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Archives Holambe ComoresArchives :: Religions, rites
Article archives Zanzibar : les soirées de Forodhani   
 (par Athman Mravili) : 20 - 10 - 2004
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Je ne sais pas pourquoi au plus profond de moi, ce que je garde de Zanzibar est l’image de ce port de pêche en face de Stone Town (la vieille ville, littéralement : la ville en pierre par opposition aux cases des quartiers excentrés). Ce n’était pas vraiment la partie de la ville où vivaient les Comoriens mais ils étaient nombreux à y travailler dans les métiers de la mer.

Au mois de Ramadan j’y venais très tôt le matin acheter du poisson aux pêcheurs directement de leurs pirogues. A Zanzibar, contrairement aux Comores, ce sont généralement les hommes qui font le marché. J’étais juste un bambin mais sous la brise marine au petit matin, je me sentais grand et fier quand j’allais acheter les poissons pour la coupure du jeûne au coucher du soleil. A cet âge là, dans le cadre jeûne ne comptait pour moi que le festin au crépuscule. Et à Zanzibar le iftar (futuru en comorien, repas de coupure de jeûne en français ) est vraiment varié ; parmi les incoutournables, le thé au lait et aux épices, l’assortiment de galettes salées (mkatre wa kuskuma, mkatre wa ufutra, lihoho) pour accompagner les poissons - mes poissons - et sucrées comme le fameux Maandazi qu’on retrouve dans tout le bassin swahili d’Afrique. Il est bien connu que ceux qui font le ramadan n’ont pas grand appétit le soir venu. Alors avec mon petit frère c’était la fête : nous dévorions tout ce qui était sur le tapis. Car là-bas, l’influence arabe, veut que l’on mange à la main, en famille, assis par terre sur des nattes (djanvi).

Un peux plus tard après la dernière prière obligatoire (insha), toute la famille se rendait au bord de la mer à Forodhani, la plage du centre ville bordant le petit port de pêche. La nuit Forodhwani prend des allures de kermesse : une multitude de marchands ambulants et de restaurateurs de fortune éclairés de petites lampes à pétrole animent a place qui vendant des sucettes, qui vendant des galettes et ceux qui s’égosillent à vanter leurs brochettes et le jus de canne à sucre. Il fait souvent très chaud à Zanzibar et le vent de la mer, quand on marche pieds nus sur le sable fin, procure une sensation de bien être indescriptible.

J’aimais m’attarder devant les marchands de poulpes. On en trouve trouvait grillés ou frits. J’en raffolais. Ne pas manger de poulpes grillés est sans doute de tous mes pêchés mignons celui qui m’a manqué le plus quand ma famille s’est installée aux Comores où manger le mbweza est tabou pour beaucoup.

La plage de Forodhani et sa petite pelouse en bordure de la route est le rendez-vous du tout Zanzibar durant les nuit de Ramadan. Toutes les populations de l’Océan Indien occidental se retrouvaient : les Arabes de Hadramawt (Yemen) petits commerçants et artisans en bas de la hiérarchie arabe dominée par les Omanais (wamanga). De leurs lointaines montagnes yéménites ils ont gardé le goût du café amer et l’art de remplir les petites tasse de kahawa en jouant avec la cafetière. On y croisait les Indiens ou plutôt des Pakistanais, les Comoriens bien sûr que l’on distinguait difficilement des Zanzibaris dits d’origine sauf quand ils se saluaient en shingazidja à coup de kewezi et Mbona. Forodhani by night est un concentré de Zanzibar : multicolore, multi-ethnique, musulman et oh combien hédoniste ! (n’est ce pas le haut lieu de rencontres des jeunes et moins jeunes et où les jeunes filles, coquettes sous le voile noir, tissaient des relations peu encouragées au mois de ramadan ?).

Quand, adulte, je suis retourné à Zanzibar pour la première fois je rêvais de retrouver les odeurs et l’ambiance de cette époque là. Ce ne fut pas le cas vous vous en doutez. Bien sûr le petit port y est toujours mais on y croise plus de Ferry Express qui font la liaison Dar-es-Salam - Zanzibar que les petites embarcations de pêche. Forodhani-la plage tient encore mais exerce t-il toujours sur les enfant, cette magie d’une place de liberté et de fête ? On y croise de plus en plus d’Européens - wazungu comme on les appelle en pays swahili. Ils passeraient presque inaperçus dans cette île, véritable terre d’asile s’ils ne s’encombraient pas trop de leurs appareils photos et mini-shorts peux respectueux des coutumes. De temps à autre et tant mieux pour la carte postale, un voilier d’époque longe la côte, étalant majestueusement sa toile blanche, comme pour défier le temps, le modernisme et le tourisme.

Zanzibar a changé et vit aujourd’hui au rythme du tourisme. Les hôtels sur la côte est et sur les plages nord de Nungwi poussent comme des champignons. Les tour-opérateurs basés en Europe, à Dar, ou à Nairobi proposent des « packages » incluant à la fois un safari dans les parcs du continent et un bref séjour à Zanzibar avec une traversée rapide entre Tanganyika et l’île aux épices.

Egale à elle-même Zanzibar continue de recevoir des étrangers sauf qu’ils n’y s’établissent désormais plus. Ceux qui s’y installent sont les gens de Bara c’est à dire les continentaux, venus faire fortune dans le tourisme. Puis il y a encore et toujours les Comoriens. Une autre génération venue non pas pour faire fortune car ils n’y en ont de toute façon jamais faite, mais à l’image de leurs parents qui venaient apprendre le Fikh (droit islamique), les nouveaux comoriens installés à Zanzibar sont en quête d’établissements d’études supérieures ou professionnelles. Maigre espoir. L’enseignement supérieur dans l’Ile est toujours embryonnaire ; le savoir est à Dar es Salam la capitale tanzanienne. le développement à Zanzibar ne concerne que le tourisme et ceux qui l’ exploitent. Donc pas les Comoriens comme si cela allait de soit.

Assis sur la terrasse du luxieux Serena Hotel, reconstruit dans les murs d’un des vieux bâtiments de cette ville classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, je contemple le ballet de bateaux cargos venant des ports d’Arabie avec cette fois plus de pacotille et d’électronique pour nouveaux riches, que des trésors des pirates des mers du Sud.

Il est loin le temps de la nonchalance et du RAHA c’est à dire le bonheur simple, fait d’un thé au cardemome un soir de Ramadan à Zanzibar.

 

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