Nassaf SAID ABDALLAH FANE
Nassaf SAID ABDALLAH FANE est une jeune femme comorienne aux multiples talents. Découvrez la au travers de cette interview. Cette interview se compose en deux parties : la première concerne sa présentation, son parcours éducatif et ses passions. Le deuxième volet concerne plutôt ses métiers et son regard sur la société.
Présentes toi ?
Je m’appelle Nassaf et j’ai 24 ans. Je suis originaire des Iles Comores (Grande Comore).
Je suis née à Clichy-La-Garenne. J’ai toujours vécu sur Paris.
Parles nous de tes parents ?
Ma maman est originaire de la Grande Comores (Moroni) et mon papa est originaire de la Grande Comore (Moroni) et d’Anjouan (même si nous avons une appartenance et un attachement particulier pour la Grande Comore car toute notre famille se trouve là bas).
Ma maman est femme au foyer, ce fût un choix de sa part au moment de ma naissance. Elle travaillait dans une banque, mais elle a volontairement choisi de se consacrer à sa vie de famille en élevant ses enfants.
Mon papa est ingénieur, plutôt scientifique contrairement à moi.
As tu grandi dans une cité ou dans un quartier résidentiel ? As tu fréquenté une école publique ou privée ?
J’ai habité le 17ème arrondissement jusqu’à l’âge de 5-6 ans. Nous avons déménagé avec mes parents dans le 19ème arrondissement à la Porte de Pantin près des Buttes-Chaumont et du parc de la Villette et j’y habite toujours.
J’ai fréquenté une école publique.
Tu es actuellement étudiante ?
J’ai suivi des études de droit. Je suis actuellement en école de journalisme et je suis parallèlement une prépa en journalisme via le CNED.
Pourquoi as tu entrepris des études de droit si ta passion concerne l’art ? Pourquoi n’a tu pas suivis des cours de théâtre ou de comédie ?
Vous savez aussi bien que moi que tout ce qui touche au domaine artistique est très aléatoire. Pourquoi suivre des études dans un domaine artistique et ne pas chercher à avoir plusieurs cordes à son arc en étant malléable ?
Le domaine artistique est un domaine qui ne garantit rien.
D’autre part, j’ai des amis bourrés de talent (que ce soit dans le domaine musical , dans le domaine de la comédie qui ont suivi les cours Florent etc...) mais il est clair que le talent ne suffit pas. Il y a aussi une grosse part de chance et faire les bonnes rencontres ne suffit pas.
Mieux vaut suivre une voie générale et continuer dans le domaine de l’art en parallèle donc ne pas risquer de se retrouver sans rien comme bon nombre d’artistes très talentueux. Le système est complètement formaté et il faut correspondre à un profil et à un moment donné.
Parles nous de tes activités culturelles ou extra - scolaires
le conservatoire : Avant de commencer le conservatoire, j’ai pris des cours particulier de piano durant une année. Je suis entrée au conservatoire à l’âge de 7 ans en piano et en solfège ; et j’ai suivi mes cours durant 8-9 ans. J’ai donc eu mes diplômes en solfège et en piano. Si j’ai eu la chance d’avoir une formation classique de musique c’est grâce au soutien et à l’appui de mes parents qui ont toujours été là lors de chacune de mes activités artistiques. Lorsque j’avais des auditoriums, des auditions de musique, ils m’ont toujours épaulé.
le chant : j’ai d’abord commencé le chant au Conservatoire (chant classique). Puis lorsque j’avais 12 ans je chantais parallèlement dans une chorale qui était également un orchestre (je jouais de la soprano, sopranino et alto).
Vers l’âge de 16 ans, je chantais dans un groupe de filles, nous étions 3. Nous nous sommes produits un peu partout sur Paris et sur Montpellier durant quelques années.
Actuellement, je chante dans une chorale de gospel « Gospel pour 100 voix » où je me sens très bien. Le gospel, le negro-spirituals est un chant qui reflète beaucoup de choses positives : c’est un chant de douleur et d’espoir qui était chanté notamment par les esclaves noirs qui n’étaient pas considérés comme des êtres humains, l’évangélisation leur était interdite. C’était pour eux la seule manière de sauver leur âme. Dans le gospel, il y a réellement une âme, ce n’est pas la pratique d’un chant parmi tant d’autre ; il y a des messages, des émotions, de l’espoir, de la souffrance. Avec cette chorale, nous nous produisons dans toute la France, dans de grandes salles ; mais ce qui est le plus impressionnant ce n’est pas le nombre de personnes qui se déplacent pour voir cette chorale chanter mais plutôt de voir des personnes ressentir le message, pleurer, chanter et danser, être touché par le message et l’émotion dégagés.
Des personnes handicapées motrices assistent à nos concerts, et quelle joie que de les voir rire, sourire, danser....oublier durant quelques heures leurs souffrances. C’est vraiment une belle chose que de voir des gens heureux, remplis de joie à la sortie des concerts, qui viennent vers nous, nous dire merci pour ce bon moment passé.
C’est notre plus grande joie, les concerts sont magiques et transportent autant les chanteurs que le public.
D’autres activités culturelles ? ou sportives ?
Mes autres activités s’orientaient plutôt vers le domaine sportif. J’ai joué au basket pendant plusieurs années. J’ai fais du tai-chi chuan et de la musculation. J’ai également pratiqué un peu de théâtre.
Quel a été le déclic pour la comédie, le mannequinât ?
J’ai toujours aimé le théâtre, à vrai dire tout ce qui touche au domaine de l’art depuis ma plus tendre enfance. En réalité tout se rejoint. Lorsque l’on fait des photos, on s’adapte à un thème, on joue un rôle sauf que tout reste figé. On ne joue qu’avec l’objectif...on s’adapte à une situation, à un thème, au maquillage, à la coiffure et au stylisme. Étrangement, je n’avais jamais été attirée par le monde de la photo contrairement à bon nombre d’adolescentes. J’y ai mis un pied par hasard. Lorsqu’on chante, les photos sont nécessaires pour les castings, lorsqu’on est comédien aussi. Il faut avoir un book à présenter aux directeurs de castings ainsi qu’un composite. C’est la carte de visite de l’artiste (chanteur, danseur, comédien ou mannequin), un peu comme le traditionnel Curriculum Vitae et sa consoeur, la lettre de motivation. Depuis jeune on me proposait d’intégrer des agences de publicité mais je n’en ressentais pas l’intérêt jusqu’à ce que le book devienne indispensable pour passer des castings, j’ai intégré une agence de mode et là est née une passion. J’avais des a priori sur le monde de la photo et j’ai très vite compris comment fonctionnait le système. Ce n’est en aucun cas une forme de voyeurisme, au contraire c’est une manière d’informer les gens (par exemple dans la publicité), un moyen de rêver soi-même et de faire rêver les autres. C’est un moyen de s’exprimer dans diverses situations données en jouant un rôle. La seule chose est de savoir poser ses limites et de les imposer aux autres. Si on ne se sent pas à l’aise pour telle chose, inutile de forcer. Les occasions se présentent et il faut savoir faire un tri et ne pas accepter de jongler dans tout et n’importe quoi comme si c’était la dernière occasion qui se présentait à vous. Lors des castings ou d’une séance photo mieux vaut être accompagnée d’une personne pour plus de sécurité. J’impose toujours la venue d’une personne m’accompagnant lorsque je dois rencontrer des personnes que je ne connais pas, jamais dans un lieu privé, toujours dans un lieu neutre et public. Si cela ne convient pas, « à bon entendeur, salut ». Je ne prends aucun risque de ce côté-là.
Tu as joué dans des films, te sens tu l’âme d’une comédienne ? Le mannequinât est ce une autre façon de jouer, de te mettre en scène ?
Je suis une passionnée. Je ne suis pas à la recherche de reconnaissance. Je fais toutes ces activités parce que j’aime ça donc je dirais que j’ai une âme artistique. Je le fais par amour de l’art. Le milieu de la mode est très proche de celui du cinéma car on joue lorsqu’on a l’objectif sur soi.
C’est en effet une autre façon de se mettre en scène.
Tu évoques également les limites que tu t’imposes dans le mannequinât : Pas de photo de nu, ni en sous-vêtements, ni en maillot de bain. Est ce par rapport à l’image que tu te fais de la femme ? Ou pour des raisons culturelles ou religieuses ?
C’est pour un tas de raisons. Tout d’abord, parce que je ne vois pas l’intérêt de se mettre nu. Beaucoup de filles sont persuadées qu’on est obligé de faire des photos en lingerie pour réussir, je leur répondrais qu’elles ont tort.
On peut « être féminine » sans pour autant se déshabiller. Il faut savoir jouer sur les attitudes, les regards, les poses.
Je ne juge pas les filles qui font ce type de photos si c’est un choix de leur part, chaque individu a ses raisons, à nous de savoir les respecter.
Ce que je condamne ce sont les personnes qui vendent du rêve à ces filles en leur faisant croire que c’est la seule manière d’y arriver et que sans ça elles n’iront nulle part. C’est un pur mensonge.
Je suis donc peinée de rencontrer des jeunes filles qui veulent débuter dans ce métier et qu’on déstabilise de la sorte.
Une femme n’est pas un morceau de viande, un bout de chair. Vous allez me dire que je tiens un discours féministe mais pourquoi rabaisser la femme en lui disant : « sois belle et tais toi ! » ?
La beauté vient de l’intérieur d’un être et non pas de son apparence physique. La beauté de l’âme reste une valeur intemporelle, indiscutable, inaliénable et surtout éternelle.
Malheureusement, la beauté physique est une chose beaucoup plus subjective et abstraite. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas et je pense que personne au monde ne peut faire l’unanimité. On plaît à certains et l’on déplaît à d’autres.
D’autant plus que personne n’échappe à la vieillesse, on deviendra tous un jour flétri.
J’ai été élevée par mes parents dans le respect de certaines valeurs et je suis fière de ce que mes parents sont. Ce sont des personnes qui ont des valeurs et des principes mais ils sont très ouverts. Ils m’ont inculquée ce que je suis aujourd’hui. S’il y a des choses que je ne fais pas c’est tout simplement parce que les enfants sont le reflet de ce que sont les parents. C’est autant par respect de mes convictions religieuses que pour des raisons culturelles. Ces valeurs sont indissociables les unes des autres.
Tu parles également que lors de tes rendez-vous pour un casting ou pour une séance photo, tu es accompagné ? Agis-tu ainsi car tu agis seule sans agents ou agence pour te chapeauter ?
Que l’on soit ou non en agence, personne n’est là pour vous accompagner ; pensez que les bookers ou agents artistiques ont 300 artistes à booker avec différents profils (black, blonde, brune etc...) imaginez-vous qu’ils accompagnent chaque fille à chacun de leur casting ? Ils ne s’en sortiraient pas. Ce n’est pas leur rôle d’escorter les filles.
Si je viens accompagnée c’est tout simplement parce que je ne suis pas cinglée. Il y a des faux casteurs qui ont fait des victimes et personne n’est à l’abri de quoi que ce soit. Je suis dans plusieurs agences mais la sécurité n’est tout de même pas un luxe. Pourquoi prendre inutilement des risques ? Mieux vaut prévenir que guérir, telle est ma devise pour affronter les aléas de la vie. Les agences ne chaperonnent pas leurs modèles.
Est ce par envie de gérer ta propre carrière artistique (de pouvoir contrôler et agir à ta guise) que tu ne t’es pas inscrite dans une agence ou tu n’as pas d’agents ?
Je suis dans plusieurs agences mais je ne peux évidemment pas tout contrôler. Mais j’essaie dans la mesure du possible d’avoir un minimum de contrôle dans chacune de mes actions et dans tout ce que j’entreprends. J’impose mes conditions et elles sont indiscutables. Je travaille également en free lance ce qui me laisse une grande liberté d’accepter ou de refuser certaines conditions financières, certains cachets ou alors de pouvoir moi même les fixer. Il y a beaucoup d’avantages à travailler en free lance contrairement à certaines idées reçues, le seul mot d’ordre reste la débrouillardise.
Vous pouvez également visiter son blog www.nassaf.book.fr