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Mon coeur pleure pour mon père   
 (par Mohamed Said Hassane TREIZE) : 11 - 02 - 2007
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Mon coeur pleure pour mon père : J’ai raté le rendez-vous avec mon Papa.

Après "l’amour d’une mère", "le cri d’un étudiant" et "le conte du fier-à-bras", aujourd’hui je "Pleure mon père".

Aujourd’hui, maman est morte, Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut être hier. (Albert Camus)

C’est là bas à Moroni que je suis arrivé il y a une vingtaine d’années pour entrer à l’école primaire de Moroni Mbouzini. C’était la première fois que je quittai ma famille et mon village. Quelques années plus tard, titulaire du baccalauréat, j’ai quitté mon pays, les Comores pour Madagascar, l’Afrique du Sud et puis la France afin de poursuivre mes études et découvrir le monde.
Mais partout dans mes voyages j’avais toujours l’image imposante de mon père, le plus grand homme que j’ai jamais connu. Par sa fierté et son courage, mon père incarnait l’homme pieux et grand Cheikh du village tel que la tradition l’exigeait. Bientôt dix ans, le temps et la distance m’ont séparé de mon père, de ma mère et de mon pays. Je me réjouissais toujours de l’idée de revenir un jour au village, présenter mes gratitudes à mon père, lui raconter les péripéties de mes voyages et lui parler enfin d’homme à homme. Mais, le destin en a décidé autrement, Papa est mort avant la fin de mes études. Même absent, son image et son influence n’ont cessé de me poursuivre. C’est pour cette raison que j’entreprends son évocation, quatre mois après sa mort afin de comprendre ce qui était à l’origine de ma fascination pour cet homme et vous faire comprendre pourquoi j’ai raté ce rendez-vous avec mon père.

Mon papa m’a aimé. Il m’a éduqué et m’a transmis des messages. Grâce à lui, j’ai appris à lire le coran à l’âge de cinq ans. Avant d’aller à Moroni à mes huit ans, j’étais toujours à côté de lui partout, y compris à la mosquée.
Très jeune, je me souviens, il avait refusé à la commission chargée de la scolarité dans mon village de ne pas m’inscrire sur la liste des enfants recensés pour la rentrée en Cour Préparatoire Première Année (CP1). Il ne voulait pas que j’aille à l’école des Blancs. Pour lui, aller à l’école des blancs c’était devenir chrétien.

Papa voulait que je devienne un Hatub au village. Mais mon destin était ailleurs, je suis allé à l’école des Blancs puisque je le voulais bien. Juste après l’examen du passage au cours préparatoire deuxième année (CP2), quand je lui ai apporté la bonne nouvelle de ma réussite et que j’étais le premier de la classe, il a été ravi et fier de moi.
Par la suite, il m’a donné sa bénédiction et m’a encouragé de continuer mes études parce qu’il avait confiance en moi et en mon avenir.
À partir de mes huit ans, je ne voyais mes parents qu’une fois par an, pendant les grandes vacances scolaires.
Jusqu’à ce jour de vendredi 10 mai 1997 où je ai quitté, ma mère et les Comores pour un moment et mon père pour toujours. Aujourd’hui, papa est mort. C’était au petit matin du dimanche 8 octobre 2006.
L’enterrement a eu lieu le même jour au village et je n’étais pas présent.
L’absence de mon père aujourd’hui m’a profondément marqué.

papa était un homme très pieux et passait beaucoup de temps dans la prière.
Il ne ratait aucune prière de la journée et était très proche des gens.
À partir des vacances d’été de 2004, papa m’a confié son livre sacré de badr, par l’intermédiaire de ma grande sœur qui était au village.
Quel poids, quelle responsabilité et quelle fierté !

Excuses moi Papa, je n’ai pas été à tes obsèques ce dimanche 8 octobre 2006. C’est écrit !
C’est par un coup de téléphone de ma petite sœur que j’ai appris ta disparition. Une nouvelle qui m’a assomée. Je m’en veux de ne pas avoir saisi l’occasion offerte quand tu me disais au téléphone en septembre dernier que tu voulais me voir. C’était peut-être pour tes recommandations.
Pourquoi as-tu décroché si rapidement au moment où je me préparais à te rejoindre après dix ans de séparation ? Ne t’inquiètes pas papa. J’ai raté le rendez-vous mais ne crois pas que je n’aura pas saisi l’occasion.

L’éducation que tu m’as transmise, les souvenirs que tu as laissés en moi restent et resteront gravés à jamais dans mon esprit. Ton image me hante. Tes connaissances dont j’ai héritées seront transmises de génération en génération.
Je n’étais pas là mon cher papa, mais un ami cher qui s’appelle aussi Mohamed, qui a un cœur ouvert et qui a un grand cœur que moi, était là, à ma place. Il a pris ton corps par ses bras et t’a mis dans ton dernier demeure. Je le remercie infiniment.

Reste à connaître le sort de maman. J’espère que j’aurai la chance d’être là, lors de son dernier jour parmi nous.

Les propos suivants, ne cessent de passer dans mes oreilles :« Oh toi mon unique garçon, tu aurais dû venir depuis longtemps me disait-elle au téléphone. Beaucoup de personnes sont mortes. Plein de monde dans la famille, comme ton père, ton oncle maternel, ton grand-père, ton cousin et ton beau-frère. Ils ne sont plus là ». Saches que je t’aime et que tu m’enterreras, c’était maman.

13 & SON PAPA (JPEG)

Mon père SAID HASSANE CHARIF né en 1936, décédé en 2006 et moi.

Dès que j’aurais son âge nous serons jumeaux.

Mohamed Said Hassane (TREIZE)

 

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