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Le royaume chérifien et les Noirs   
 (par Faiza Soulé Youssouf) : 29 - 05 - 2006
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Ils se font les porte-paroles d’une race opprimée. A travers des textes de rap d’une véracité unique. Des jeunes hommes animés d’une farouche envie de parler, de revendiquer, de crier. Des jeunes qui, désabusés par une réalité loin d’être idyllique se servent de l’écriture pour respirer. Ecrire libère. A chacun son arme, à chacun sa manière d’avancer. Ils couchent sur papier ce que, tous, nous pensons. Nous le pensons mais nous ne faisons rien pour changer le cours des choses. Par manque de moyens peut-être. Par manque d’inspiration sûrement pour la plupart d’entre nous. Il n’est pas donné à tout le monde de manier le Verbe avec tant de facilité.

Arrivés à Casablanca, ils dépassent le lourd cap de l’adolescence. Mis à part les problèmes financiers, les parents qui sont au loin, ils sont confrontés à une réalité beaucoup plus pénible. Là d’où ils viennent, on leur avait affirmé que les hommes étaient tous pareils. Que le même sang coulait en eux. Leur seul tort ? Celui d’être noir. Nul était leur courage, leur fierté, ils auraient remis tout cela en doute. La réalité est contraignante. Ils doivent faire face à des regards lourds de mépris. Des propos racistes et « négrophobes ». Pourtant ils ne baissent pas la tête. Ils continuent d’avancer et soutiennent les regards de ceux qui les narguent. En jeunes hommes noirs et fiers, ils ne rasent pas les murs mais revendiquent leur africanité.

L’image que donnent les médias du Maroc est celle d’un pays solidaire, ouvert, tolérant. Mais on est très vite désabusé. Le Maroc des touristes blancs est un monde à part. Le nègre reste toujours le nègre. Devons-nous voir en cela, un complexe d’infériorité par rapport au blanc ? Peut-être. Toujours est-il que la situation des jeunes étudiants noirs n’est pas enviable. Loin de là.

A Rabat, à Marrakech, à Fès, dans toutes les villes du royaume chérifien, le noir est confronté à des railleries quotidiennes, souvent en Darija, le dialecte marocain qu’il est supposé ne pas comprendre. Les Marocains ont de nous une image peu flatteuse. Ils associent le Noir aux maux qui terrassent l’Afrique : Sida, paludisme, famine. Depuis que le Maroc est devenu le pont reliant l’Afrique à l’Europe, le phénomène s’est quelque peu aggravé : pour eux nous sommes tous des candidats à l’immigration clandestine. Oubliant délibérément les candidats Marocains, les passeurs, etc.....

Ainsi, certains acceptent avec résignation la situation accablante qui prévaut dans ce pays. D’autres pas. La digestion est trop difficile. Ignorer les remarques racistes et xénophobes seraient pour eux leur donner raison. Soli et Aristide forts d’une culture ouverte et attristés par tant d’intolérance prennent leur mic, pour plagier le jargon du hip hop et dénoncent. Ils ont pour seule arme le micro. Ils n’espèrent pas grand-chose. Juste la reconnaissance par tous de ce mal qu’est le racisme. Ce qui serait un début. Les mentalités ne changent pas aussi rapidement. Mais comme dit le dicton, l’espoir fait vivre...

Fay

 

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