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Archives Holambe ComoresArchives :: Religions, rites
Article archives Les couleurs du ramadan   
 (par Biheri SAID SOILIHI) : 18 - 09 - 2007
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Si le Ramadan évoque pour d’autres la difficulté du jeûne, l’abstinence ou encore le bonheur de se retrouver autour du repas familial tant attendu, dans mon cas il est d’abord profusion de couleurs.

Pendant cette période, les jeunes filles de mon établissement font disparaître leur sempiternel uniforme sous la tornade de couleurs d’un saluva ou d’un shiromani savamment drapé. Et les lessos, d’habitude pliés et portés nonchalamment sur l’épaule, sont entièrement déployés, soulignant fièrement formes et rondeurs sous des motifs chatoyants.

Un camarade me confia un jour que les filles à l’école n’étaient jamais aussi belles qu’à cette période. C’était là l’occasion d’écumer impitoyablement les armoires de nos mamans pour nous pavaner dans les plus beaux pagnes sous le fallacieux prétexte de nous soustraire aux regards concupiscents.

Je me rappelle moi, de mon shiromani tout neuf (piqué en douce dans le bwéta - valise - de maman) que je portais maladroitement mais auquel je tenais absolument pour ne pas être en reste au collège.

Les excursions quasi-quotidienne au marché volo-volo sont l’occasion pour une « jevienne » [1]de mon genre de se familiariser avec les différents épices, fruits, légumes et autres tubercules sources incessantes d’expériences sensorielles. L’emploi du temps scolaire étant très largement allégé pendant cette période de l’année aux comores, mes sœurs et moi passions des heures à nous pomponner en dessinant des fleurs ou des cœurs sur la paume des mains avec du henné ; on se teignait également les ongles avec pour obtenir la couleur la plus orangée possible (notre bonheur étant de nous approcher le plus possible du rouge à la fin du ramadan). Le msindanu ou masque au bois de santal [2] était la touche finale qui complétait la panoplie de la jeune iconienne [3] pendant le mois de carême.

La nuit tombée, un joyeux épuisement menait les uns vers la terrasse sur le mkéka - natte, tapis - pour une revue des aventures de la journée et les autres vers une promenade nocturne sous un ciel étoilé...


[1] On désigne par "jevien" le comorien résidant en France en vacances aux Comores.

[2] Le masque est porté pour préserver la beauté féminine (élimination des boutons et des tâches) et pour se protéger du soleil. Il est obtenu par frottement entre une pierre de corail bien taillée suivant la forme désirée (ronde, carré, rectangulaire,...) et un morceau de bois de santal.

[3] Iconi est une ville de la Grande-Comore.

 

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