Constat :
Mayotte est devenu une collectivité territoriale en 1976. Les Français disent souvent que cette île à été « l’île oubliée des Comores ». Mais oublié par qui ? N’est ce pas la France qui l’avait oublié afin de la séparer des trois autres îles de l’archipel ?
Depuis 1975 Mayotte était restée la petite île pauvre délaissée par la France. Ce n’est que depuis une dizaine d’années que l’île est enfin engagée dans un processus de développement accéléré. L’évolution considérable de ces dix dernières années ne suffit pas à rattraper les retards accumulés. La population qui était un peu plus de 43 000 habitants en 1976, est passée à plus de 140 000 habitant aujourd’hui, et selon les prévisions atteindra les 250 000 habitants en 2010. Cette augmentation exige des moyens considérables pour atteindre le niveau de l’île voisine de la Réunion.
L’enseignement à Mayotte a été pendant longtemps le parent pauvre de l’administration de l’Ile, Volonté politique ou incertitude ?
A Mayotte l’école maternel n’a vu le jour qu’en 1994. C’est donc à l’école élémentaire que les enfants Mahorais faisaient leurs premières armes en français.
Beaucoup d’instituteurs n’avaient pas de diplôme. Recrutés à la hâte, ils maîtrisent souvent mal la langue française face à des élèves qui l’ignorent. Comment peuvent-ils transmettre un savoir qu’ils n’ont pas acquis ? Ce n’est seulement qu’à la rentrée de 1996 que remonte l’exigence du baccalauréat pour leur recrutement
Le français est la seule langue officielle mais nul n’en a besoin, ni au quotidien, ni administrativement. Dans l’administration les Mahorais vous parlent le shimaoré. Le cadre scolaire est le seul où la pratique du français est nécessaire, sinon obligatoirement. Si les instituteurs parlent français dans la classe, ils ne le parlent pas dans aucun contexte de leur vie sociale. Le français n’est associé à aucune valorisation sociale.
Après plus d’un siècle d’occupation française (1841), beaucoup de parents Mahorais ne maîtrisent pas la langue de son colonisateur.
Comme nous le savons tous, la langue française n’est pas la langue maternelle des Mahorais. Le français est encore très peu pratiqué dans la vie courante. Il est tellement mal compris que même l’ironie est souvent mal interprété .
La majorité des élèves Mahorais ont donc des parents qui parlent peu ou pas du tout le français. La langue française n’est utilisée que pendant les cours. On peut évaluer qu’en moyenne, un élève de collège parle le français environ ¼ heure par jour. Le vocabulaire connu est très limité. Il y a un déficit énorme. En règle générale, les élèves ne s’expriment pas oralement.
Dans les disciplines d’éveil, les élèves réussissent les questions qui portent sur les cours, appris puis restitués. Pour l’étude des documents, ils ont du mal à déchiffrer le texte.
En mathématique, ils ont moins de difficulté dans le raisonnement mais ont cependant des problèmes de compréhension de la consigne.
Bien sure, il y a très peu de suivi de la part des familles. Ici comme dans le reste de l’archipel, un grand nombre des élèves, à majorités des garçons, ne vivent pas avec leurs parents, mais avec une grand-mère, un frère. Ou seuls dans un « banga ».
Les élèves sont, à niveau égal, plus âgés qu’en métropole et les professeurs doivent en tenir compte dans leurs rapports avec eux.
Les programmes scolaires sont ceux de la France métropole mais doivent officieusement être adaptés en fonction des niveaux des classes. Malgré son statut de collectivités départementales, Mayotte à un enseignement spécifiquement coloniale.
Il y a une sous éducation à Mayotte.
Le nombre d’élèves entrant au collège grimpe très rapidement et les établissements sont souvent au double de leur capacité d’accueil. Exode des élèves comoriens vers Mayotte oblige.
Sous administrons française, en 1973 le taux de scolarisation n’était que de 30 % avec seulement 38 % de filles. Aujourd’hui Mayotte est passé de 1 collège en 1979 à 16 collèges, (13229 élèves) 4 lycées(‘4710 élèves) et 3 lycées professionnels(1962 élèves) à la rentrée 2003-2004. Cela représente 67% pour les collèges, 23% pour les lycées et 10% pour les LP.
Le vice - rectorat de Mayotte compte adapter les programmes pour les élèves les plus en difficulté. Chaque enseignant doit théoriquement se sentir concerné par l’enseignement du français. Ils ont le projet de créer puis d’animer des clubs de presse et de théâtre. L’utilisation des technologies modernes, informatique, audiovisuel paraît absolument indispensable mais nécessite des investissements financiers importants que le ministère de tutelle ne s’en presse pas de débloquer. Utiliser le plus possible, autour de projets, des Centres de Documentation et d’information.
Culturellement, l’enfant Mahorais est comme l’enfant comorien. Il n’a pas le droit de s’adresser à un adulte. Comme leurs cousins des autres îles ils sont élevés dans un système féodale. Il est donc très difficile d’obtenir en classe une attitude active de participation. Phénomène nouveau à Mayotte, on trouve aujourd’hui des cousins Mahorais qui pratiquent le catéchisme et consomment du porc, comme Mohamed le musulman consomme du mouton. Etonnant paradoxe lorsqu’on s’aperçoit que la langue française est encore perçu comme une menace pour les valeurs sociales et religieuses traditionnelles. De plus, parler quotidiennement le français à Mayotte est encore considéré, la plupart du temps, comme une attitude pédante.
Le rythme de vie plutôt harassant des enfants n’est pas favorable à une bonne scolarisation : lever aux aurores, alternance école coranique-école publique où les modalités d’apprentissage sont totalement différentes, travaux ménagers ou des champs.
Le cadre de vie traditionnel est modeste, de type africain. Mayotte la petite France des Comores a en majorité des habitations encore en cases d’une ou deux pièces, en terre battue ; de plus en plus en dur mais souvent sans assainissement, surtout en brousse. Pas de décorations dans ces maisons où meubles et ustensiles sont rares et simples. A l’adolescence, les garçons doivent quitter la case familiale pour aller vivre seuls dans un « banga ». Comme les Comoriens dans les « vala » ?
La culture traditionnelle veut que les enfants soient tôt initiés aux activités permettant la subsistance de la famille. Au 21 éme siècle l’éducation des filles Mahoraise se limite à en faire de bonnes épouses et de bonnes mères (une élève de 6ème peut être épouse et mère à la fois). Elle peut être la maîtresse de son professeur, mais cela n’indigne personne.
De fortes contradictions subsistent aujourd’hui entre le modèle parental, social, religieux et le milieu scolaire de l’île de Mayotte.
L’évolution des effectifs scolaires :
L’évolution des effectifs sur 8 ans est de 63% (sources : DPM statistiques)
| Année
scolaire
|
Nombre
d’élèves
|
%
d’augmentation
|
|
1997-1998
|
12
065
|
16,63%
|
|
1998-1999
|
13
464
|
11,60%
|
|
1999-2000
|
14
755
|
9,59%
|
|
2000-2001
|
15
722
|
6,55%
|
|
2001-2002
|
16
673
|
6,05%
|
|
2002-2003
|
17
448
|
4,65%
|
|
2003-2004
|
18
379
|
5,34%
|
|
2004-2005
|
19
701
|
7,19%
|
Evolution des moyens en matière de postes :
L’évolution des personnels sur 8 ans est de 129% (sources : DPM statistiques)
| Année scolaire
|
Postes
|
%
augmentation
|
|
1997-1998
|
581,50
|
19,19%
|
|
1998/1999
|
700,50
|
20,46%
|
|
1999-2000
|
811,50
|
15,85%
|
|
2000-2001
|
936,50
|
15,40%
|
|
2001-2002
|
1
090
|
16,39%
|
|
2002/2003
|
1
176
|
7,89%
|
|
2003-2004
|
1
232
|
4,76%
|
|
2004-2005
|
1
330
|
7,95%
|
Par Msafiri