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Holambe-Comores, un espoir ? par Mohamed Ahmed Ibouroi - Takou 30 - 01 - 2006
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Déjà, connu comme groupe de réflexion et de recherche, dont les activités étaient davantage centrées sur l’analyse globale de la situation socio-économique, culturelle et politique qui prévaut aux Comores mais aussi sur la proposition de solutions de nature à faire renaître l’espoir, Holambe a, au-delà, surpris plus d’un pour avoir pu se positionner aussi rapidement dans un environnement aussi labyrinthique qu’est le monde associatif comorien et conquérir une partie non moins négligeable de la communauté.

Force est de reconnaître que cette aura, vite conquise, est le fruit tant de la qualité que du caractère à la fois scientifique et objectif de l’information diffusée en permanence sur le site holambecomores.com. Un site, dont l’ergonomie et le contenu reflètent bien le professionnalisme de ceux qui l’animent, offrant de surcroît un espace libre qui initie un débat sérieux et constructif sur les défis majeurs qui interpellent le monde contemporain en général et notre pays en particulier. Holambe n’a t-il pas su, somme toute, couronner le tout et surtout mériter notre estime pour avoir eu entre autre la noble initiative d’organiser la fameuse « Nuit du Mérite Comorien » ?

Et pourtant, Holambe, me semble t-il, n’en est qu’au début de son épopée pour ne pas dire de son époque. En effet, le 11 décembre 2005 « L’espace ROBESPIERRE » à Vitry sur Seine, dans le Val de Marne, a eu l’honneur d’abriter la réunion officielle marquant la naissance de Holambe en tant que parti politique. A cette réunion, étaient présents notables, intellectuels, ouvriers venus de tous les quatre coins de l’hexagone. J’étais parmi les invités ayant assisté à cet événement historique. C’est pourquoi j’ai tenu ici à faire-part de ma réaction.

D’emblée, l’on ne peut toutefois s’empêcher de s’interroger sur l’utilité d’une nouvelle force politique au pays. Autrement dit, on peut se demander si la vitalité de notre démocratie et la reconstruction du pays passent nécessairement par une multiplicité de partis politiques. De telles interrogations trouvent leur fondement dans le fait que les Comores, certes ont inauguré l’ère démocratique au début des années 90 et assisté à l’avènement du pluripartisme, mais ce nouveau paysage n’a hélas contribué ni à la consolidation de l’Etat de droit ni à l’émergence d’une société plus civique et citoyenne, encore moins à l’amélioration des conditions de vie de la population.

De fait, on a assisté à la naissance d’associations politiques de circonstance, dont la création obéissait à une seule règle : faire valoir les intérêts personnels au détriment de ceux de la nation, en ce sens qu’ils ne servent que les personnes qui les créent et non le pays. Ainsi, les partis politiques comoriens, souvent dépourvus de projets politiques et d’ambitions nationales, ont plutôt constitué des espaces où se manifestent plus les luttes personnelles, multipliant les contradictions qui faussent et le jeu démocratique et les rapports de force avec le parti « majoritaire » au pouvoir. Ils ont renforcé du coup la dichotomie du peuple et de ses dirigeants, des gouvernés et des gouvernants, devenant dès lors les témoins, pour ne pas dire les conspirateurs, de la « descente aux enfers » du pays.

 

L’avènement du multipartisme, corollaire de l’ouverture démocratique, n’a malheureusement pas permis de poser les bases pour des Comores nouvelles : démocratiques et prospères. Or, la liberté d’expression étant devenue la règle, aurait dû théoriquement permettre la libération des énergies et des talents, longtemps asphyxiés sous le règne du parti unique, pour une participation plus citoyenne et active à la construction du pays. Car de la diversité et de la confrontation idéelles naît assurément le progrès.

On aurait souhaité voir cette nouvelle ère apporter au pays du renouveau en termes d’évolution des mentalités et d’amélioration des conditions de vie. Autrement, on aurait souhaité voir le parti politique comorien jouer le rôle qui devait être le sien. En effet, par définition, un parti politique devrait pouvoir manifester la possibilité pour chaque citoyen de quitter le domaine privé pour investir le champ du public, participer à la délibération commune, à l’élaboration d’une unité de la nation qui subsumerait les conflits particuliers.

Dans nos pays africains en particulier, où la notion d’Etat n’a pas encore acquis une certaine solidité, où les peuples manquent de culture civique et citoyenne, où souvent le privé et le public se confondent, le parti politique devrait davantage jouer le rôle d’instance de médiation capable d’organiser une société caractérisée par les dissensions mais également jouer un rôle de formation citoyenne, d’éducation à la paix et à la démocratie, singulièrement à la moralisation de la vie publique et au respect des droits humains.

Or, pour ce qui est de notre multipartisme, ça n’a pas été le cas. D’où la grande question du moment : en quoi Holambé pourrait se différencier de ses paires, en termes d’imagination dans la redéfinition de l’espace politique, conduire le changement tant souhaité pour des Comores nouvelles et prétendre ainsi incarner l’espérance, perdue, de toute une communauté toujours en quête, après trente ans d’indépendance, du salut et du chemin du développement ? En attendant de connaître le vrai contenu du projet politique Holambé, on peut néanmoins continuer à espérer que cette nouvelle force pourra incarner le laborieux combat de « donner foi à notre peuple, de réunir et construire le pays » et de le conduire au changement.

D’abord parce que Holambé, dont rien que le nom évoque les temps mémoriaux de la dignité comorienne, a pour le moins fait preuve jusqu’ici d’ingéniosité et d’originalité dans sa démarche. Rappelons, en effet, que la transformation de ce mouvement en force politique est le résultat d’une longue période de labeur, au cours de laquelle, l’équipe Holambé était restée plus qu’active en multipliant les ateliers, les séminaires, les conférences et tant d’autres activités utiles ; et tout ceci pour approfondir la réflexion et l’analyse, rechercher une solution, confronter et éprouver les talents, bref aider à l’émergence d’une nouvelle génération qui aura prouvé ses mérites avant de prétendre présider aux destinées du pays. Et ce n’est pas rien dans un pays où les notions de travail et de mérite n’ont guère de valeur. Car, à travers cette démarche tout à fait originale, l’on peut déjà y déceler un embryon de vision nouvelle rompant avec certaines méthodes et un message qui serait de donner la priorité à la compétence et que seul le travail pourrait remettre le pays sur les rails.

 

 

Par ailleurs, l’on ne peut pas ignorer le caractère dynamique de l’équipe Holambe, dont j’ai pu côtoyer certains membres et je peux, avec la mesure et l’objectivité qui caractérisent tout observateur indépendant digne de ce nom, témoigner l’esprit patriotique, le dévouement et la foi. Car, au moment où la plupart de nos compatriotes ont choisi de moins s’intéresser à la situation de plus en plus critique que traverse le pays, elle s’est mise de si tôt à l’œuvre avec le souci ininterrompu, d’une part, de démultiplier les échanges et encourager les initiatives tant collectives qu’individuelles et d’autre part, de mettre le Comorien au fait de l’évolution de son pays, pour lui en faire prendre conscience et faire de lui un véritable acteur dans l’effort du redressement national. La finalité étant d’impulser une nouvelle dynamique, tout en appelant à l’unité nationale et au patriotisme de chacun.

Dans cette perspective, le président de Holambe, M. MCHANGAMA, lors de son interview sur la fréquence 106.4 le 24/12/2005, a semblé confirmer cette vision, à travers laquelle on pouvait déjà apercevoir l’esquisse d’un programme politique se résumant en ceci : Priorité au travail et à la jeunesse, Mise en place d’un système éducatif en adéquation avec les besoins réels du pays, Responsabilisation du politique et du citoyen, Restauration de l’état comorien au niveau interne et externe, qui doit entre autre prendre à bras le corps la question de Mayotte.

Quant au sait le rôle incontestable de l’éducation, tout comme la place du travail dans la construction d’un pays, on ne peut pas manquer de relever le caractère pertinent d’un tel projet : aucune nation ne saurait réussir le chemin du développement qu’en croyant en sa jeunesse et en donnant justement à celle-ci et, par delà, au peuple tout entier les moyens de croire en ses ressources propres. Car, loin d’ignorer le handicap que peut constituer le manque de richesses naturelles ou l’influence négative d’une puissance étrangère quelconque, la volonté d’un peuple seule est créatrice de richesses. Bien des exemples dans l’histoire de l’humanité sont à ce propos plus qu’éloquents.

Dans notre pays, le problème réside notamment dans le fait que l’homme politique ne s’est jamais donné ni la peine ni volonté de réfléchir à un vrai projet de société plus porteur et mobilisateur. Porté au pouvoir par « la divine providence », donc sans vision ni conviction, il ne peut agir qu’en fonction des circonstances. En plus, dépourvu de tout esprit patriotique, il ne peut qu’être très facilement malléable, donc prompt à troquer le pays contre quelques prérogatives matérielles. Le citoyen quant à lui, n’ayant pas suffisamment intégré l’idée que sa participation à l’édification de la nation est tout aussi indispensable, ne peut non plus s’ y investir . Or, l’harmonie, la stabilité et le développement d’une communauté sont fonction du degré de conscience qu’a chaque membre non seulement d’appartenir au groupe mais d’en être fier aussi. Car il s’agit d’une aventure humaine et d’un destin, partagés. Nous retrouvons là l’un des sujets les plus passionnants en matière de sociologie politique sur le caractère dialectique des rapports entre les notions d’Etat et de Nation ( que j’aurais peut être prochainement l’occasion de développer).

 

 

En définitive, la situation actuelle de notre pays appelle indéniablement un sursaut national, qui doit se traduire par une réelle volonté du politique à jouer pleinement son rôle qui est de concevoir, anticiper et mettre en œuvre les politiques répondant aux besoins des populations, et par une prise de conscience par le peuple que la réalisation de ces politiques tient à son engagement effectif. Bref, une évolution du psychique collectif s’impose, dont le soubassement ne peut être autre que l’amour de la patrie, la valeur du travail et le sens du bien collectif. C’est dans cet esprit qu’un parti politique, du reste un instrument pour atteindre un but communautaire, a des chances de pouvoir conduire à la concrétisation d’un projet quelconque. Rappelons, en effet, que l’Etat, comme l’ensemble des institutions politiques d’un pays donné, demeure une création de l’homme et reste donc influencé par les aspirations de celui-ci. Et ce sont bien les hommes qui font évoluer les institutions politiques et non l’inverse.

Dans notre pays en particulier, où la haine a supplanté l’amour, la discorde l’union, le repli sur soi la solidarité, le népotisme le mérite, la paresse le travail, la tâche est plus que laborieuse. Il reste à espérer que Holambé, qui, me semble t-il, a bien conscience des enjeux du combat, continuera à mener son travail de sensibilisation, de mobilisation, de responsabilisation, de moralisation voire d’éducation afin que le changement de mentalités s’opère, celui qui fera comprendre au politique comme au citoyen l’idée selon laquelle la construction d’une nation est un devoir collectif auquel nul ne peut se dérober. Et cette tâche collective n’a de force que dans la capacité de chacun à amer son pays, à en être fier et à agir pour lui. Tel est le sens du patriotisme et de la responsabilité, sans lesquels ni parti politique, si fort qu’il soit, ni constitution, quelque solide qu’elle soit, ne peut changer un pays, dont la population se refuse ou ne croit pas au changement.

M. AHAMED IBOUROI Mohamed dit TAKOU

 

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