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:: Portraits ::
Wangari Maathai : lauréate du prix Nobel de la Paix 2004   
 (par Zouleika Abdallah) : 17 - 12 - 2004
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Wangari Maathai est née le 1er avril 1940, au sein d’une famille très pauvre de la région de Nyeri, sur les pentes du mont Kenya où vit l’ethnie Kikuyu - l’ethnie dominante - et où la forêt est partie intégrante de leur vie.

Education

Fréquentant l’école catholique, elle a été très vite remarquée pour ses qualités intellectuelles et sa volonté. Elle reçut ainsi une bourse pour étudier aux Etats-Unis vers la fin des années 1950. Cette expatriation, son courage et son travail lui permirent d’être diplômée en biologie en 1964 du Mount Saint Scholastica College dans le Kansas et de l’Université de Pittsburgh en 1966. Elle regagna le Kenya 3 ans après l’indépendance et en 1971 devint la première femme d’Afrique de l’Est à obtenir un doctorat. Elle fut nommée d’abord professeur de l’université de Nairobi ; puis elle finit par hériter de la chaire de biologie vétérinaire et du département d’anatomie animale en 1976. Là aussi elle fut la première femme la plus gradée dans sa profession.
Mais sa carrière universitaire vola en éclat par les retombées du scandale de son divorce et de la mésentente avec les autorités universitaires ; elle se retrouva sans emploi.

Sa vie de militante

Très active dans le milieu associatif, dès le début des années 70, elle fut membre du Conseil National des femmes et pendant 7 ans, directrice de la Croix-Rouge Kenyane. A cette même période, elle prit conscience des conséquences des ravages de la déforestation : du point vue écologique (érosion des sols, désertification, pollution des eaux...) et humain (manque de bois de chauffe et de nourriture, famine, pauvreté...).

En 1976, elle lance le projet de plantation des arbres sous le nom "Harambee pour sauver la terre". Harambee, nom swahili, comme en comorien « Holambe » est un cri de ralliement dans le travail, l’effort collectif. Puis en 1977, elle eut l’idée de combiner ses deux combats - défense des droits de femmes et défense de la forêt - en créant le mouvement de la ceinture verte (Green Belt Mouvement) ; l’idée est d’employer des femmes kenyanes pour planter des arbres et en prendre soin. Elle va former plus de 10 000 femmes aux techniques d’empotage et leur propose l’équivalent de 15 cents d’euro par jeune pousse ; ainsi ces femmes gagnent une autonomie et les forêt sont préservées.

Dès lors elle se lance dans la lutte pour la préservation de l’environnement :
 - contre la politique en place ; Le président Arap Moi arriva au pouvoir en 1978 et donna la possibilité aux Kenyans de posséder des lopins de terre cultivable (« shamba » comme en comorien), en grande majorité prélevés sur la forêt. Selon elle : ’’De vastes étendues de forêts ont été converties en terres agricoles, détruisant ainsi la biodiversité locale et réduisant considérablement la capacité de ces forêts à être de vrais châteaux d’eau. Par conséquent, les agriculteurs qui produisent en aval connaissent l’assèchement des sources, des ruisseaux et la réduction des niveaux d’eau dans les rivières. Dans ces conditions, les projets de fourniture d’eau échouent, les plans d’irrigation échouent, les trous de sonde tarissent et les robinets s’assèchent.’’
 - contre les projets immobiliers (résidences luxueuses, hôtels de prestige pour les touristes) nécessitant la destruction d’espace vert ou de forêts.
Elle tente aussi d’éduquer les exportateurs de bois rares et la population kenyane surtout de la brousse par des campagnes d’informations sur les conséquences de la déforestation.

elle a également été présente à tous les fronts pour défendre les droits de ses compatriotes.
Le mouvement de la ceinture verte en collaboration avec le Conseil National des femmes du Kenya a mis en place des services de planning familial, de nutrition et d’information qui, tous visent à améliorer le statut de la femme.
Elle se fait le porte-parole des prisonniers politiques par l’intermédiaire d’une association « Forum pour la restauration de la Démocratie ».
Ses engagement lui ont valu de nombreux déboires : elle a été victime d’agressivité, de brutalités policières qui l’ont amenée à être hospitalisée, de toutes sortes d’harcèlements et de pressions ; elle s’est souvent retrouvée derrière les barreaux. Elle n’a jamais cédé.
Son mouvement a permis de planter 30 millions d’arbres dans le Kenya et de créer des dizaines de milliers d’emplois dont beaucoup de femmes travaillent dans des pépinières. Son action fut reproduite dans divers pays africains (Tanzanie, Ouganda, Malawi, Lesotho, Ethiopie, Zimbabwe, etc) via le Panafrican Green Belt Network.
Son mouvement et elle furent récompensés par diverses distinctions internationales dont le prestigieux Right Livelihood Award, attribué par une fondation suédoise et qu’on appelle aussi "Prix Nobel alternatif".

Elle siège dans plusieurs organisations environnementales et des associations de femmes. Elle jouera un rôle important dans les conférences des Nations Unies comme celui du Sommet de la Terre, et prenant part à plusieurs jurys et conseils consultatifs des Nations Unies.

Elle n’est pas toujours à l’abri des penchants communautaires. Dans les élections législatives, elle joue à fond la carte de l’électorat Kikuyu, la plus grande tribu du pays qui a donné les fameux Mau-Mau [1] combattants de l’indépendance. Certains ont dénoncé son nationalisme africain quand dans ses discours de la dernière campagne électorale, elle s’en est prise à la non intégration des Kenyans d’origine indienne qui contrôle en grande partie la sphère économique.

Elle n’approuve pas l’excision mais ne la condamne pas non plus. « L’excision est au cœur de l’identité des Kikuyus. Toutes nos valeurs sont bâties autour de cette pratique », explique-t-elle lorsque qu’un mouvement baptisé « Mungiki » et formé de jeunes Kikuyus mène une campagne pour exciser les femmes Kikuyus.

Vie politique

Avec le départ de Daniel Arap Moi à la présidence en 2001, Wangari Maathai est élue députée en tant qu’écologiste en décembre 2002. En janvier 2003, elle a été nommée ministre adjoint à l’Environnement, aux Ressources naturelles et à la Faune sauvage.

Elle recevra un titre honorifique d’ « Elder of the Burning Spear » (Sage à la lance brûlante...) pour services rendus à la nation du nouveau président Mwai Kibabi.
Elle continue de planter des arbres, de sensibiliser la population à la nécessité de conserver les forêts et les parc naturels. Elle expérimente actuellement des projets pilotes d’éco-tourisme dans les parcs animaliers.

Elle est la preuve qu’avec de la volonté et de la motivation, on peut réaliser des grandes choses pour le développement économique et social. Elle est partie de peu de moyens juste quelques femmes et elle et maintenant elle regroupe dans son association de milliers de personnes.

Comme quoi, le développement économique passera forcément par les femmes.


[1] Aux Comores, pour parler du brave de la campagne, pour son courage et sa déterminaion, on le nomme Mau-Mau

 

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