LA GRANDE COMORE PASSE LE RELAIS A ANJOUAN.
Je dédie cet article à Warda et Zayya ainsi qu’à leur petite Moina Fatima qui vient de naître.
Une déflagration politique a eu lieu dans l’archipel des Comores en cette fin mai 2006. Ahmed Abdallah SAMBI, prédicateur religieux, conférencier et homme d’affaires vient d’être élu président de l’Union des Comores.
Les observateurs s’accordent à dire que, ce faisant, le pays vient de tourner la page ouverte en 1997 avec la sécession d’Anjouan. En 2001, une Constitution adoptée par référendum au terme d’un laborieux processus de réconciliation inter-île, a mis en place un système fédéral, une « Union des Comores » ayant pour clé de voûte le principe d’une rotation de la présidence (1). Les grands-comoriens ont ouvert le bal en avril 2002. Un des leurs, le colonel Azali Assoumani, accéda alors à la présidence de l’Union. Aujourd’hui, après 4 ans de pouvoir, le président Azali passe le relais à M. Sambi issu de l’île d’Anjouan. La première « tournante » a donc eu lieu en attendant la prochaine qui doit voir la troisième île , Mohéli, arriver aux commandes de l’archipel. Il est heureux de pouvoir écrire encore et encore que l’élection s’est bien déroulée tant les Comores nous ont habitués à des successions de présidents...agitées.
Nous avons eu droit à tout depuis 1975 - date de l’indépendance de l’archipel- du coup d’état sans effusion de sang, aux élections contestées pour cause de fraude massive en passant par les coups d’état avec assassinat du chef de l’Etat sans oublier les morts subites et inexplicables de présidents en exercice.
M. Sambi vient de sortir des urnes avec une légitimité populaire sans égale dans l’histoire politique du pays. En effet, alors qu’ils étaient trois candidats à se disputer les suffrages des Comoriens au second tour, Ahmed Abdallah SAMBI a obtenu 58,27 %, laissant loin derrière lui avec 28 % des votes Ibrahim HALIDI pourtant soutenu par le parti au pouvoir. Quant à Mohamed Djanfaar, militaire français(2) à la retraite, armateur de renom, il arrive en troisième position avec près de 14% des suffrages.
Pour comprendre les raisons d’un tel raz de marée électoral, revenons à la campagne telle qu’elle a été menée par M.SAMBI.
« AYATOLLAH » A MENE UNE CAMPAGNE MODERNE
D’aucuns semblent dire aujourd’hui après la victoire électorale de Sambi que le triomphe de ce dernier était prévisible. Rien n’est moins vrai. Au début de la campagne à Anjouan, sur 14 candidats un seul se détachait du lot et c’était M. Caabi Elyachroutu Mohamed. Ce dernier était soutenu par une partie non négligeable de la notabilité anjouanaise et des grands commerçants de l’archipel, sans oublier les classes moyennes qui sans lui être tout à fait acquises ne lui étaient pas hostiles. En effet M. Caabi avait pour lui le fait de jouir d’un prestige politique autant sur le plan international (3) que sur le plan national de par les différents postes qu’il a occupés depuis l’indépendance en 1975. Le dernier en date étant celui de vice-président de l’Union sous la présidence Azali. M. Caabi, par son tempérament plutôt conciliant, grâce à ses bons rapports avec l’ancienne puissance coloniale, avait toutes les cartes en main pour se hisser au second tour de l’élection. Tels étaient les pronostics des principaux médias comoriens et étrangers. Tel était le souhait des principaux opérateurs économiques du pays au début de la campagne.
La situation a évolué autrement parce que M. Sambi a mené une campagne incisive, au plus près des préoccupations des gens. Bref lui, le bourgeois de Mutsamudu (4) a su s’incarner en homme du peuple alors que M.Caabi également bourgeois de Mutsamudu n’a pas su gagner des soutiens-durables- en dehors de son cercle. Pire, l’ancien vice-président d’Azali s’est trouvé comme prisonnier de certains appuis notabiliaires compromettants, il a donc incarné, (malgré lui ?) la continuité dans un pays qui aspire au changement.
M.Caabi n’a pas simplement perdu à cause des errements tactiques de son entourage(5), il a été battu par l’habileté de M. Sambi. Ce dernier, bien qu’ayant une réputation d’homme traditionaliste, bien qu’affublé par ses adversaires de l’étiquette d’intégriste, a paradoxalement mené une des campagnes politiques les plus modernes que l’archipel ait connue.
Précisons certaines données. M. Ahmed Abdallah Sambi est présenté à l’entame de l’élection comme un dangereux islamiste. Ce qui était habile de la part de ses adversaires puisque dans le monde post 11 septembre, il suffit de frapper un adversaire politique du sceau de l’islamisme pour le disqualifier. Certains adversaires de M. Sambi iront jusqu’à le comparer au leader du HAMAS palestinien disant ainsi en filigrane que si les Comores portaient un enturbanné au pouvoir, elles seraient boycottées par les investisseurs à l’instar de la Palestine gouvernée par les islamistes.
Projeter sur les consciences d’un pays en crise, l’ombre du gel de l’aide internationale, devait suffire à casser la popularité de M.Sambi.
M. Sambi , face aux arguments ad hominem a plutôt répliqué par des propositions et un ...programme présenté sur son site internet, ce qui n’est pas commun dans les mœurs politiques de l’archipel. Cet instrument lui a servi à rallier la sympathie des étudiants comoriens de la diaspora. M. Sambi s’est appuyé sur deux autres moyens modernes de propagation d’idées à savoir la vente de CD vidéo de ses principaux discours et la diffusion via sa propre chaîne de télévision de ses principaux déplacements et meetings ainsi que l’engouement à leurs abords.
Ce plan de communication a eu pour effet dans un premier temps de contourner l’ostracisme dont il faisait l’objet de la part des médias traditionnels puis dans un second temps de l’imposer au centre des débats.
Mis à part les moyens purement techniques dont il a su retirer un bénéfice maximum , M. Sambi de par son expérience des prêches et des conférences s’est avéré être un bon tribun. Au cours de sa campagne du premier tour à Anjouan, il a mis son éloquence au service de la déclamation de son projet de lutte contre la misère et son corollaire : l’habitat insalubre. Dans la campagne du second tour, il a promu l’idée de justice à Ngazidja et celle de développement à Mohéli, tout en revenant encore et toujours sur la pauvreté et la crise économique.
En se fondant sur la préoccupation majeure de chaque île, M. Sambi a spécifié à chaque escale son message. A savoir : Lutte contre la Pauvreté à Anjouan, Lutte contre la corruption à la Grande Comore, Développement à Mohéli.
Revenons sur les angoisses de chaque île.
Anjouan, après s’être embarquée dans l’aventure séparatiste en 1997, espérait tirer son épingle du jeu économique comorien. Nombre des jeunes qui avaient prêté main forte au mouvement séparatiste nourrissaient les rêves d’une société plus juste parce que recentrée sur les problèmes anjouano-anjouanais, parce qu’autonomisée d’une grande Comore jugée dévoreuse de budget fédéral. Les jeunes séparatistes ont vite déchanté. Les dirigeants séparatistes successifs, une fois au pouvoir, ont verrouillé le débat public en même temps qu’ils mettaient en coupe réglée l’économie de l’île, oubliant au passage de mettre en œuvre le développement promis. Ces pratiques ont eu pour effet une forte désespérance.
De cela, M. Sambi a su tirer un bilan et donner des perspectives. Que ces dernières soient réalisables ou pas est une autre question, cependant on peut comprendre l’impact de ses discours contre la pauvreté dans un tel champs de ruine sociale.
Quant à l’île de la Grande-Comore... parce qu’elle concentre sur son territoire deux pouvoirs politiques à savoir celui de l’Union(6) et celui de l’île autonome ; parce que de ce fait, plus qu’aucune autre île , elle voyait -aux premières loges- les errances du pouvoir, la gabegie, les détournements de fonds et l’impunité qui les entoure ; parce qu’elle assistait quasi-impuissante au délabrement de sa capitale et celle de la Nation (des bâtiments officiels jusqu’aux rues ) ; parce qu’elle s’engluait dans un appauvrissement général pendant qu’une poignée de dignitaires étalaient avec ostentation leurs richesses rapidement acquises... Elle avait toutes les raisons d’être réceptive au message que lui a délivré M. Sambi concernant la Justice et la lutte contre le détournement de fonds publics.
L’île de Mohéli, de loin la plus oubliée par les pouvoirs centraux successifs et ce depuis l’indépendance a été sensible au discours sur le développement proposé par M. Sambi. Cette île, depuis le milieu des années 80 tente d’attirer l’attention de l’archipel sur l’injustice et l’oubli dont elle est victime. Pour ce faire, elle a menacé de faire sécession de façon récurrente, en vain... elle est restée au ban de l’ensemble comorien. Le développement proposé, dans la campagne par M. Sambi, mettrait Mohéli au centre des projets économiques du pays. Ce qui serait une première en trente ans !
Parce que l’île espère beaucoup de l’exploitation de ses terres fertiles et de son potentiel touristique évident, elle a réservé un accueil sans pareil à M. Sambi.
Tout ceci pour dire que par le choix de ses Idées-Forces M. Sambi, surnommé « Ayatollah (7) », s’est révélé être un redoutable stratège. Ce alors que le parti CRC(8) soutenant le candidat Ibrahim Halidi s’adonnait aux voies traditionnelles de persuasion électorale pour ne pas dire distribution de l’argent (public ?) à qui veut ... et embauche immédiate dans la fonction publique à qui promet de...
UN BESOIN IRREPRESSIBLE DE CHANGEMENT ET DE RENOUVELLEMENT DES ELITES.
A mesure que la campagne avançait, il apparaissait que les Comoriens de toute île, de tous âges, voulaient du changement, surtout pas l’éculé « changement dans la continuité », non, un changement vrai. A la radio comme dans les conversations, la population comorienne exprimait son besoin de rupture et de neuf. C’est ce besoin fiévreux d’une quasi-révolution qui pèse aujourd’hui sur les épaules du nouveau président de l’Union.
Les discours pourront-ils se transformer en actes ? M. Sambi a 4 ans pour faire ses preuves. 4 ans, c’est court, tant les problèmes qu’il aura à traiter sont multiples et complexes, tant les chantiers laissés en friche, parfois depuis l’indépendance, sont nombreux. Si pendant la campagne il a su rester populaire sans basculer dans le populisme -exercice auquel il aurait pu s’adonner tant le régime Azali était honni - il devra agir, réformer la société comorienne, la rééduquer tout en restant sinon aimé du moins respecté.
Les Comores ont connu de multiples gouvernements qui ont comme point commun celui d’avoir navigué à vue. C’est l’impression qui ressort tant il est difficile d’isoler une phase suffisamment longue d’actes économiques et politiques cohérents, mis à part la période Ali Soilihi. Quoiqu’on puisse penser de l’expérimentation socio-politique de ce dernier, il n’en reste pas moins qu’une politique était définie et surtout...mise en œuvre avec des résultats plus ou moins positifs qu’il appartiendra à l’Histoire de juger.
Depuis, dans ce qui a été entrepris par les gouvernements successifs sur les plans économique, agricole, éducatif, social sans oublier l’Identité Nationale -pour ne citer que ces domaines là- l’observateur a du mal à distinguer les contours d’un projet cohérent.
Il est vrai que l’Archipel a toujours été déstabilisé par de multiples tentatives de coups d’état, des réussis et des tués dans l’œuf. il est vrai que ces dernières ont été l’œuvre d’une main invisible extérieure. Mais que trouve t-on aux abords de cette main invisible extérieure...des politiciens comoriens(9). Du premier coup d’état initié par Ali Soilihi au dernier qui a porté Azali au pouvoir. Force est donc de constater que ce sont des hommes politiques comoriens qui ont été les acteurs de la déstabilisation permanente des trois îles indépendantes de l’archipel.
Il est une autre déstabilisation moins pointée du doigt par l’homme de la rue, c’est celle des institutions. Après trente ans d’Indépendance, sans être une grande collectivité -ni en population ni en surface- les Comores ont vu à maintes reprises leurs dirigeants modifier et leurs textes fondamentaux et leur drapeau. Cela non plus, ne contribue pas à apaiser les consciences. Pis, cela trouble, sans faire de bruit, l’idée même d’Identité Nationale.
L’archipel des Comores, faute de croire en lui même se tourne vers l’extérieur. D’abord vers sa diaspora à laquelle elle doit une certaine survie économique. Ensuite vers les Etats et ensembles régionaux développés pour leur réclamer incessamment de l’Aide . L’Aide c’est bien mais encore faut-il en faire quelque chose. L’Aide internationale en faveur des Comores, s’est-à cause des conditionnalités insuffisamment contraignantes- volatilisée pour partie et a , au final, faiblement servi les intérêts des Comoriens.
C’est à ce Tout que la population comorienne -vivant à l’intérieur et à l’extérieur du pays- veut tourner le dos.
LES ELECTIONS DES ILES AUTONOMES, UNE EQUATION A TROIS INCONNUES.
Dans l’horizon immédiat de l’exécutif de l’Union se profile l’élection des présidents des îles autonomes. Cette élection à proprement parler est une équation à trois inconnues. En effet, si un des trois présidents des îles décide de rentrer en opposition frontale avec le pouvoir unioniste, le programme de M. Sambi aura du mal à être applicable. Ce scénario est hélas plausible. En effet, après 4 ans d’application de la nouvelle Constitution, bon nombre de questions institutionnelles restent non résolues. Les partages de compétence ne sont pas toujours clairs et sont loin d’être définitifs. Ces partages de compétence donnent même l’impression d’être renégociables à l’infini, selon le tempérament de tel ou tel président.
Quelle lecture donner au score que M. Sambi a eu dans les îles respectives ? Une chose est sûre, la grande popularité dont jouit M. Sambi, en dehors de son île natale nous fait dire qu’il a fait oublier qu’il était anjouanais, qu’il s’est imposé comme Comorien. Figure pourtant difficile à incarner moins de sept ans après le séparatisme anjouanais.
Cette popularité et cette légitimité acquise par les urnes doit-elle être interprétée comme un mandat donné par l’opinion pour un plus grand recentrage de l’Etat ? Cela est-il une sanction d’une certaine logique autonomiste ?
Les présidences des îles, laisseront-elles le pouvoir central s’aventurer dans ce qu’elles considèrent comme étant leur espace vital ? Autant d’inconnues qui se présentent au nouveau pouvoir.
Sans jouer les cassandres, il est aisé de prévoir que les anti-sambistes les plus durs seront tentés de jouer la carte inédite du séparatisme Grand-Comorien aux moindres difficultés économiques de l’Union.
M. Sambi a semble t-il compris le danger, car contrairement aux attentes de son île d’origine, le gouvernement qu’il a mis en place n’est pas anjouano-centré. Pourtant si cela avait été le cas, ce n’aurait été que justice, vu que selon les institutions cette « tournante » est celle d’Anjouan. Vu que la mandature Azali avait donné aux Grands-Comoriens la plupart des postes clés. L’ombre d’une fronde anti-anjouanaise venue de Grande Comore, l’île capitale, a dû pousser le nouveau pouvoir à procéder autrement.
M. Sambi est contraint de s’approprier les institutions sans s’interroger sur leur efficacité.
Pour éviter un énième autonomisme, il aura à rester inventif dans un cadre institutionnel inconfortable. Il aura à rendre fécondes en pratiques gouvernementales les institutions dont il hérite. Il aura à s’appuyer sur elles pour initier un développement cohérent des trois îles. Surtout, et c’est la tâche la plus difficile, il devra préparer l’opinion à l’idée d’une « tournante » de Mohéli car les esprits sont volontiers condescendants envers cette île et ses cadres.
Pour ce faire, l’idée d’un parti présidentiel secrétant un candidat mohélien partageant la vision de M. Sambi commence à prendre forme dans les esprits.
DE L’ESPOIR ET DES ECUEILS
Il a été entendu sur les places publiques, dans les cafés et les brochetteries que « cette élection est celle de la dernière chance ». La jeunesse comorienne sait que les frontières du Nord se ferment les unes après les autres, elle sait que les pays alentours durcissent les conditions d’immigration, elle voit qu’elle ne peut plus espérer aller à Mayotte (10) tant cette dernière multiplie les mesures d’endiguement de ce qu’elle considère comme une « invasion migratoire ». La jeunesse comorienne sait qu’elle n’a plus grand choix que de se trouver des débouchés sur place. D’où cette haine palpable envers les politiciens classiques. D’où ce vote-espoir, ce vote-colère en faveur de M. Sambi.
Les Comoriens peuvent vouer aux gémonies un jour ce qu’ils ont encensé la veille et vice versa. C’est, depuis l’Indépendance une constante historique (11). Le président de l’île de Ngazidja M. Mzé Abdou Soulé El-Bak élu triomphalement en 2002, bénéficiant d’une légitimité populaire rarement observée au lendemain de son élection est aujourd’hui déconsidéré par la population de la Grande Comore parce que l’espoir qu’il a fait naître n’a pas su être transformé en actes concrets de développement.
Le parallèle avec M. Mzé Abdou Soulé El-Bak n’est pas fortuit. Lui aussi, s’était vu accolé par ses adversaires du surnom d’intégriste parce qu’il était arabophone. Lui aussi se voyait reprocher une certaine virginité politique par ses adversaires. Lui aussi s’est appuyé sur le peuple et les gens d’en bas lors de sa campagne.
M. Sambi, président de l’Union des Comores, saura t-il à la différence de M. Mzé Abdou Soulé El-Bak transformer les paroles en actes ? Il ne peut que répondre par l’affirmative à cette question. Car si l’absence de résultats du président de l’île M. El Bak n’a valu à ce dernier qu’un profond mépris de la part de la population. Il risque d’en être autrement en cas d’échec de M. Sambi. Parce que ce dernier a en charge une collectivité plus grande, celle de l’Archipel. Parce que ce dernier a été élu fiévreusement, furieusement par une Nation qui a un besoin urgent de repères et de raisons de croire en l’avenir. Aussi, une déception populaire en cours de mandat pourrait avoir des conséquences violentes et dévastatrices.
Le temps court déjà. 4 ans c’est peu.
Espérons que le nouveau président de l’Union saura donner corps aux slogans percutants qui ont contribué à sa prise de pouvoir. Pour rappel, il s’agissait de « Servir et non se servir » et « harahara swafi, kasina ntrontro(12) » ce qui veut dire, parlant de M. Sambi, « il est propre, il est plus que propre, il n’est pas souillé ».
Slogans qui laissent présager d’une « opération mani pulite(13) » à la comorienne. Slogans qui laissent espérer une restauration de l’image du politique, une ré-education civique...bref une nouvelle ère pour l’archipel.
Fikri ALI MOHAMED est chercheur en sociologie politique.
(1) L’élection présidentielle de l’Union s’articule sur deux tours. Au premier tour, seule l’île dont doit être issu le Président de l’Union est habilitée à voter. Au terme de ce premier tour, dit aussi « primaire », sont retenus les trois candidats arrivés en tête. Ces derniers se présentent alors devant les électeurs de la Nation entière composée de trois îles (Grande Comore, Anjouan et Mohéli -Mayotte étant restée française après la décolonisation-). Le Candidat qui gagne ce deuxième tour, quelque soit son score est proclamé Président de l’Union des Comores pour un mandat de 4 ans.
Durant les deux tours, le vote se fait au suffrage universel.
(2) Il n’est pas rare que des titulaires de la double nationalité comorienne et française concourent au poste de chef de l’Etat. Il est même arrivé que certains présidents exercent le pouvoir tout en conservant la double nationalité. Ce qui en dit long sur les rapports ambigus qu’entretiennent les Comoriens en général avec l’ancienne puissance coloniale.
(3) Il a été Secrétaire Général de la Commission de l’Océan Indien (organisation regroupant Les Comores, Madagasar, Maurice, Les Seychelles et La Réunion) de 1997 à 2001.
(4) Capitale de l’île d’Anjouan.
(5) Les partisans de M. Caabi pour valoriser leur candidat l’avaient surnommé « l’homme d’expérience » au nom des multiples postes qu’il a occupés depuis 30 ans, ce pour souligner la virginité politique de M. Sambi et le risque couru par le pays s’il venait à voter pour ce dernier. Cependant le titre d’ « homme d’expérience » a desservi à M.Caabi car la population, ayant un besoin viscéral de renouvellement des élites, s’est montré hostile à la reconduction au pouvoir de ceux qui - selon elle- avaient accompagné pendant trente ans la déliquescence de la Nation.
(6) La capitale définie par les nouvelles institutions de l’Union reste Moroni, la capitale de la Grande Comore.
(7) M. Sambi a fait ses études au Soudan, en Arabie Saoudite et en Iran. A son retour aux Comores au milieu des années 80, il sera surnommé « Ayatollah ». Ce surnom, il le doit évidemment à son séjour en Iran mais aussi au caractère jugé traditionaliste de ses prêches. Rappelons que, durant les années 80, l’Ayatollah Khomeyni fait en permanence la une de l’actualité mondiale (Nous sommes en plein dans la guerre Iran-irak).
Le terme « Ayatollah », propre au système islamique chiite n’a bien sûr aucune valeur juridique aux Comores qui sont sunnites . Cependant il en dit long sur la réputation de M.Sambi avant la campagne.
(8) La Convention pour le Renouveau des Comores (CRC) est le parti du Président Azali élu en 2002 mais venu au pouvoir par coup d’état en 1999. La CRC n’a pas réussi à convaincre M. Caabi , vice président d’Azali de se présenter sous sa bannière. C’est in extremis qu’elle apportera son soutien à M. Ibrahim Halidi qui a comme M. Caabi , la particularité d’être un homme politique ayant travaillé sous différents régimes.
(9) Se reporter aux différents procès Denard où ce dernier cite les commandes croisées qui lui étaient faites avant chacun de ses coups.
(10) Mayotte est la quatrième île de l’Archipel des Comores. Elle est cependant restée française depuis 1975.
(11) Le président révolutionnaire Ali Soilihi, au pouvoir de 1976 à 1978 est souvent cité en exemple par les Comoriens de tous âges. Alors que l’annonce de sa mort le 29 mai 1978 et de son exécution par les putschistes emmenés par M. Ahmed Abdallah Abderemane (Père de l’Indépendance et président des Comores de 1978 à 1989) avait donné lieu à des scènes de liesse populaire, la société comorienne célèbre aujourd’hui son patriotisme et son honnêteté. D’année en année le mythe autour de sa personne s’étoffe.
(12) Ce slogan joue sur les mots. Il souligne la clarté du teint de M. Sambi dans un pays qui rattache dans son vocabulaire et ses projections esthétiques, le Beau et le Blanc. La propreté invoquée est une allégorie de l’honnêteté.
(13) Opération mains propres. Mani pulite , nom donné au début des années 90 au mouvement lancé par des magistrats italiens visant à lutter contre la corruption généralisée au sein du pouvoir et dans la société italienne.