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:: Paroles de femmes ::
La femme comorienne = Être humain ou Bétail ?   
 (par Sheherazade) : 11 - 10 - 2004
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Au 21e siècle, nous nous posons encore cette question vu la façon dont nous sommes considérées.

Nous avons beau être mère ou future mère de famille, nous ne sommes pas moins considérées comme des personnes sans cervelle, juste bonne à mettre bas. Cette expression peut choquer mais généralement dans la société comorienne, ce qui nous définit est le nombre d’enfants survivants, produits de nos grossesses. On s’apitoie sur la femme qui a un ou deux enfants et celle qui n’a jamais été mère est presque ravalée au rang de jeune fille. La femme comorienne, devenue mère, perd son identité pour devenir la mère de son premier enfant, ex : la mère de Karima (mdzadze wa Karima). Nul ne se soucie de la charge qu’implique une famille nombreuse. On se fie à Dieu.

Avant de parvenir au statut de « mère de », voyons le parcours qui précède.

Jeunes filles, on nous dit que nous sommes des vrais trésors, les joyaux de la famille. Mais les actes de notre entourage démentent ces affirmations. Nous sommes leur propriété privée, un investissement qui doit prospérer, attirer respect et attention jusqu’à l’aboutissement du mariage.

Un mariage doit apporter richesse matériel et considération pour être une réussite. Dans les négociations de mariage, l’avis de la jeune fille ne compte pas. Seuls comptent les bénéfices matériels et l’honneur que tirera la famille. Le mariage correspond au placement de la jeune fille au prés des hommes capables de rehausser le prestige de la famille par sa fortune.

On peut distinguer deux types de mariages :

  • celui classique décrit plus haut où tout est affaire de dépense et où tout a son prix. Plus d’une mariée tirera une fierté toute sa vie de ce mariage d’honneur.
  • une variante de ce premier type est celle où la fille est vendue pour le prix de l’honneur : « hahuziwa he bei ya anri ». La famille de la fille fait confiance à l’homme qui obtenant la femme à crédit s’engagera à régler ses dettes le long du mariage

Dans la tradition comorienne, la famille cherche un mari qu’elle propose à la fille. Celle-ci acceptait dans la majorité des cas ; nul ne savait si elle était d’accord ou acquiesçait simplement pour faire plaisir à sa famille. Le mari était choisi de préférence au sein de la famille. On supposait ainsi qu’il partageait les principes et règles de vie de la famille. Il était apprécié en fonction de son comportement. Aujourd’hui, sa richesse prime suivi de son origine familial. Qu’il soit drogué, alcoolique, violent, malhonnête importe peu. Que l’épouse soit battue, violée, maltraitée, sa famille fera le gros dos et tentera toujours d’empêcher l’épouse de se révolter.

Paradoxalement, la jeune femme de maintenant est livrée à elle-même. Avant, dés la puberté, elle recevait une formation qui la préparait à son rôle d’épouse et de mère de famille. A ses premières règles, les amies de la famille (et du quartier) se réunissaient autour d’elle pour lui expliquer ce qu’il lui arrivait :

  • les changements physiologiques
  • les nouveaux sentiments et sensations
  • la sexualité
On lui prodiguait également des conseils sur le comportement qu’elle devait avoir vis à vis de la gente masculine.

Beaucoup de jeunes sont mariées sans la moindre idées de ce qui les attend. L’homme, lui, considérant qu’il a payé ne demande qu’à consommer. Il exige son du et peu importe la condition physiologique et psychologique de sa femme. Et si la jeune femme traumatisée n’assure pas, l’homme s’adresse à ses parents tel acheteur d’une machine en panne s’adressant au service après-vente.

Je connais l’exemple d’une jeune fille violée en plein sommeil par son mari. Personne de la famille n’a réagit aux hurlements de la fille ; au contraire, sa famille se sentait honteuse du comportement de leur fille. Trois mois après, la famille retrouva la fille en sanglots. Aux questions des parents, elle répondit qu’elle saignait et elle ne savait pas pourquoi : c’était ses premières règles.

Ce n’est pas un cas isolé.

Il est temps que les femmes comoriennes parlent entre elles de cette situation pour qu’il y ait un changement. Nous devons faire fi de la honte et des pressions pour échanger les expériences, dénoncer les abus et soutenir les victimes. Faute de le faire, nous nous rendons complice. C’est en imposant le respect

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