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:: Paroles de femmes ::
Le bonheur de ma fille avant tout   
 (par Saida Ahamada) : 26 - 02 - 2006
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L’aînée n’est pas forcément comdamnée au grand mariage

Issue d’une famille de neuf enfants et elle -même mère de douze merveilleux enfants, ma soeur aînée essaie avec les difficultés du quotidien de donner comme tout le monde, une éducation à sa progéniture.

Elle et sa grande famille résident dans la cité phocéenne dans un quartier identique à ceux composant les cités de France dans leurs diversités culturelles et cosmopolites et où se nichent tous les malaises de la société française mais aussi des quelques rares réussites. Le mariage mixte a ses difficultés mais comme l’a très bien dit ma nièce dans son faire part : "le coeur a ses raisons que la raison n’explique pas..." Je pense que lorsque l’amour existe on peut tout surmonter.

Combien d’entre nous sommes confrontés à ce sujet ouvert à toutes les polémiques et à l’hypocrisie de tout un chacun ?

Comme le veut la tradition , l’aînée est le centre de toutes les attentions en matière de mariage arrangé, voire imposé.Pour certains, l’honneur prime parfois au détriment du bonheur des enfants. L’aîné représente l’honneur de la famille et souvent les familles organisent des mariages de raisons et oublient l’amour. Elles choisissent parfois une personne qu’elles jugent comme un "bon" mari voire de "bonne famille". Ont-elles pensé aux blessures qu’un tel acte peut occasionner dans une vie ?

La fille aînée de ma soeur était en principe destinée pour le grand mariage afin de perpétuer la tradition mais Dieu et le destin en ont decidé autrement.

Les générations d’enfants nées en France et celles qui sont arrivées des Comores dès la petite enfance sont souvent sacrifiées au nom des pratiques dogmatiques de la société comorienne.

Aujourd’hui, un bon nombre d’entre elles s’y refusent et parfois quelques rares mamans courageuses comme ma soeur confortent leurs filles dans leur choix .

Le bonheur et la religion

Ma nièce Moina Amina (Elisabeth) était tombée amoureuse quelques années auparavant d’un jeune garçon comorien comme elle et ils ont été fiancés pendant cinq années mais ils rompirent par la suite. Ma nièce fit ensuite la connaissance d’un homme des années plus tard. Cet homme est européen mais elle l’aime et annonce à sa mère qu’elle souhaite s’unir à cet homme.

Ma soeur a longuement réfléchi et s’est posée toutes sortes de questions. Elle est parvenue à comprendre sa fille. Ce qu’elle a exigé de sa fille et de son futur époux est que la cérémonie se déroule selon la tradition musulmane et comorienne et que le gendre se convertisse à la religion musulmane.

Les futurs époux acceptèrent les exigences de la maman et fixèrent la date du mariage. Ce bonheur, ma soeur a voulu le partager avec les siens et tous les villageois présents sur Marseille. Par courtoisie, elle a fait part de la nouvelle par une réunion de tous et honneur suprême leur a laissé le soin d’organiser les festivités. Mais une vision rétrograde de la chose a vu le jour et a fait place à la division de toute une partie de la communauté villageoise.

Le comble du ridicule c’est qu’elle s’est vue imposer en guise d’ultimatum d’organiser cette cérémonie à la maison plutôt que dans une salle ; je pense que c’est une façon de lui signifier que le choix de sa fille n’était pas un bon exemple à suivre.

Son refus étant bien fondé,la fête s’est déroulée comme prévu dans une salle sans la participation de la grande majorité des villageois demeurant à Marseille. Les quelques personnes du village qui se sont aventurées à participer ainsi que ma soeur se sont vus excommuniées "wa lapvwa". L’un des grands fundi et imam de chouani qui a participé à ce mariage a soi-disant subit le même sort que ma soeur. A mon avis tout cela c’est du vent car ma soeur n’a rien fait de mal et dans notre village ma nièce n’est pas la première à épouser un européen ni la dernière je pense. Ma nièce est la quatrième du village ; les trois premières qui se sont unies avec des européens n’ont eu aucun blâme, alors ! pourquoi notre famille ?

Ma soeur Sitty Mohamed soilihi (Marie rose) aurait sûrement désirée que sa fille aînée soit mariée à un comorien (de son village) mais ce ne sera pas le cas. En tant que musulmane pieuse, elle sait très bien que c’est le destin de sa fille. Si Dieu lui avait prédit un avenir avec un Comorien elle serait avec lui mais ce n’est pas le cas. Ma soeur a pensé à la première histoire d’amour de sa fille et s’est dit : "Ndola yinu riziki no riziki yinu yifanyiwa ni Mnyezimgu" (Le mariage est un bienfait de Dieu et C’est Dieu qui l’attribue).

Ma soeur a donc accepté son gendre aussi français qu’il soit et lui a donné la main de sa fille dans les règles qui sont les nôtres en se disant :" c’est le bonheur de ma fille qui est ma préoccupation première".

Je pense que certaines personnes auraient aimées entendre que la fille de Sitty soit partie avec un mzungu (blanc) vivre dans le péché. Cette jeune fille gracieuse de 24 ans est propriétaire de son domicile et dispose d’un emploi stable dans une administration de la ville donc elle a son indépendance. Rien ne l’aurait empêchée de vivre son amour comme elle l’entend mais l’éducation et les valeurs reçues l’ont conduit à faire honneur à sa famille et surtout à respecter ses convictions religieuses.

Il est question de mariage mixte, parlons en : le refus de l’autre entraîne le repli sur soi-même donc une vue limitrophe de rejet de la société dans laquelle nous avons accepté de vivre . Nous éduquons certes, nos enfants dans l’esprit de nos valeurs mais une fois devenus adultes et responsables,ils prennent des directions souvent différentes de celle de nos attentes. Alors nous pensons avoir failli dans leur éducation.

Mère courage, mère aimante, une cérémonie mémorable

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Une maman heureuse admirant sa princesse

Ma soeur a pris la balle au bond et contre toute opinion et ô combien hostile, elle a bousculé le tamarinier du repli et l’esprit obnubilé par la quête incertaine d’un dessein inconnu au bénéfice d’un amour ressenti et manifeste pour sa fille.

Le mariage de ma nièce s’annonçait comme un véritable fiasco au départ mais finalement tout s’est déroulé sans aucune fausse note. La maman a voulu que ce jour soit mémorable pour sa princesse chérie. Elle a loué une somptueuse salle dans les plus beaux quartiers de la ville. Ce que j’ai bien apprécié c’est l’organisation car en principe dans les mariages comoriens, les gens passent leur temps dans les fourneaux et à servir les autres. Ma nièce et sa mère avaient bien organisée la cérémonie avec la présence de serveuses et d’un traiteur. Nous n’avions plus qu’à mettre les pieds sous la table et à savourer les succulents mets. La soirée était riche en surprises : danses brésilennes (capoera) organisée par le frère de la mariée et sa troupe. Les amies de la mariée ont également présentées leur show c’était incroyable mais vrai. Ce fut un mariage inoubliable.

Un européen devenu musulman par amour

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Enfin nous avons réussi

La terre est vaste. Acceptons nos différences en profitant de la richesse de ses diversités. Pourquoi refuser de tirer le meilleur de la culture de l’autre sous prétexte qu’il nous est étranger. Il a embrassé notre religion en acceptant de porter un "nouveau prénom", de partager notre table dans la pure tradition du terme et a porté notre habit de cérémonie avec aisance. En respectant le principe du mariage musulman dans toute sa dimension, il a sans entrave aucune, conclu un pacte avec son Dieu et s’est acquitté comme recommandé de la dot. Somme toute, il s’est soumis à nos exigences ancestrales . N’a-t-il pas là relevé le défi qui fait qu’un Mzoungou (blanc) attaché à sa culture, peut aussi faire un pas vers nous ? Cela soulève un débat très actuel, l’intégration qui trouve tout son sens dans ce sujet.

Nous avons dit intégration ?

Pour certains c’est un mot confus, ambigu. Le terme "intégration" est souvent associé à l’immigration. Pour tout être humain, s’intégrer dans la société est compliquée ! Je pense que l’intégration n’est pas exclusivement réservée aux immigrés "venus d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire...". S’intégrer ne signifie pas non plus se fondre, risquer de disparaître, on peut le faire sans oublier d’où l’on vient.

Je suis consciente que nous sommes loin d’être unanimes mais gardons l’esprit ouvert et tolérons le choix de nos enfants si ces derniers respectent nos valeurs et la religion. La terre est immense et nous la traversons d’Est en Ouest, du Nord au Sud en quête de savoir et de vie meilleure. N’oublions pas l’essentiel .

A cette mère courageuse j’adresse un salut fraternel. "Ma nièce chérie et ton mari, que le bonheur vous accompagne !"

Saïda AHAMADA (MOHAMED Saïda) et MOHAMED Abdoul aziz.

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