc..) ou tissus (customisation des jeans, tricots et autres). Par exemple, le drapeau national de l’Union des Comores [4] a été brodé manuellement par une artisane de Mvouni, Hadidja qui s’est spécialisée dans la fabrication d’habits traditionnels (djoho, djuba) et de leur vente. Ainsi ce transfert de ce savoir faire permettrait de générer des activités rémunératrices pour les filles et de valoriser également le savoir faire traditionnel comorien. Un exemple d’exploitation de tissu traditionnel : à Mtsamudu (Anjouan), Fatima Ousseine [a href="http://www.kashkazi.com/archives/26-2006-02-02.pdf" target="_blank"], femme de 70 ans, crée une association Chiromani Tayari dont l’objectif est de former les filles à la couture du chiromani (tissu typiquement anjouanais) et de créer différents articles qui seront vendus par la suite. Aujourd’hui tous les bibelots « des Comores » proviennent d’artisans malgaches : les miniatures en bois représentant des objets de la vie quotidienne comorienne, etc... Ces artisans se sont appropriés le savoir faire comorien et l’exploitent.

Rentabiliser ce savoir faire nécessite une mobilisation de la sphère économique (chambres de commerce, etc..), des coopérations avec des jeunes créateurs d’origine comorienne (spécialisés dans la customisation de tissus ou autres spécialités) ou des commerçants qui exploitent les arts traditionnels.

Référence :

-  Rapport national de 2005 sur « les Objectifs millénaires de développement »

-  « les hommes préfèrent les filles peu instruites » de Ali Moindjie Syfia International 1er juill. 2001 - Syfia Comores : -

-  « Etre une femme aux Comores » numéro 26 (semaine du jeudi 2 février au mercredi 9 février 2006) du journal KASHKAZI

-  « Validation du rapport national sur le développement humain : le statut de la femme comorienne bénéficie d’un contexte favorable, qui n’est pas exempt de « risques de perturbations, voire de régressions » issu du PNUD (programme des nations unies pour le développement)

-  Conférence de la FAWECOM à Mohéli : comment donner une image de la fille dans l’éducation ?

Autres thèmes touchant les conditions de la femme aux Comores dans Holambe :

 - Instruction coranique
 - le travail
 - le mariage
 - Les violences sur les femmes
 - la santé


[1] Les données du recensement de la populations de chaque île : 296.177 à la Grande Comore, 243.732 à Anjouan et 35.751 à Moheli

[2] Données du rapport de 2005 sur « les Objectifs millénaires de développement » : L’enquête intégrale auprès des ménages réalisée en 2004 aux Comores situe la ligne de pauvreté à 285 144 FC par tête et par an et donne les mesures des indices élémentaires de la pauvreté suivantes : 36,9% des ménages comoriens vivent en dessous de la ligne de pauvreté ; Ainsi la proportion des ménages vivant avec moins de 285144 francs comoriens par tête et par an s’élève à 38,4% Anjouan contre 37,8% à Mohéli et 35,3% à la Grande Comore.

[3] Syfia International 1er juill. 2001 - Syfia Comores : « les hommes préfèrent les filles peu instruites » de Ali Moindjie

[4] Le drapeau national des Comores a toujours été commandé dans les pays arabes.

[a href="http://www.kashkazi.com/archives/26-2006-02-02.pdf" target="_blank"] « Etre une femme aux Comores » numéro 26 (semaine du jeudi 2 février au mercredi 9 février 2006) du journal KASHKAZI

 

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