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Mwanazidakani : la dérive du mythe   
 (par Sheherazade) : 1er - 11 - 2004
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Mwanazidakani caractérisait la jeune femme cloîtrée depuis sa plus tendre enfance et ne pouvant sortir qu’accompagnée et, de plus, après le coucher du soleil. Ce sort était généralement réservé aux filles aînées de bonne famille et généralement dans les villes dites de pouvoir (mdjiwayezi). Ainsi, mwanazidakani était censée être protégée des tentations, des médisances et des "mauvais œils".

Malgré sa privation de liberté de mouvements, mwanazidakani était formée pour devenir la parfaite épouse et femme de maison :

  • à entretenir la maison (pour qu’elle soit bien rangée et propre)
  • à cuisiner (les mets de tous les jours et de fête)
  • à pratiquer les arts manuels (broderie, couture - kandou, kofia,...)
  • à assurer l’éducation des enfants (en s’occupant de ses cadets ou neveux)

Certaines, appartenant à de familles de lettrés, recevaient une formation religieuse et apprenaient à écrire le comorien en lettres arabes.

Mwanazidakani n’était jamais seule. Elle était toujours entourée par sa famille (tantes, mère, sœurs, amies, frères, oncles, grands-parents,..). Tout ce monde prenait part aux affaires courantes de l’extérieur et apportait tout le nécessaire à la maison (dont tout ce dont avait besoin mwanazidakani).

Elle recevait aussi un enseignement sur ses devoirs conjugaux par une chaperonne (somo). Cette dernière était choisie au sein de la famille et parmi les amies pour ses qualités de mère, de ménagère et d’épouse. Cette femme devait transmettre à mwanazidakani les bonnes manières et le savoir vivre d’une épouse et ce qu’attendait d’elle un mari :

  • comment fait-on les enfants ?
  • devoirs conjugaux dont les rapports sexuels

Aujourd’hui, on trouve encore des wanazidakani (pluriel du mwanazidakani) mais il y a une grande différence d’avec celles décrites précédemment.

C’est d’abord la jeune fille d’âge scolaire qui ne sort que pour aller à l’école. Elle se fait escorter à pieds ou en voiture par un membre de la famille ou un employé. La scolarité terminée (ou interrompue), elle restera enfermée jusqu’au mariage. D’autres ont la chance d’exercer un métier mais leur déplacement vers l’extérieur se limite au trajet qui va de leur maison à leur lieu de travail ou inversement.

Pour beaucoup de ces wanazidakani, la formation traditionnelle de maîtresse de maison n’est plus assurée. La gestion de la maison est au main de "boys" ou employés de maison ("mpambe").

Cette évolution en "mwanazidakani partiel" s’explique peut-être par le fait que la société comorienne place la responsabilité de la bonne conduite et de la bienséance sur les épaules de la jeune fille. Par définition, l’homme peut tout se permettre et à la femme - qui paradoxalement est maintenue comme petite fille - de se défendre.

On notera que dans les familles mwanazidakani, la femme continue d’être privée de liberté après le mariage. Au delà de la jalousie (ou despotisme) d’un mari, la société pèse de tout son poids pour que la femme mariée de bonne famille respectable soit vue le moins possible dans l’espace publique.

Aujourd’hui, aux Comores, comme ailleurs, les structures traditionnelles se décomposent : village, quartier, famille. Le taux des divorces est croissant. Les conséquences pour la femme déjà isolée comme mwanazidakani sont désastreuses. Après un divorce ou la perte d’un parent, la femme se retrouve encore plus seule.

L’instruction et le travail sont les meilleures protections contre la misère matérielle et psychologique de la femme.

Mwanazidakani a fait son temps.

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