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Archives Holambe ComoresArchives :: Religions, rites
Article archives Le ramadan aux Comores, souvenirs de Mohoro   
 (par Tahamida Mze) : 14 - 11 - 2004
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Ce qui me vient à l’esprit quand je pense au mois de ramadan, c’est les souvenirs de mon enfance. Rien de bien particulier, juste l’effervescence des premiers jours qui animait tout le village. La fumée qui sortait de tous les foyers et les odeurs bien particulières des mets.

Les femmes s’activaient dès le lever du soleil pour préparer le repas du soir, un festin composé de mets raffinés, variés et riches. Au mois du ramadan, du moins les premiers jours, tout le village mangeait à sa faim contrairement aux autres mois. Le ramadan est aussi l’une des rares occasions où les villageois s’autorisent à se faire plaisir ; on mange des choses rares qu’on s’interdit au quotidien.

A Mohoro, le soleil qui se couche derrière les montagnes, est invisible à partir de 16 heures. Mais ce n’est pas encore l’heure de couper le jeûne. Pour nous enfants, l’arrivée de l’obscurité équivalait à un coucher du soleil donc à l’heure de rupture du jeûne. Et nous ne comprenions pas le temps d’attente entre la disparition du soleil et l’heure de l’iftar. Il faut attendre, les oreilles aux aguets, l’appel du muezzin pour la prière du maghrib. Je me vois demandant tous les cinq minutes à ma mère "le moment de la rupture du jeûne", alors qu’elle se brûlait les doigts en retirant du brasier le manioc grillé ou se débattait pour retirer du feu une marmite avant qu’elle ne crame. Cela avait le don de l’énerver. Elle me répondait inlassablement « tout à l’heure ».

Chez moi le repas de l’iftar était pris dans la cour, tous assis, en cercle sur des nattes. Le repas commençait sous la lueur du jour déclinant et se terminait sous un ciel étoilé ; les jours de pleine lune, le festin baignait sous une lumière d’argent. La première envie à satisfaire était de boire. Les adultes se désaltéraient en buvant du jus de coco. Ils mangeaient peu et vite, l’important était d’apaiser la faim, juste de quoi tenir pour la prière du taraweh (une prière surérogatoire marathon d’au moins 20 prosternations aux Comores). Les femmes quant à elles devaient se remettre au travail pour préparer le repas de la nuit.

Le plus beau de mes souvenirs est sans conteste les veillées de mon quartier. Après la prière du « taraweh », adultes et enfants se retrouvaient sur une place du quartier pour raconter des contes et des légendes. C’est lors de ces veillées que j’ai entendu - avant de les lire les histoires de cendrillon, de blanche neige, du petit chaperon rouge - des contes des milles et une nuit avec Harouna Rachid, Aladin et sa lampe magique, cheherazade, Ali Baba et les quarante voleurs, etc... Les quartiers se disputaient l’honneur des meilleurs conteurs et les jeunes hommes rivalisaient de talent pour tenir en haleine le public , capter au maximum son attention. Les plus talentieux étaient appâtés par des friandises : noix de coco, canne à sucre, des fruits (mangue, papaye, goyave, orange) suivant la saison et des gâteaux comme le gudugudu, le mkatra siniya, les kuskuma,...

Je me rappelle aussi des travaux dans les champs souvent sous un soleil de plomb. Pour bien manger le soir, il fallait aller aux champs cueillir les produits qui garniraient les plats du soir. En période de récoltes, le travail était pénible mais l’abondance et la diversité des vivres donnaient du cœur à l’ouvrage. Ainsi une tache ingrate comme la cueillette des ambrevades est plus supportable parce que promesse d’un régal à venir. En revanche lorsque la nourriture est rare et peu diversifiée, le ramadan est une épreuve supplémentaire pour les villageoises. Elles partaient à l’aube et passaient leur journée au champs à semer du maïs, des ambrevades ou à planter du manioc, des tarots, des patates. Je me souviens qu’alors la fatigue se faisait sentir plus tôt et que la chaleur parraissait plus accablante. Dans ces périodes de vaches maigres, peu mangeaient réellement à leur faim et pourtant il fallait résister à la soif et à la faim. J’ai en tête le courage de ces femmes qui sans jamais faillir accomplissaient ses taches au quotidien. Je voix ma mère épuisée par la soif et la fatigue, qui nous encourageait à tenir le coup en nous promettant monts et merveilles pour le soir.

Si les priorités, au début du ramadan, sont d’ordre alimentaire - manger un repas copieux - vers la fin les préoccupations sont tout autre (différentes). Il faut penser aux préparatifs de l’aïd avec son lot de dépenses.Il y a les gardes robes de toute la famille à renouveler et la préparation du grand festin pour le jour J qui sera servi toute la journée. Il y a aussi le grand ménage de la maison, la rénovation dans certains cas. Le jour de l’aid, tout doit être flambant neuf, un peu comme une renaissance.

 

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