Holambe Comores  
Les Comores, hier, aujourd'hui et demain
Les comoriens, ici, là bas et ailleurs

Chercher :
Accueil         Qui sommes-nous      Articles/documents         Workshops        Contact        Liens      Fil RSS Holambe Comores

Cahiers
Actualités
Albums photos
Archives
BêTiSeS d’IcI eT d’AiLlEuRs
Billet et Humeur
Calendrier Holambe Comores
Cuisine des Comores et Goûts du Monde
Cultures, Education et Formation
Espace Jeunesse
Instantanés du village
Le Carnet
Les prenoms comoriens
Lyriques
Paroles de femmes
Portraits
Sciences et technologies
Sorties et Evenements
Tribune libre
Vie quotidienne, vie pratique, bien vivre
Courrier des lecteurs
 
Flash


 
:: Billet et Humeur ::
Aux uuuuurnes Comoriens ! Allons zenfants de l’immiiiigration, le jour d’agir eeest arrivéééé !   
 (par Biheri SAID SOILIHI) : 11 - 01 - 2006
Version HML imprimable
Version PDF imprimable

Bonne et heureuse année 2006 à tous aux Comores, en France, à Londres et ailleurs ! Je commence par cette note volontairement joyeuse et optimiste car rien de ce qu’ augure cette nouvelle année n’est joyeux et encore moins optimiste. Cet article à une valeur prophétique, sachez-le, et je tenais particulièrement à l’écrire (sortant ainsi bon gré mal gré de l’hibernation sans solde que j’ai prise après l’été dernier) car s’il y a bien un sujet qui nous concerne tous autant que nous sommes, c’est bien l’incurie des autorités françaises en matière d’immigration. Dans mon article, le méchant sera Sarko, pas seulement parce qu’il a la gueule de l’emploi, mais surtout parce que je trouve un plaisir presque honteux à pointer du doigt, moi petite scribouillonne à mes heures, l’homme politique le plus populaire des Français (dans ce cas-là, merci de ne pas me compter parmi les Français).

Quand est-ce que l’ombre de l’histoire commence-t-elle à couvrir de son large manteau ce début pourtant pétillant du XXIème siècle ? Disons...mhm...allez, avril 2002 ! Mais pourquoi donc me demanderiez vous (si vous étiez à côté de moi, là, maintenant) ? Et ben parce que c’est comme ça. La raison est plus qu’arbitraire je l’admets, après tout, l’arrivée de Le Pen au second tour de l’élection présidentielle est un symptôme d’un mal bien plus profond et bien plus ancien que la simple défection des électeurs de gauche pour le candidat PS (croyez-le ou non, un parti d’extrême droite bénéficie en général d’un long et insidieux processus d’exacerbation des extrêmes avant de pouvoir jouir de ses efforts à un niveau électoral). Il est vrai donc que le problème remonte à bien plus loin mais il se déclare ouvertement et avec une fière insolence en 2002 lorsque plus de 18% de la population française affiche, sans ciller, son attachement aux valeurs véhiculées par le Front National et ce, après une large campagne en faveur des valeurs républicaines et contre l’abstention. Oui, vous avez bien compris, des adultes bien-pensants en France affirment que Le Pen est ce qu’il faut en France sous prétexte que la gauche et la droite se sont coupées du peuple. Et d’autres, tout aussi dangereux, disent qu’il ne sert à rien d’aller voter.

Personnellement, il est clair que j’ai moi même mieux à faire le dimanche que de décider de la couleur politique de mon pays pour les 5 prochaines années, comme par exemple choisir la couleur magnifique du futur maillot de bain que je compte porter les 5 prochains mois...Chacun a ses priorités. Là où ça commence à devenir gênant c’est quand l’indifférence des uns et la bêtise des autres nous mène au bord du gouffre : l’accession à l’anti-chambre du pouvoir absolu d’un parti qui, il n’y a pas si longtemps, souvenez-vous, comptait dans ses rangs des ASSASSINS. (Ibrahim, ici-bas, on ne t’oublie pas. ).

Mais procédons dans l’ordre, je vais mettre les points sur les "i" de "iniquité". Tout d’abord, je n’ai aucune compassion pour ces gens qui, sous prétexte de leur misère, leur dénuement ou l’influence des médias, ont un jour déposé un bulletin Front National dans l’urne, comme je n’ai aucune compassion pour ces gens qui, sous prétexte de leur misère, leur dénuement, ou l’influence des médias ont mis le feu à des centaines d’équipements collectifs, à des milliers de voitures et ont mis en danger la vie d’autrui tout en rendant plus difficile celle de leurs semblables. Ces deux modes "d’expression" de la rage et du désespoir social me semblent tout à fait inexcusables bien que compréhensibles (après tout, en regardant au JT tous les soirs, tous ces noirs-là qui ne portent que des parachutes et des sacs de couchage en guise de pantalons et de vestes, qui n’aurait pas envie de voter Le Pen !). Mais je tiens également à souligner que, comme nombre de célébrités venant de la rue l’ont dit à très juste titre, tôt ou tard ça allait "péter". Quant à ceux qui accusent le rap d’inciter à la haine et à la violence, je rétorquerais que j’écoute moi même du rap et que pourtant je n’ai jamais eu des pulsions incendiaires face à un CRS. J’ajouterais même que cette musique très violente a permis en quelque sorte d’éviter des explosions urbaines précoces car elle est un véritable exutoire pour des personnes qui ne peuvent s’exprimer qu’à travers leur flow, leurs rimes et leur musique. J’irais plus loin encore, je dirais que l’on peut noter l’existence d’un phénomène de catharsis à travers l’écriture ou l’écoute du rap : exprimer toute cette violence permet de la purger et d’éviter de la passer ailleurs avec les conséquences que l’on connait.

Bien, ce point-là éclairci, passons aux choses sérieuses. Vous permettrez que je déroge à la tradition qui veut que j’aille d’un raisonnement qui se tient (de préférence) à une conclusion logique et, laissez moi partir d’un postulat assez arbitraire je dois dire pour ensuite développer ma pensée : la société française devient raciste. Je nuance mon propos : elle n’est pas à proprement dire raciste mais elle est de plus en plus sensible et ouverte aux propos xénophobes. La menace n’est pas d’ordre fasciste, personne en France aujourd’hui n’ira clamer la supériorité de l’homme blanc dans l’espèce humaine (personne de sensée, avec toutes ses facultés mentales et vivant au XXIème siècle bien sûr). Mais, elle est de nature clairement populiste. Et il faut appeler un chat, "chat" : Sarkozy est clairement défini comme un homme politique de droite populiste dans la presse internationale, seule la France continue à le cantonner dans une aile de l’UMP et prononce, quoique prudemment, le mot de populiste à son encontre dans de très rares occasions (notamment lors de ses dérapages contrôlés surmédiatisés. Autant vous dire que cette menace est pire car les gens ne voient absolument pas où est le mal à adhérer à la politique sarkoziste ou à défendre la pensée d’un Finkielkraut (vous savez, ces "néoréactionnaires" à qui Le Courrier International a consacré un dossier dans sa dernière édition.). Le problème avec cette pensée c’est qu’elle mène droit à un scénario de crise. Un petit coup d’oeil à nos manuels scolaires suffit pour s’en convaincre.
En temps de crise, la population agit souvent de manière agressive et les politiciens réagissent de même en durcissant leur politique. Ca ne vous rappelle vraiment rien, ce discours vieux comme la république ? Ces "Français qui refusent de travailler", la disparition des valeurs morales comme le travail, l’effort, la famille et la patrie... la crise économique dûe à des barrières trop ouvertes, un libéralisme sans limites et surtout à des immigrés qui prennent le travail des bons Français ! Faites un effort, souvenez-vous, votre cours du collège, où l’on vous a appris qu’à l’époque le danger c’était le "métèque", le "rital" et le "bougnoul". Ben non, je ne suis pas en train de parler des harangues de Raffarin pour remettre la France au travail, je ne parle pas de la réaction conservatrice des hommes politiques à l’institution du mariage homosexuel et encore moins de Chirac qui nous enjoint à aimer la France. Je sais, je sais, ça y ressemble.. et pourtant ces discours datent des années 30, où après la terrible crise initiée par le crash de Wall Street, la société française s’est refermée sur elle même et ses doi-disant valeurs républicaines. Je précise que cette époque a connu le développement de ligues d’extrême droite véhiculant des idéologies dangereuses, et pour certaines d’entre elles, liées au nazisme naissant. Pire encore, c’est cette société là qui a, 10 ans plus tard porté Pétain aux nues.

Quelle est la morale de l’Histoire ?

Je pense que nous, membres de la diaspora, nous avons notre rôle à jouer dans l’Histoire de France. Allez voter serait le pas qui fera la différence. Les violences de la fin de l’année dernière ont généré un afflux de militants dans les partis d’extrême droite. A nous de resserrer les rangs. Je m’adresse tout particulièrement à ceux qui ont un pied en France et l’autre aux Comores sans pour autant se sentir concernés par les politiques d’ici ou de là-bas. J’insiste, vous pouvez faire la différence et faire une France qui nous ressemble un peu plus. Et pour construire cette France-là on ne peut compter que sur nous, notre travail et notre engagement. Il est évident qu’on ne le donnera pas sur un plateau d’argent et cela arrangerait trop de monde que nous ne restions qu’une bande d’assistés à tendance violente et intégriste comme se plaisent à nous décrire certains médias.

Je dirais que Sarkozy n’arrange pas les affaires des Français en leur faisant croire qu’il est de bon ton de cracher sur la racaille, parce que, cette racaille-là, c’est un pur produit français. Il faut le savoir, ce n’est ni en Algérie, ni au Maroc et encore moins au Comores que les voitures brûlent, et pourtant, nous avons nous aussi du chômage, de la crise et de la pauvreté à en revendre. C’est bien la France qui a crée cette racaille, et qu’on ne vienne pas me parler d’origine culturelles ! Ce n’est pas parce qu’ils viennent du Tiers Monde qu’ils ont cette rage, cette rage est née ici et elle a été lentement alimentée au rythme des rentrées d’allocations dans le compte en banque familial. Jusqu’où ira cette dérive populiste des hommes politiques français ? Jusqu’en 2007 certainement. Et même bien après, jusqu’à ce que la France se retrouve au pied du mur. Et ensuite quoi ? Et bien l’histoire nous le dira...mais moi je vous le dis tout de suite (on va gagner du temps), croyez en cette prophétie, ça va faire mal...

 

© Les Comores, hier, aujourd'hui et demain - Les comoriens, ici, là bas et ailleurs
http://www.holambe-comores.com -- http://www.holambecomores.com