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Archives Holambe ComoresArchives :: Religions, rites
Article archives Ramadan et souvenirs   
 (par Soule Idrissa) : 30 - 09 - 2007
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Chaque année, le ramadan réveille une partie de mes souvenirs d’enfance. Le ramadan était vécu par les adultes comme un mois sacré, de piété et d’abstinence. L’attention des enfants de mon âge, pour qui le ramadan n’était que facultatif, portait sur l’ambiance familiale, les festivités post « iftar » et le renouvellement de la garde robe lié à la « id ».

C’était un plaisir pour mes amis et moi, de guetter avec impatience, le coucher du soleil. Nous nous placions sur une colline afin d’admirer, minute par minute, la beauté du soleil couchant. C’était l’âge des contes de fée. On a beaucoup cru, et pendant longtemps qu’en frottant une tige de « sindza mwazi » (une plante sauvage), contre une pierre, en chantant : « sindza mwazi bo djuwa, samtsangani bo djuwa » (Oh Soleil voici le sindza mwazi, cache toi dans le sable Soleil !), on pouvait hâter le coucher du soleil. Chacun apportait fruits et mets grappillés dans les cuisines de nos mamans, pour casser le jeûne, avant le repas familial : c’était le « mtoso djuwa » (salut du soleil).

Après la prière du « Maghreb », adultes et adolescents quittaient précipitamment la mosquée, les places publiques et toute autre activité (travail), pour rejoindre leurs familles. L’« iftar » est une atmosphère d’ambiance et de chaleur familiale sans pareille dont personne n’avait envie de rater une miette. Le ramadan ne durant qu’un mois, le désir de savourer ces moments rares envahissait tout le monde. Le mois de ramadan était celui des bonnes saveurs pour les enfants, et aussi pour les adultes. Les plats du mois de ramadan, différents de ceux des autres mois de l’année, embaumaient le village d’odeurs diverses et attrayantes. Tout le village, ses artères étant désertes pendant « l’iftar », plongeait dans un silence magique rompu seulement par l’entrechoquement des assiettes et des couverts. Le premier service était toujours destiné aux tous petits. Ce, pour les inciter à rester sages et tranquilles. Car le moindre braillement ou pleure d’un enfant à cette heure là, emportait une honte de la famille vis à vis des voisins.

Après la « swalat taraweh », les hommes se livraient à un combat qui se déroulait dans une enceinte, sous le palais (djumbe) du village. Elle comportait comme seules évacuations, la sortie nord et la sortie sud : d’où l’appellation « yitsowo » (ruelle).Toutes les techniques de combat étaient permises, hormis l’usage d’armes. Les quartiers « mrawadjuwu et mrambwani » (nord et sud), s’affrontaient, par groupe d’âge en commençant par les enfants jusqu’aux pères de famille. Le groupe d’âge du quartier qui perdait, poussé jusqu’à la sortie, était aussitôt remplacé par le groupe d’aînés du quartier. Lorsque les plus âgés s’affrontaient, les coups étaient tellement vigoureux qu’on les entendait à plusieurs centaines de mètres. Les femmes, derrière les murs encourageaient les leurs. C’était un jeu dangereux qui, parfois occasionnait des blessures. Lorsque un combattant se laissait prendre, les concurrents du quartier adverse lui tombaient dessus. Le « yitsiwo » était un divertissement aux règles anciennes et immuables. Les affrontements et l’agressivité libérée ne devaient donner lieu à aucune conséquence. La fin de la lutte fermait une parenthèse. Il serait impensable que quelqu’un porte plainte pour coups et blessures reçus. D’autres se retrouvaient dans les « darasa » (cours de théologie), dans les mosquées ou les écoles coraniques du village.

Faisait aussi l’objet d’impatience, le renouvellement de la garde robe, en fin de ramadan. La « id » était, pour les enfants synonyme de nouveaux habits. A côté des dépenses liées à « l’iftar », les parents se sentaient dans l’obligation d’offrir à tous leurs enfants des habits et chaussures neufs, sous peine de dégrader l’image familiale.

En revanche, là où je me trouve aujourd’hui, en France, j’ai du mal à jouir de ces moments forts liés au ramadan. A Paris, la journée est toujours courte. Tout le monde court. Le temps passe plus vite que là-bas. L’ambiance familiale, après le coucher du soleil, est loin d’être vécue, ici. Le plus souvent, je passe « l’iftar » dans les transports en commun, après le travail ou la fac, avec un sandwich à la main, et encore. A Paris, dans les transports, tout le monde se retranche derrière la lecture, une manière peut être d’éviter le regard des autres. Dans ce climat, c’est la nostalgie qui prend le dessus au détriment de l’entrain et de l’appétit. Même étant chez moi lors de « l’iftar », seul entre les quatre murs j’ai du mal à créer cette ambiance là. Et si c’était à recommencer.........

IDRISSA Soulé

 

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