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Archives Holambe ComoresArchives :: Religions, rites
Article archives Un ramadan qui fait ramer 20 - 10 - 2004
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Le Ramadan, un des cinq piliers de l’Islam a débuté aux Comores, comme dans beaucoup de pays musulmans, ce samedi 16 octobre 04. Il est aussi vécu comme un mois de repas copieux et de veillées nocturnes.

(JPEG)

Dans la capitale Moroni, comme dans l’ensemble du pays, les hommes et les femmes se mettent en situation pour commencer ce mois sacré. Les mini-jupes et les pantalons des femmes cèdent la place aux boubous et aux shiromanis pendant que les hommes renouvellent leurs boubous et chapeaux (cofia) et s’empressent dans les mosquées.

Cependant, contrairement aux années passées où Ramadan rimait avec joie et ferveur, cette année, l’avènement du 1423ème Ramadan a été redouté. La population comorienne l’affronte avec plus d’inquiétudes. Derrière les tenues des comoriennes et comoriens qui font penser à la magie du Ramadan, se cache la résignation. Les visages s’assombrissent et les corps se courbent sous le poids des difficultés quotidiennes. Les problèmes économiques que connaît le pays obligent.

Les fonctionnaires - le secteur public est de loin le plus grand employeur - comptabilisent 4 mois d’arriérés de salaires. Et certains signes qui ne trompent pas tels que les pénuries organisées sur les produits de première nécessité -sucre, farine, huile alimentaire etc. et l’absence de pétrole lampant dans les stations (même si l’arrivée du pétrole semble imminente) augurent une augmentation du prix de tous ces produits. Ce qui inquiète plus d’un.

Le litre d’huile si on en trouve passe de 600 à 1100 francs [1] , le kilo de farine de 300 chez certains grossistes à 350 francs chez les épiciers. Le prix du kilo de poisson passe de 1250 francs à 1750 francs. L’augmentation de ces produits de première nécessité, importés, s’est répercutée depuis très longtemps sur les produits locaux tels que la banane, le manioc, les ignames, les tomates, les cocos secs, les taroTs etc. Le petit régime de banane en provenance de de l’île Mohéli est négocié entre 7500 francs et 10 000 francs, les 6 bananes à 500 francs, les 4 tubercules de manioc à 500 francs, et le fruit à pain à 1000 francs. Les prix des taros et des patates douces ne sont pas à la portée de toutes les bourses, 5 taros pour 2000 francs et 5 patates douces à 1000 francs.

Le temps est révolu où Ramadan rimait avec un rigoureux contrôle des prix de grande consommation pour protéger le consommateur. La population se souvient même d’années où les prix baissaient. Cette augmentation des prix malgré la paupérisation des ménages donne des sueurs froides aux familles populaires. Le moral des ménages est au plus bas.

La table du « Ftur » (repas de coupure du jeûne) cette année ne ressemblera pas à celle d’antan.

Il ne faut pas s’étonner de constater le non-respect de certaines règles et comportements spécifiques au mois sacré du ramadan. Une pauvreté morale née de l’incertitude du lendemain sévira pendant le carême. Le partage des repas et les invitations mutuelles seront réduits, coût de la vie de plus en plus prohibitif oblige.

Il n’est un secret pour personne que la consommation au mois de ramadan double par rapport à un mois de consommation normale. Cela vaut même pour les foyers les plus modestes . Le calcul simple et rapide d’une table quotidienne pour une famille moyenne de 6 à 7 personnes exige un budget minimum de 10 000 francs. Sont servis : bananes ( frites, au coco, grillés..), manioc, ignames/taros, les mkatre wa ufutra, kuskuma, lihoho, sambusa et bwantamu, le poisson, la viande et / ou poulet grillé, le jus, thé et café. On n’oubliera pas le repas de la nuit (tsahou). Ces dépenses auxquelles il faut rajouter le coût du pétrole lampant et de la surconsommation d’électricité liée à la préparation des jus de fruits et de certains gâteaux, sont très onéreuses pour la plus part des ménages dont le revenu moyen mensuel est de 40 000 francs, soit un déficit de 260 000 francs.

L’on peut se demander si ces dépenses concernent aussi les ménages ruraux. La réponse est oui. Certaines dépenses urbaines sont remplacées par d’autres par exemple le coût de l’électricité par l’achat de la glace et le prix à payer pour faire moudre son riz ou mixer ses fruits etc. Les ruraux doivent se déplacer fréquemment en taxis dans les grandes agglomérations pour leurs achats.

Quelle gymnastique ramadanienne doivent faire les foyers qui survivent avec moins de 20 000 francs par mois ?

Dans ce climat de ramadan morose, se profilent clairement trois catégories de consommateurs :

  1. les privilégiés qui garniront la table de tous les mets raffinés, qui se permettront d’inviter tous les jours les amis puisqu’ils sont à l’abri de cette misère. Leur budget nourriture quadruple pendant le mois sacré. Ces privilégiés peuvent dépenser en moyenne 20 000 à 25 000 francs par jour.
  2. la classe moyenne se contentera de dépenser 10 000 francs par jour et ce quel que soit le nombre de personnes dans le foyer et pourra passer plus ou moins un ramadan convenable.
  3. la dernière catégorie, doit se contenter de rompre le carême par un porridge de riz, de mais ou de sagous (ubu) et de manger du riz avec un peu de viande, poisson ou poulet une fois sur cinq. Pour certains il n’ y a que la baguette de pain et une tisane. Cette catégorie qui représente la majorité de la population utilisera rarement le lait caillé prisé pour les tsahus, et goûtera rarement de brochettes viande ou poulet au " ftur".
Les temps sont durs, ne cesse de répéter chaque comorien qu’on interroge. Les citoyens sont plus près de leur ventre que de leur spiritualité. Ce mois de Ramadan va prouver encore une fois dans quelles conditions difficiles les comoriens vivent. Quand les autorités politiques n’hésitent pas à demander aux comoriens de prier pour l’amélioration de leurs conditions de vie, il y a de quoi être inquiet. Et jusqu’où les braves comoriens pourront-ils tirer sur la corde avant qu’elle ne se rompe ?

Il serait difficile d’aborder un problème de société aux Comores sans parler de l’apport de la diaspora comorienne à l’étranger. Bon nombre de comoriens font le ramadan dans la dignité grâce à l’aide de cette diaspora. Que Dieu nous bénisse !


[1] les sommes données sont en francs comoriens. L’équivalence en euro est la suivante : 1 euro = 492 KMF ( franc comorien).

 

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