Holambe Comores  
Les Comores, hier, aujourd'hui et demain
Les comoriens, ici, là bas et ailleurs

Chercher :
Accueil         Qui sommes-nous      Articles/documents         Workshops        Contact        Liens      Fil RSS Holambe Comores

Cahiers
Actualités
Albums photos
Archives
BêTiSeS d’IcI eT d’AiLlEuRs
Billet et Humeur
Calendrier Holambe Comores
Cuisine des Comores et Goûts du Monde
Cultures, Education et Formation
Espace Jeunesse
Fête des mères 2008
Instantanés du village
Le Carnet
Les prenoms comoriens
Lyriques
Paroles de femmes
Portraits
Sciences et technologies
Sorties et Evenements
Tribune libre
Vie quotidienne, vie pratique, bien vivre
Courrier des lecteurs
 
Flash


 
:: Portraits ::
Hassani Assoumani, un patron hors tension   
 (par MSAM) : 18 - 09 - 2004
Version HML imprimable
Version PDF imprimable

(JPEG)
Hassani Assoumani

Hassan Assoumani surprend par sa discrétion dans un pays où les apparences ne laissent aucune place à la substance.

C’est à son regard, souvent souriant, que l’interlocuteur pressent la détermination de l’entrepreneur et l’expérience du meneur d’hommes.

Le patron de Comores Vanille et Plante Biocom - CVP Biocom - a accumulé sa riche expérience durant une carrière brillante à la société Bambao, l’ancêtre des sociétés coloniales du pays. De 1989 à1997 date de sa liquidation par la multinationale française SANOFI dernier actionnaire, Hassan Assoumani trônait dans les bureaux directoriaux de la SAGC-Bambao en face du port de Moroni.

Il fallait des qualités professionnelles exceptionnelles pour qu’un autochtone parvienne un poste de direction générale dans ces vieilles sociétés où régnait le dogme de l’infériorité de l’indigène. Il fut le premier et seul Directeur Général Comorien.

Comme beaucoup de destins exceptionnels, il rencontre à chaque tournant de sa vie une main qui ne fut providentielle que parce qu’il est la bonne personne à aider.

Enfant, il ne rêve que d’être marin. En 1964, à 14 ans à Mahajunga (Madagascar), il quitte l’école au CM2 pour se voir refuser l’admission à la section Marine du Centre d’apprentissage parce qu’il est trop jeune. Le directeur du centre, un Breton impressionné par sa détermination, lui conseille de postuler à l’école commerciale. Le niveau minimum exigé étant la 4ème, il lui obtient une dérogation pour passer l’examen. Hassan fait partie des 15 admis. En 1971, il rentre aux Comores après 5 ans de formation avec son brevet de comptabilité et est recruté en septembre à la Bambao à Anjouan.

M. Blanc le chef comptable, un homme de gauche favorable à l’idée de responsabiliser des autochtones, le remarque et, 6 mois après, en fait son adjoint immédiat et supérieur des comptables locaux. Certains ont une ancienneté de 15 ans. Il sera le premier chef comptable comorien responsable des comptes de la SAGC à Moroni, alors filiale de la Bambao et rapporte directement à la direction parisienne après le départ de l’Européen. Un prédécesseur malgache fut vite licencié n’étant pas à la hauteur de la tâche.

En 1997 Sanofi propose à son directeur de lui vendre le fonds de commerce de la SAGC et devenir fournisseur en huiles essentielles et vanille. Le sérieux et la compétence de M. Assoumani et la recommandation de la multinationale permettent à M. Grillot, Directeur Général de la BIC d’accorder un découvert de 40 millions de KMF. Grillot est le seul dirigeant de l’établissement ayant laissé le souvenir d’un banquier compétent, cultivé et soucieux du développement de l’archipel. Les garanties demandées - hypothèques de la maison et du magasin à Mbéni - témoignent d’une confiance inconnue jusque là et jamais imitée depuis. Tous les agents économiques aux Comores citent la politique malthusienne de crédit de la banque parmi les principaux freins au développement du pays.

Gestionnaire réputé, Hassan Assoumani s’enrôle apprenti planteur, élève distillateur, apprenti magasinier auprès de son personnel. Son frère Kader , fonctionnaire, le soutient après ses heures de bureau. Le nouveau patron va démontrer une âme d’entrepreneur, chose rare aux Comores où toute la classe patronale est presque exclusivement commerçante.

En 7 ans CVB est devenu le 2ème exportateur d’extrait d’ylang, Les huiles essentielles et les épices entrent pour 80% du chiffre d’affaires de 500 millions de KMF.

La société a 4 secteurs d’activités :

1 - L’exportation des huiles essentielles : ylang, basilic, géranium, eucalyptus, girofle, lantana camara

2 - La production et la commercialisation de produits agricoles et leurs dérivés :
 - vanille, café, poivre, girofle, muscade,
 - produits séchés (piment, mangue, banane),
 - tisanes : citronelle, laurier-gingembre-géranium
 - poissons salés, séchés et fumés...

Sous la marque YAHANGU : CVB s’est lancée dans la production de confitures, compotes et atchars de fruits et fruits secs.

La CVB est pratiquement seule à exercer une activité de transformation et de valorisation des ressources naturelles du pays. Elle s’essaie aussi au poisson salé et séché et à des produits comme les tisanes

3 - L’Artisanat
La région de Hamahamet où se trouve le siège social de la CVB était réputée pour ses grands artisans, dont le célèbre Fundi Mswali qui a formé des dizaines de menuisiers en mobilier et ouvertures sculptés. La société cherche à faire revivre cet art. Contrairement à Zanzibar et Mombasa qui produisent et exportent des œuvres valant des milliers d’Euros la pièce en Europe et dans les pays du Golfe, la menuiserie sculptée comorienne périclite, victime de la standardisation, de la rareté du bois, et de la fascination des nouveaux riches comoriens pour les pseudo Louis XV et Rococo des hypermarchés et des souks du Golfe.

4 - Musée de l’homme et de l’histoire naturelle des Comores
La CVB a créé un petit musée qui donne au visiteur une idée de l’évolution de l’environnement social du Comorien (habitat, artisanat, traditions). Dans le jardin botanique on trouve aussi des espèces rares comme le patchouli.

Le souci de qualité distingue M. Hassani Assoumani et sa société des autres entreprises publiques et privées du pays.

Pour ses produits artisanaux la CVP a été le lauréat du concours des Artisans de l’Océan Indien en 2001 à Madagascar, pays pour son bel artisanat florissant. Elle a aussi primée du Masters du même concours. Toujours en 2001, elle obtenait une médaille de bronze à la Foire Internationale Afro-Arabe de Tripoli. La marche dans l’excellence a culminé provisoirement par une médaille d’or CENTURY INTERNATIONAL ERA QUALITY AWARD du Business Initiative Directions obtenue à Genève en 2003 pour la qualité de la direction de la société et de ses produits.

Il n’y a pas dans les 3 îles sous administration de l’Union, à part peut être la société Securicom et les organisations des Nations Unies, d’autre entité comorienne ou étrangère qui montre un tel professionnalisme dans la présentation de son image et de ses produits. Les brochures de la société donnent à celui qui les lit l’envie de se faire propagandiste des produits, et bien sûr de les acheter. La CVP donne au Comorien une rare occasion de fierté. Comme le Suédois se flatte de la qualité des Volvo et de ses aciers spéciaux, l’Allemand de ses Mercedès, le Sri-lankais de son thé, et le Français du carré de soie Hermès, la brochure de CVP à la main nous pourrons vanter la qualité de l’Extrait de citronnelle CVP , du porte-livre CVP, de la boîte à épices CVP, des confitures CVP.

L’appareil de production est aux dernières normes. La CVB est fière d’avoir remplacé le bois de chauffe par le gaz pour ses 10 alambics très performants. La rentabilité se conjugue avec la protection de l’environnement.

Et pourtant entreprendre aux Comores est une épreuve quotidienne. Hassan Assoumani, authentique entrepreneur a pour grande ambition de construire une entreprise viable, capable d’offrir des emplois, en valorisant les ressources naturelles du pays. C’est un combat de chaque instant contre les pesanteurs traditionnelles et les contraintes d’un pays instable et imprévisible. Contrairement aux importateurs ou aux prestataires de services, il ne peut compter sur un président , un ministre ou un haut dignitaire pour lui donner du souffle par des exemptions et avoirs en douane ou l’attribution d’un marché public surévalué. La CVP ne peut gagner des marchés à l’extérieur comme à l’intérieur que par la qualité et la compétitivité de ses produits.

Hassan Assoumani est le contraire du " mnatrengweni comorien " ce bien-né, toujours présent dans les manifestations publiques au point de figurer dans l’inventaire des places publiques. Il est respecté de tous et de toutes les générations pour son indépendance d’esprit et une autonomie fondée sur son travail. Sous le Président Mohamed Taki, originaire comme lui de Mbéni, Hassan Assoumani , qui l’avait pourtant soutenu discrètement mais efficacement, garda ses distances avec le pouvoir. Une journaliste franco comorienne, qui fut brièvement directrice d’Al Watwan le clairon gouvernemental, dit simplement de lui : " il est bon ! Lucide, courageux et humble ".

En plus des aléas quotidiens la CVP, comme toutes les entreprises privées comoriennes doit affronter les contraintes suivantes :

1 - Le coût du crédit :
Si d’après notre enquête les relations de la CVP et son propriétaire sont relativement bonnes avec la banque, la politique malthusienne de cette filiale de la BNP, pèse comme une chape de plomb sur celui qui envisage une expansion.

2 - L’étroitesse du marché et les coûts d’approvisionnement :
le coût de revient de l’emballage des confitures - la CVP commande les bocaux et flacons à Péchiney par souci de qualité - est bien supérieur au contenu. Le coût du fret aérien, l’un des plus chers au monde - les conserves et paquets sont très demandés par la diaspora - est un handicap presque insurmontable à la compétitivité des produits sur les marchés extérieurs.

3 - L’inexistence d’une politique de soutien à l’initiative privée .
A l’exception de quelques initiatives ciblées de l’Union Européenne, les projets prétendant soutenir le secteur privé ne bénéficient qu’à quelques bureaucrates et aux prête-noms des dirigeants. Depuis des années, la Société Nationale d’Electricité et de l’Eau - MAMWE reste sourde à la demande d’un branchement haute tension. Ce qui permettrait à la CVP d’accroître sa capacité de congélation et de réfrigération . En augmentant la capacité et la durée de stockage elle deviendrait un débouché important aux producteurs de fruits et légumes. Actuellement, elle ne peut qu’acheter de petites quantités à transformer immédiatement.

4 - le coût de la main d’œuvre à la Grande Comore :
la CVP produit et achète et transforme la grande partie du girofle et de l’ylang à Anjouan. C’est une vraie entreprise nationale. Sur les 35 employés à la grande Comore , moins de 15 sont originaires de la Grande île. Le soutien actif de la diaspora -essentiellement grande comorienne - à ceux qui sont au village, s’il permet à la Grande Comore de vivre mieux que les autres îles a aussi ses effets pernicieux. Bien de jeunes habitués à compter sur une portion du SMIC du parent en France, ne trouve aucune motivation pour travailler à un bas salaire. C’est une bombe qui éclatera dans 10-15 ans car la deuxième génération de l’émigration n’hypothéquera certainement pas son bien être et son avenir dans le pays d’adoption pour le prestige des cousins et oncles au village. En attendant c’est l’expérience des métiers et l’accoutumance au travail qui se perdent. Les employés natifs de la Grande Comore sont difficiles à fidéliser, le coût de la formation est disproportionné par rapport au résultat escompté.

Malgré tout, Hassan Assoumani, a foi en l’avenir. A la fin de cette enquête, je tombe sur lui au Café des Ecoles, un sympathique bar restaurant, près de l’Assemblée Fédérale, qui semble être le lieu de rendez-vous des franges dynamiques de la capitale, Moroni. J’aurais droit à 30mn explications enthousiastes sur ses projets, mais vite, vite il doit rejoindre à une table à côté de très jeunes entrepreneurs, peut être des futurs concurrents qui ont besoin de ses conseils.

Un vrai champion. Vivement qu’on lui accorde sa médaille haute tension.

CVP - BIOCOM
B.P 1 - Mbéni - Ngazidja - Comores
Tel/ Fax : +269 770204
e-mail : cvp-biocom@snpt.km

P.S : Nous pensons que la brochure sur les huiles essentielles réalisée aux Comores par Bara Youssouf/Pixel.Com est digne de louanges. Pour contacter ce photographe - graphiste (que nous n’avons pas rencontré) : +269 730813

 

© Les Comores, hier, aujourd'hui et demain - Les comoriens, ici, là bas et ailleurs
http://www.holambe-comores.com -- http://www.holambecomores.com