1) Rencontre de deux, trois cultures :
H : Bonjour, nous t’avons découvert au travers des activités de l’association AMIN. Nous voulons maintenant te connaître un peu plus, ton parcours jusqu’à aujourd’hui. Peux tu d’abord te présenter ?
Z : Je m’appelle Zalihata SOULE. J’ai depuis peu la trentaine et je suis née à Tananarive (Madagascar), d’un père comorien et d’une mère malgache. Je suis la plus jeune d’une famille de cinq enfants (trois garçons et deux filles).
Tu es issue de deux cultures. Comment s’est articulé votre éducation ?
Mes parents ont fait de leur mieux. Ils nous ont transmis les deux cultures intelligemment, sans nous faire un bourrage de crâne.
A la maison, vous parliez quelle langue ?
Le français de manière générale. Mon père a fait le choix de nous parler en français de manière à nous permettre une bonne intégration dans la société française.
Notre mère nous parlait en malgache.
Aujourd’hui, nous communiquons en français. Sauf lorsque je discute de secrets avec ma sœur, nous employons le malgache !
Tu es bilingue, trilingue ?
Je parle français sans problème.
Je ne parle pas vraiment comorien. Je le comprends mais je préfère m’abstenir de le parler puisque je ne le maîtrise pas. Et, je parle le Malgache avec des erreurs.
Donc je suis plutôt trilingue : français, malgache, anglais.
Tu as passé combien d’années à Madagascar ?
J’y ai vécu juste un petit peu mon enfance. Je suis arrivée en France à l’âge de six ans.
Tu as gardé contact avec la famille de ta mère ?
Oui, on garde le contact mais bon plus par téléphone de temps en temps. C’est ce qui me permet de maintenir un niveau convenable en malgache.
Cela n’empêche pas que j’ai très envie d’y retourner car j’ai comme un lien particulier avec ce pays (de la nostalgie). Dès que j’entends de la musique malgache, je pleure car je ressens un manque. Je ne le ressens pas par rapport aux Comores car nous sommes très entourés de comoriens.
Tu as débarqué dans quelle ville de France ?
A Dunkerque, il faisait froid, c’était horrible. C’était beau mais froid.
C’était un vrai choc ; le premier jour de notre arrivée, il y avait de la neige. C’était la première fois que j’en voyais. Cela m’a marqué.
Tu parlais déjà français avant d’arriver en France ?
Pas du tout, j’ai tout appris sur le tas. Je suis arrivée ici en grande section et j’ai appris sur le tas. Et cela s’est bien passé.
2) Scolarité et choix de carrière :
Parles nous de ta scolarité ?
J’ai fait toute ma scolarité primaire à Dunkerque,le reste à Paris.
J’étais une bonne élève et la scolarité s’est déroulée sans encombre. J’ai obtenu un Bac B ( = bac économique). Ensuite, j’ai fréquenté l’université Paris I Panthéon-Sorbonne jusqu’à l’obtention d’une maîtrise d’économétrie (= c’est l’économie appliquée aux mathématiques et l’inverse ; cela sert à faire notamment des prévisions économiques).
Tu te prédestinais à une carrière d’économiste ?
Au départ, j’ai choisi effectivement d’obtenir un bac B pour faire de l’économie ; et puis en même temps je ne me voyais pas dans les autres filières et ce que je pouvais y gagner. J’étais bonne en mathématiques et pas très bonne en français ; il fallait concilier les deux. De plus je n’étais pas suffisamment excellente en mathématiques pour poursuivre une filière scientifique.
J’ai apprécié le contenu des sciences économiques et sociales en terminale. J’ai voulu continuer pour pouvoir entrer à l’INSEE.
De l’économie au professorat, il y a une grande marge ?
En fait, mon père m’avait conseillé d’avoir deux objectifs - c’est ce que je conseillerais aux jeunes. Si on échoue dans l’un on peut avoir une seconde chance dans l’autre. J’avais en tête deux plans de carrière :
-
statisticienne à l’INSEE
- enseigner ; à la base je pensais enseigner l’économie. Et là j’ai légèrement échoué quelque part.
Quels sont les modalités d’entrée à l’INSEE ?
L’entrée se fait par concours. Une fois admise, tu suis une formation pour accéder au métier correspondant.
Bien qu’ayant eu une bonne moyenne générale au concours, je n’aie pas été admise.
Combien de fois as tu tenté le concours ?
J’ai essayé deux fois le concours et en même temps le CAPES d’économie. Ce dernier, je l’ai tenté trois fois.
Ensuite, j’ai essayé (juste pour essayer) le concours de « professeur des écoles ». J’étais admissible sans rien préparer. Je me suis dit : « Tiens pourquoi ne pas préparer ça très sérieusement et voir ce que cela donne ». La deuxième fois a été la bonne.
Cela se passe comment une fois admissible au concours de professeur des écoles ?
Lorsque tu es admise, tu passes une année à l’IUFM (Institut Universitaire Formation des Maîtres) : année durant laquelle tu es sur le terrain par l’intermédiaire des stages, et en même temps tu as une formation théorique. A l’issue de cette année, ta formation est validée et tu enseignes directement à la rentrée suivante.
Peut-on raté cette validation ou se voir refuser à enseigner ?
Exceptionnellement, car une fois que tu es admis au concours, c’est comme si tu avais déjà un poste d’enseignant. Par contre, ce sont lors des stages qu’on se rend compte si oui ou non, on est fait pour ce métier. Mais c’est très rare de voir des gens se désister ou ne pas être accepté.
A l’issue de cette validation, tu choisis les lieux où tu veux enseigner ?
Sur Paris, tu choisis les arrondissements. Il me semble que tu as le choix entre les zones géographiques. Entre mes différentes affectations, j’ai choisi le Nord de Paris car c’est le secteur qui m’intéresse : le secteur où il y a plus d’immigrés.
Pourquoi Paris et non un autre département ?
Tu enseignes à l’endroit où tu as passé ton concours. Je l’ai passé sur Paris donc je travaille sur Paris.
Tu es toujours à la même école depuis ta première affectation ?
Non, j’ai eu ma première affectation dans le 19ème mais je n’étais pas titulaire. J’ai fait une demande dans ce sens et j’ai eu une autre école, là où je suis actuellement ; et comme j’y suis bien, j’y reste.
Entre ces deux écoles que tu as connus, tu as constaté une réelle différence ?
Ma première affectation était dans les Butte-Chaumont, c’est un peu bourgeois.
Là où je suis, c’est à coté de la porte de Pantin à la limite du département 93 ; la population est beaucoup plus populaire avec beaucoup plus de difficultés. Il y en avait dans l’école précédente, mais les enfants étaient globalement mieux suivis par leur famille.
3) Les loisirs et passions :
Parlons maintenant de loisirs et de tes passions ?
J’aime bien me balader avec mes enfants de 4 ans et 3 ans et toute seule aussi. Mes endroits préférés sont le centre de Paris, à coté de Saint Michel et les parcs.
J’adore lire mais avec les enfants je n’ai pas trop le temps et écouter de la musique.Je passe beaucoup de temps à m’occuper de mes plantes aussi.
Des activités sportives ?
Non, quand j’étais étudiante, je faisais de la danse. Mais maintenant je m’organise trop mal et je ne pratique plus de sport.
Parlons de voyages. Tu es déjà allée aux Comores ?
Oui, deux fois. La première fois, j’avais 23 ans. C’était sympa ; j’étais une jeune femme célibataire. J’étais une vraie touriste.
La deuxième fois, en 2003, j’étais une femme mariée et là c’était un autre cadre avec des contraintes ; c’était moins agréable.
Mais sinon, c’est calme. Je ne parle pas du matin parce que c’est impossible de dormir avec le vacarme : tu es réveillée à 5 heures par les chèvres puis ensuite vient la visite des parents.
Ce que j’apprécie c’est la fin de journée lorsque le soleil se couche. C’est calme. C’est très beau.
As tu déjà ressenti un rejet dû à ton métissage ?
Non, on ne me l’a pas fait ressentir explicitement. J’ai senti des regards de gêne mais je ne sais pas si cela est dû à ma différence ou au fait de ma non -intégration à la communauté.
As tu eu l’occasion de visiter les autres îles des Comores ?
Non, pas encore. J’espère le faire un jour. Déjà, je veux faire le tour de N’Gazidja (la Grande-Comore, une des quatres îles). Ce serait déjà pas mal.
Es tu déjà aller au Karthala ?
Non. Je suis montée sur la colline de Mtsangadjou. C’était déjà une expédition. Donc je n’oserai pas tenter le Karthala.
As tu déjà visiter des sites historiques, des champs, des endroits particuliers ?
J’ai vu un champs de vanille. On m’a également montré comment poussaient les bananiers et les bananes, et également les manguiers.
J’ai vu quelques sites touristiques en passant, les tombes des sultans se trouvant entre Chomoni et Tsangani.
J’aime bien les plages des Comores, le sable fin. J’en ai vu quelques unes, je te conseille celle de Chomoni.
Tu as eu l’occasion de voir d’autres pays autre que Madagascar et les Comores ?
Oui, je suis partie à 19 ans à New York. J’ai embêté mes parents et ils m’ont laissé faire . C’était drôle. Ils se sont tous réveillés à 6h du matin même les frères qui n’habitaient pas la maison. Ils m’ont tous escortés à l’aéroport avec les frères derrières dans la voiture ; tout le monde était là ; C’était une façon de me dire de faire attention ; ils ne me l’ont pas dit mais je le sentais. C’était une belle preuve de confiance.
Ce voyage était un voyage organisé ou tu es partie toute seule ?
C’était un séjour organisé de trois semaines. J’avais un niveau d’anglais médiocre. J’avais cours le matin et je vivais dans une famille américaine. Cela m’a permis d’améliorer mon niveau d’anglais. Aujourd’hui, je peux facilement converser avec un anglophone.
Je conseille aux familles comoriennes de laisser partir leurs enfants en particulier les filles. C’est important dans le CV d’avoir autre chose que Paris. Mais surtout on apprend à se débrouiller seul, dans un pays étranger.
Tu es allée dans un autre pays ?
Je suis allée au Sénégal puisque mon ex-mari y étudiait. J’y suis allée pour me marier au Sénégal.
Pourquoi là bas ?
A la base, on devait le faire en France mais la demande de visa pour le faire venir ici n’a pas abouti.
Je suis ensuite partie au Sénégal. On a commencé les démarches sur place. Les démarches sont longues. Je suis restée deux mois afin de connaître le pays et retirer également les dossiers à l’ambassade. L’année suivante, j’ai commencé les démarches trois mois avant mon départ.
On s’est marié dans une mairie sénégalaise et on nous a livré un livret de famille sénégalais ; Et ensuite, à l’ambassade de France, on nous en donne un autre français celui-là.
Cela fonctionne avec n’importe quelle nationalité ?
Je ne sais pas mais français et comorien oui, il n’y avait pas de problèmes.
4) L’association A.M.I.N :
Abordons le sujet association. As tu déjà participé à des activités sociales ou associatives durant ton parcours ?
Je démarre. J’en avais toujours eu envie. J’avais envie d’aider soit des comoriens ou soit des malgaches. Ce que me proposait mon village des Comores ne me convenait pas, les enfants n’étaient pas leur priorité.
Mon objectif est d’aider les enfants.
Pourquoi aider les comoriens et non les Malgaches ?
Parce que je ne connais personne de Madagascar. Je ne connais que ma famille.
Quelle a été le catalyseur pour te lancer dans la création de l’association AMIN maintenant sans aucun bagage ?
Je crois que j’étais prête ; et puis j’ai vu des choses qui ne m’ont pas plu. Alors, je me suis dit au lieu de râler tout le temps il vaut mieux agir.
Parlons de ton association
L’association AMIN est composée de qui ?
De mes neveux et des membres actifs rencontrés lors des différentes réunions .
Vous êtes une association de la loi 1901 ?
Oui, nous avons un bureau. L’intérêt est de montrer aux jeunes comment on peut fonctionner autrement.
Pour l’instant, on s’autofinance. Et lorsqu’on aura des rapports d’activité, on pourra monter des projets avec des aides.
Les membres de l’association ont déjà étaient membres d’une autre association auparavant ?
Non, c’est leur première fois ; Et je trouve qu’ils se débrouillent bien. Ils apprennent sur le tas. Ils ne sont pas bornés et sont à l’écoute des uns des autres.
Pour le moment, on s’en sort très bien.
La famille t’aide dans l’association ?
J’ai un de mes frères qui m’aide pas mal, il me donne des conseils. D’ailleurs, il était vigile lors de la journée d’inauguration. Ma sœur aussi m’aide beaucoup.
Tes frères sont bien intégrés dans la communauté comorienne ?
Il y a en a deux qui sont bien intégré dans la vie comorienne. Moi, je commence à peine mais j’ai quand même du mal lors des réunions avec les grands. Avec les jeunes, cela se passe bien. On arrive à parler des choses qui nous intéresse.
Ne pas te sentir à l’aise dans la communauté comorienne n’a jamais été un obstacle ?
Pour parler de mon projet, j’ai du rencontré pas mal de monde de ma communauté dont les mamans. Et c’était très difficile car je ne parle pas bien le Comorien. Et arrivée avec un projet comme celui là et leur parler en français ce n’était pas évident mais je l’ai fait .
C’était difficile car je n’étais pas intégrée auparavant. Donc pourquoi s’intéresser à moi alors que je ne participe pas à leurs activités.
Tu n’as pas essayé de préparer le terrain en les fréquentant ?
Non je ne participe pas à des activités qui ne m’intéresse pas. J’essaie de ne pas être hypocrite.
L’activité principale de votre association est basée sur les sorties. Tu as pris conscience de cette activité en ayant des enfants ?
Dans mon métier, on distingue facilement les enfants qui restent à la maison et d’autres qui sortent.
Déjà en maternelle, on voit la différence entre un enfant qui est resté avec papa et maman en vase clos et l’autre qui voit ses parents avec leurs amis, les autres membres de leur famille. Ce dernier est très ouvert.
Certains élèves de maternelles ne vont pas réaliser ce qu’est un dauphin ou un chien si on leur montre des images,ou le nom de la couleur si c’est jaune ou bleu. Il y a beaucoup de gamins qui ne percutent pas,tout simplement parce qu’ils n’ont pas été éveillés à ce genre de chose. Et c’est vraiment important de stimuler les enfants dès le plus jeune âge.
Je ne dis pas que cela va révolutionner la vie de l’enfant mais il y a des chances que cela le stimule , lui donne la curiosité, l’envie de savoir plus.
Comment s’organisent les sorties en milieu scolaire ? C’est le directeur de l’école qui décide ?
Le directeur d’établissement n’est pas notre supérieur. Il est le chef d’établissement et veille au bon fonctionnement de l’école.
Chaque enseignant est responsable de sa classe. Il rend des comptes uniquement à l’inspecteur de l’Education nationale.
Il revient à l’enseignant d’organiser les sorties pour sa classe suivant le projet qu’il poursuit avec elle .
Tu as déjà participé à des sorties ou à des voyages scolaires durant ta scolarité ?
J’ai fait pas mal de sorties dans le coin de Dunkerque mais pas de voyage. J’ai eu l’occasion de rester une journée sur Paris tandis que mes frères sont partis au ski. Quelle injustice !
Nous avons vu lors de notre première rencontre que vous proposez des sorties auxquelles nous avons participées. Quelles sont les difficultés rencontrées ?
-
certaines familles ne comprennent pas l’intérêt pour leurs enfants de visiter les monuments de Paris, de sortir. Pour eux, l’école suffit à instruire leurs enfants. Alors que l’école ne peut pas tout faire. De nombreux jeunes nés ici ou qui ont grandi ici se sentent coupés de l’environnement ambiant ou pas bien intégré
- Sinon, d’autres sont d’accord avec notre activité mais ils veulent que nous prenions en charge leurs enfants dès le domicile. (nous allions les chercher et les ramener chez eux) ; ils nous prennent pour des nurses.
Au niveau de l’association, qui proposent les idées de sorties ?
Tous les membres sont mis à contribution pour nous suggérer leurs envies. Et le bureau se réunit pour étudier la faisabilité de chaque vœu.
L’idée qui revient le plus souvent est une sortie au théâtre. On leur a fait comprendre que c’était difficile au niveau financier et au niveau de l’heure de programmation, au théâtre (le soir, rq il me semble qu’il y a des programmations dans la journée, destinée aux sorties scolaires du moins pour les petits, généralement réservé au public scolaire sinon plutôt cher)). Et il n’y a pas beaucoup de parents qui laisseraient leurs enfants sortir le soir.
A part les sorties, vous proposez autre chose ou vous avez fait quelque chose ?
-
à la journée des associations à Aubervilliers, on avait un stand où on présentait l’association et où on vendait des choses (lesso, vanille, petits porte-monnaies ...)
- A la journée de la solidarité internationale à Aubervilliers, nous avions présenté notre projet humanitaire et les Comores.
- On essaie de mettre en place le soutien scolaire et l’aide aux devoirs
Ce sont les jeunes de l’association qui vont s’en occuper ou vous avez eu des personnes en plus ?
Justement, on cherche d’autres intervenants puisque les jeunes parmi nous ont un niveau 1ère / Terminale et eux aussi auront besoin d’aide. Je ne sais pas s’ils seront capables d’aider les plus jeunes. Je pense qu’on va faire appel à des intervenants extérieurs pour qu’on puisse avoir du temps pour nous.
Et la cotisation des membres ?
Les membres ne paient que quinze euros annuellement. On est à peu près quinze membres .
A long terme, tu vois l’association évoluer de quelle manière ?
Je crains le pire. On persévère mais on ne va pas tenir sans soutien. On espère que ça va bouger. A la journée d’inauguration, il y a eu des gens qui ont ouvert les yeux et d’autres non.
Avez vous eu des contacts avec d’autres associations comoriennes ou non ?
Non, sur Aubervilliers il existe d’autres associations comoriennes mais ils ne participent à aucune des manifestations proposées. Apparemment ils fonctionnent de manière traditionnelle par le billet des cotisations de leurs membres.
Nous essayons de travailler autrement car avec la cotisation des membres, ce ne serait pas suffisant.
Pour les sorties, il faut être accompagné d’un titulaire d’un BAFA. Moi, je ne l’ai pas mais comme je suis enseignante, je fais comme si. Mais il faut absolument qu’un des membres passent le BAFA sinon, nous devrions arrêter les sorties.
C’est un cadre précis qui est normal puisqu’il faut un minimum de sécurité. Il y a des assurances obligatoires aussi. Cela nous coûte un peu cher mais c’est obligatoire lorsqu’on est responsable de personnes.
Les danses ? Ce que vous avez proposé lors de votre journée d’inauguration était original. Je n’aurai jamais pensé à d’autres danses autres que les danses traditionnelles.
En fait, je leur ai suggéré de faire autre chose que des danses traditionnelles. La journée d’inauguration n’est pas une journée culturelle. C’était une journée pour présenter les membres de l’association.
Je leur ai laissé le libre arbitre. Les filles voulaient monter une chorégraphie correspondant à leur style de danse.
Je voulais qu’ils montrent le lien entre la France et les Comores et tout ce qui fait d’eux des jeunes français d’origine comorienne. Et je trouve qu’ils ont très bien réussi.
Quels sont tes objectifs ?
Etre heureuse et avoir des enfants heureux.
Je fais de mon mieux. S’ils sont heureux c’est le plus important.
Nous avons réalisé cette interview il y a un an le 29 décembre 2004 ; une année s’est écoulée ? Quel est le bilan que tu peux nous faire ? As tu toujours ce regard pessimiste au sujet de l’avenir de l’association ?
Nous avons réussi en quelques mois à nous faire une bonne réputation à Aubervilliers : sérieux et qualité des prestations. En effet, nous nous sommes faits remarquer lors des fêtes d’association en présentant un stand bien tenu, en proposant un service traiteur comorien de qualité... Nous avons maintenant beaucoup de contacts comoriens ou étrangers.
Mais je suis toujours pessimiste. Nous avons des projets mais les moyens, en particulier des membres actifs, manquent. Une partie d’entre eux est partie à l’étranger, nous contraignant temporairement à arrêter la danse.
Dernièrement, vous vous êtes illustrés lors de la journée de l’océan indien. Tu peux nous en dire davantage.
Nous avons , avec d’autres associations originaires de l’Océan indien, insisté auprès de la vie associative d’Aubervilliers pour organiser une journée présentant différentes facettes de cette région mal connue. Quand on parle de l’Océan indien, en tant que comorien, on pense à Madagascar , la Réunion, Maurice alors qu’il y a un tas d’autres régions à découvrir.
Lors de cette première édition, ont été présentés les Comores, Maurice, le Timor, l’Indonésie et le Pakistan ;soit par une exposition photo, un film, un art...
Pourquoi s’intéresser au bien- être et aux produits de beauté comorien. Avez vous eu des difficultés pour récolter des informations ?
Lors des réunions de préparations, nous avions décidé de tenir un stand du bien-être où on partirait à la découverte de techniques pour s’embellir ou se soigner.
Les Mauriciens proposaient le henné.
Nous avions choisi de proposer aux visiteurs de découvrir les techniques de tressage, le msidanou puis « des trucs et astuces de santé » traditionnels. Nous n’avons pas pu mener le projet à terme faute de volontaire pour tresser ou se faire tresser... Mais nous avons aussi eu énormément de difficultés à recueillir les informations sur les traitements traditionnels des petits maux fréquents. Dans notre entourage, les gens n’avaient que des souvenirs approximatifs des traitements. C’est dommage, c’est une partie de la culture comorienne qui se perd au profit des médicaments modernes.
Pour information, la deuxième journée de l’Océan Indien à Aubervilliers aura lieu le 18 novembre 2006.