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:: Paroles de femmes ::
Cri d’alarme   
 (par Anisa Msa) : 16 - 04 - 2006
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Cri d’alarme

C’est par ces mots qu’au nom de toutes les femmes comme moi, je brise le silence. Le silence de ma vie. Je demande du secours pour les femmes comme moi. Arrêtons de détruire les faibles. Disons stop à ces hommes sans coeur qui se croient au-dessus de tout.

Je suis une femme meurtrie. Qui a peur et qui vit avec une souffrance. Peur d’être femme et de devenir mère. En fait je ne veux pas le devenir car je crains d’avoir des enfants qui subiront probablement le même sort que moi. Quand, j’avais cinq ans, mon grand frère a abusé de moi à plusieurs reprises. Ce n’étaient que des attouchements sexuels, dira t-il. Mais le préjudice est insupportable. De mémoire d’enfant, je vis cela comme si c’était hier. Les bonbons et les biscuits qu’il me gavait ont pu me faire taire. Mais ses horreurs sont encore vivantes dans ma mémoire.

A dix ans, j’étais une petite fille intelligente, active, studieuse et belle. Alors que l’amour aux études et, en l’occurrence mes résultats scolaires me faisaient rêver d’un avenir meilleur. C’est là que mon oncle s’est mis à son tour à abuser de moi. Quelle cruauté !!!

C’est lui, qui incarnait la responsabilité de la famille. Comme dans les toutes familles comoriennes qui se respectent, l’oncle subvenait aux besoins de ses neveux. Et mon oncle n’était pas en reste. Il assumait bien cette charge. Mais au lieu de me protéger, c’est lui qui allait me détruire. La place emblématique de l’oncle au sein de la famille me contraignit au silence et à subir sans tituber un mot à mes parents.

Vous n’imaginez pas à quel point il m’effrayait chaque fois qu’il venait chez moi. Comme vous ne pouvez pas imaginer la souffrance que j’endurai chaque fois qu’il s’adonnait à me toucher. Des souffrances que j’exprimais immanquablement par des larmes et pleurs et qu’il préférait ignorer en détournant son regard.

Il fermait ses yeux pour bien se concentrer sur son plaisir. A cet instant là, il était d’un sans froid tel que l’idée de son acte vil et indécent ne lui traverse même pas la tête.

Seul son plaisir, aux dépens de mon bonheur, comptait. Dans la peur de dénoncer un oncle sans scrupules, qui abuse sans cesse de sa nièce, j’ai fini par perdre confiance en moi. En me culpabilisant je m’écroulais, partageant seule le secret de ces agressions à répétition. Cet oncle là m’a détruite.

Les conséquences ne se sont pas faites attendre : la brillante élève que j’étais a perdu de sa superbe. Je me trouvais en si peu de temps, reléguée au rang des médiocres. Dans ma déprime intériorisée, mon physique se dégradait. L’on a soupçonné toutes sortes de maladies. Très rapidement l’idée de grigris et de mauvais sorts a jailli dans la famille. C’est la seule explication plausible en l’absence de pathologie diagnostiquée d’aucun médecin. Convaincus que j’étais maraboutée, mes parents allaient remuer ciel et terre, pour me désenvoûter.

Ils ne s’imaginaient pas que le démon qui suce mon âme, c’est cet oncle qui inspirait respect et confiance et qui paraissait accomplir parfaitement son devoir familial. Le type irréprochable. Parfait ! Instruit et exerçant une haute fonction.

Quelle instruction ? Quelle morale ?
Lui, qui gagnait bien sa vie, qui possédait des voitures et avait tout pour se payer n’importe quelle femme, comment a-t-il pu en arriver là ?
Le silence d’une petite fille désemparée, brisée par les sévices qu’elle subissait et la peur d’affronter les grands pour dire ce dont elle est victime, devait-il être pris pour un consentement ?

L’inceste comme toute autre forme de viol est ravageur. Je voudrais porter ce témoignage pour que l’on comprenne qu’il n’y a pas une exception chez nous. La pédophilie, l’inceste et le viol sévissent dans le pays depuis la nuit des temps. Le bénéfice du doute et le formidable tabou qui couvrent ces faits, fragilisent davantage la victimes dans leurs souffrances.

A dix sept ans et demi, ma famille m’a proposé un fiancé. Je n’étais pas très emballée par l’idée. Mais, j’ai accepté. L’occasion pour moi, pensais-je d’échapper aux horreurs de mon oncle. En effet, il ne sera plus question de mon oncle, mais tout à coup, mon beau-frère se mit à me harceler. Me faisant sans cesse des avances jusqu’à finir par me violer dans une incroyable brutalité. C’était une agression sexuelle à proprement parler. Je crois que ce jour là, mon opinion sur les hommes a été arrêtée.

Dans la méfiance et la peur des hommes j’ai renoncé aux fiançailles comme à toute idée de mariage un jour. Les hommes (à commencer par les miens) m’ont privée de goûter au plaisir d’une vie hétérosexuelle. Quelle cruauté ! Aujourd’hui, j’ai vingt huit ans, et aime une femme. Car je n’éprouve aucun sentiment, aucune attirance envers les hommes. Ma vie sexuelle a été détournée. Je suis lesbienne par la force des choses. Je n’aurai jamais d’enfant. La femme avec qui je partage ma vie m’apporte tout : le sourire, la joie de vivre. Sauf qu’elle ne saura jamais faire de moi une mère. Les miens m’ont enlevé la maternité et la société n’a pas su me protéger.

J’en veux au monde entier de n’avoir rien fait pour combattre des tels forfaits.

J’invite tous les parents à bien veiller sur leur(s) progénitures. A tout faire pour qu’il n’y ait plus aujourd’hui, dans les rapports parents/enfants, de sujet tabou. C’est ainsi que l’on pourra efficacement réagir à des telles exactions.

Vous les hommes, arrêtez de prendre les femmes comme objet de désir et plaisir sexuels !

A quand une justice pour réprimer et condamner ces crimes ? Ne laissez pas ce fléau se répandre impunément sur terre ! Car une femme instruite et bien éduquée c’est une valeur ajoutée à notre nation.

ANISA MSA.

 

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