Le ramadan débute demain. C’est l’occasion de se rappeler l’origine et la signification du ramadan et son importance dans le monde musulman.
Ramadan est le neuvième mois du calendrier arabe et islamique. Ce calendrier était utilisé par les Arabes bien avant l’avènement de l’islam. Puis en 637 après J.-C., il fut adopté par les musulmans et communément appelé calendrier hégirien. [1]
Ce calendrier est fondé sur les cycles de la lune ; il comporte 12 mois de 29 ou 30 jours. Ceci explique le déplacement des mois lunaires chaque année par rapport au calendrier grégorien, le calendrier hégirien étant court de 11 jours. Ainsi en l’espace de 36 ans, le ramadan accomplit une révolution complète du calendrier solaire tombant parfois en hiver, d’autres années en été.
Les mois ont été nommés en fonction des saisons et des activités. [2]
Ramadan est le mois de « grande chaleur ».
Dans la tradition arabe préislamique, ce mois était sacré et constituait un des mois de trêve. Et depuis 610 après J.-C., il prit une dimension supplémentaire, encore plus religieux chez les musulmans en étant le mois de la révélation de la parole d’Allah. En effet, le Coran [3] fut révélé au Prophète Mahomet par l’archange Gabriel pendant l’une des dix dernières nuits de ce mois appelée « nuit du destin - Laylat al-Qadr ».
C’est en souvenir de cet évènement que chaque année durant ce mois, les musulmans à partir de l’adolescence, ont l’obligation de jeûner de l’aube au coucher du soleil.
Le jeune pendant ce mois constitue l’un des 5 piliers [4] de l’islam. Un long texte du Coran est à la base de la législation sur ce jeune. Voici la traduction :
« Ô vous qui croyez ! Le jeune vous a été prescrit de même qu’il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés. Peut-être craindrez-vous Allah.
Le jeune durera un certain nombre de jours. Mais celui d’entre vous qui est malade ou en voyage (et qui n’aura pas pu accomplir le jeûne dans le temps prescrit) devra jeûner un autre nombre de jours égal. Quant à ceux qui sont en état de jeûner, mais qui ne le font pas, ils peuvent racheter cette faute en nourrissant un pauvre. Celui qui accomplit une bonne œuvre, récolte lui-même une bonne œuvre pour lui. Si vous jeûnez, cela est meilleur pour vous, si vous le savez.
Le mois de Ramadan, pendant lequel a été révélé le Coran pour servir de direction aux hommes, pour leur en donner une explication claire, et de distinction entre le bien et le mal, est le mois du jeûne. Quiconque parmi vous aura aperçu la lune du Ramadan, qu’il jeûne. Mais s’il est malade ou en voyage, il jeûnera plus tard un autre nombre de jours égal. Allah veut pour vous ce qui est facile ; il ne veut point de choses difficiles. Il veut seulement que vous accomplissiez le nombre voulu, et que vous proclamez la grandeur d’Allah qui vous a dirigés.
Pendant la nuit du jeune, il vous est permis de vous approcher de vos femmes. Allah sait que vous avez été transgresseurs à cet égard. Il est revenu à vous et vous a pardonné. Maintenant, voyez vos femmes dans le désir de recueillir les fruits qui vous sont réservés.
Mangez et buvez jusqu’à ce que l’on puisse distinguer un fil blanc d’un fil noir, à l’aube du jour. Alors observez le jeune jusqu’à la nuit et n’ayez pas commerce avec elles pendant ce temps. Passez le plutôt en actes de dévotion dans les mosquées. Telles sont les limites de Dieu. N’en approchez point de peur de les franchir. C’est ainsi que Dieu développe, explique ses signes aux hommes afin qu’ils Le craignent. »
Les règles du jeune ont étaient établies à partir de ce texte et des traditions « hadith [5] ».
Les jeûnes dans les religions chrétienne et juive
Dans la proclamation de l’obligation du jeûne du mois de ramadan, le Coran invoque les pratiques similaires dans les religions juive et chrétienne.
Les juifs effectuent des jeûnes ponctuels (ne s’étalant pas sur plusieurs jours) servant à expier les péchés (ex : Yom Kippour, jour du pardon), et à commémorer les événements tragiques de l’histoire juive (ex : le jeûne des premiers nés commémore la mort des premiers nés égyptiens et le salut miraculeux des premiers nés israélites).
Chez les chrétiens, le carême dure 40 jours en souvenir du jeûne du Christ et se termine par la fête de Pâques (fête annuelle en mémoire de la résurrection du Christ). Le carême, jadis, était une période de pénitence ; ils n’avaient droit qu’à un repas par jour pris dans la soirée. Au fur et à mesure des années, un série d’assouplissement furent adoptés. Aujourd’hui, l’accent est mis sur l’esprit de partage et sur le coté spirituel.
Déroulement du jeûne
Le mois de jeûne commence avec une déclaration officielle des autorités après la constatation de la nouvelle lune.
Le jeûne quotidien débute par la formulation de l’intention d’accomplir le jeûne comme un acte religieux.
Pendant le jeûne diurne, le musulman doit non seulement s’abstenir de manger et de boire mais également de tout plaisir sexuel et de tout plaisir des sens (ex : le tabac, écouter de la musique, etc..) dans la mesure du possible pour le dernier cas.
Après la prière du soir (Maghrib), les interdits cessent et le jeûne est rompu par un repas ou une collation. Il est courant de prendre un autre repas un peu plus tard dans la nuit ou au petit matin avant que le jeûne ne reprenne.
Le Coran permet à ceux qui sont légalement unis d’avoir des relations sexuelles la nuit en temps de jeûne.
En tout cas, il n’y a pas de règles à observer après la rupture de jeune ; Tous les plaisirs (manger, boire, etc..) deviennent licites pendant la nuit bien que les réjouissances exceptionnelles comme les cérémonies de tous ordres ne puissent se tenir pendant le mois de Ramadan.
Les jeûneurs et les dispenses
Tout musulman ayant atteint l’âge de la puberté est normalement astreint au jeûne. Personne n’est tenu de jeûner si sa santé ne lui permet pas et si tel est le cas, le jeûneur doit arrêter. Sont concernés les malades, les femmes enceintes ou nourrissant leur bébé ou en menstruation. Les voyageurs sont également dispensés du jeûne (mais rien ne leur interdit de s’y plier).
Les jours du jeûne perdus pour les raisons évoquées précédemment doivent être rattrapés au cours de l’année. L’exemption du jeûne tout entier (jeûne impossible à accomplir) est admise si l’on nourrit un ou plusieurs pauvres (leur nombre et la quantité de nourriture donnée sont proportionnelle à la richesse de l’individu).
La spiritualité du Ramadan
Outres ces considérations, le mois Ramadan révèle un caractère spirituel et véhicule des valeurs de paix, de fraternité et de solidarité :
- Le mois de Ramadan est le mois où la faim rappelle aux riches l’existence des pauvres et où les aumônes sont recommandées. Une aumône officielle est en outre prévue la Zakat de rupture de jeûne afin que tous, même les nécessiteux puissent se réjouir lors de la fête de fin de jeûne.
- Une atmosphère de fête s’observe surtout dans le domaine familial avec les visites de parents et d’amis, dîners de rupture de jeûne qui sont l’occasion d’invitations mutuelles et de veillées.
- C’est aussi un temps de prière et d’instructions religieuses (mosquées, radio, télévision, avec de nombreuses récitations du Coran par des spécialistes réputés). Des prières supplémentaires appelées « Tarawih » sont accomplies après la dernière des cinq prières quotidiennes. Le Coran est lu et récité intensément. Lors de la nuit Laylat-al Quadr, on observe une nuit blanche en prières et lectures du Coran. C’est l’occasion d’expier les péchés (passés, présents, futur).
- Le principe du jeûne est lié à celui du contrôle de soi et de la maîtrise d’exercice de la volonté pour dominer ses passions, résister à la faim, à la soif, etc. Il constitue une leçon spirituelle de même qu’il fait naître un état de purification. L’idée que les bonnes œuvres purifient ceux qui les accomplissent est fréquemment rappelée et les prédicateurs citent le Hadith selon lequel celui qui pratique bien son jeûne redevient pur comme l’enfant qui vient de naître.
Le Ramadan est pour beaucoup l’occasion d’une joie profonde. Il est l’occasion d’un retour (définitif ou temporaire) à la pratique pour beaucoup.
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[1] L’Hégire est le point de départ de la chronologie chez les musulmans qui commence en 622 après J.-C., date de l’émigration (Hijr) du Prophète Mahomet de la Mecque à Médine.
[2] Les mois de l’année hégirien sont les suivants :
Muharram le mois sacré
Safar nbsp le mois vide
Rabi’al Awwal le mois du premier printemps
Rabi’ath-Thâni le mois du second printemps
Jumãdã-l-Úlâ le premier mois de sécheresse
Jumãdã-th-Thâniyyah le second mois de sécheresse
Rajab le mois révéré
Sha’ban le mois de la division
Ramadan le mois de la grande chaleur
Shawwal le mois de la chasse
Dhû-l-Qa’dah le mois de repos
Dhû-l-Hijjab le mois du pélerinage
[3] La révélation s’est poursuivie depuis sporadiquement reflétant les évènements accompagnant la naissance de l’islam et dirigeant les actions et les réponses du prophète Mahomet. La prédication de la parole d’Allah dura 23 ans.
[4] Les cinq piliers de l’islam sont les suivants :
- La confession de foi : la Shahãdah affirme qu’ « il n’y a pas de Dieu autre que Dieu (Allah) et que Mahomet est le messager de Dieu »
- les cinq prières quotidiennes, La Salãh
- L’aumône : La Zakãh représente le don d’aumônes dans des proportions prescrites (équivalent d’un impôt religieux volontaire versé directement aux pauvres)
- Le jeûne du mois de ramadan : Sawm
- Le pèlerinage à la Mecque : le Hajj doit être accomplit une fois dans sa vie par celui qui est apte physiquement et financièrement sans compromettre ses autres responsabilités
[5] Les hadith sont les actes, paroles et reflexions accomplis ou émis par le Prophète telles que ses Compagnons les ont rapportés. Juste après le Coran, ils constituent la référence en matière de pratique religieuse. Ils ont trait au contenu du Coran, à la vie sociale et religieuse et à la conduite à tenir dans la vie quotidienne.