J’ai vécu aux Comores, à la Grande Comore et à Anjouan entre 1984 et 1987 où j’ai travaillé dans un projet de recherche développement agricole financé par la Coopération française. J’ai donc vécu de l’extérieur plusieurs ramadans. A l’époque, j’étais jeune et mon métier avait la première place dans ma vie. Je ne voyais pas le ramadan comme un moment spirituel, qui pouvait dépasser même l’aspect religieux et concerner tout être humain comme un dépassement et une recherche de soi, une ascèse. Je le voyais comme un moment où il était très difficile de travailler. Les collègues comoriens étaient très peu disponibles, avaient la tête ailleurs et ça venait contrecarrer mon programme de travail qui était forcément chargé. Pour moi, le ramadan n’avait pas de sens, mais comportait beaucoup d’interdits que je trouvais absurdes : ne pas boire, ne pas avaler sa salive (mon cuisinier crachait abondamment, ça m’amusait plutôt), ne pas manger avant le coucher du soleil, ne pas s’accoupler pendant le jeûne ... Pourquoi ? A quoi ça sert ?
Je voyais aussi le ramadan comme quelque chose d’hypocrite : on respecte les règles pendant une période, pour se faire pardonner des fautes passées et après, on fait ce qu’on veut, comme ces chrétiens qui vont à la messe le dimanche et qui par ailleurs, ne brillent pas par leur esprit de compassion vis à vis d’autrui....
Aussi, j’étais très contente de pouvoir braver ces interdits et de partager cet esprit contestataire avec une copine comorienne. Elle venait manger chez moi, nous fermions les rideaux pour ne pas être vues. C’était très agréable d’être complices ! Je souris en évoquant ces souvenirs qui ressemblent à des souvenirs d’adolescence !
Maintenant où j’ai acquis de la maturité, je pense avoir plus une attitude de respect et de curiosité vis à vis d’une période importante aux yeux des musulmans
Anne Boulon-Lefèvre
L’auteure est agronome et travaille dans l’Eure.