Il est trop tôt pour tirer des leçons de l’éruption du Karthala. Pour les prévisions, nous savons que les scientifiques et techniciens chargés au CNDRS de la surveillance du volcan manquent cruellement de moyens et d’appuis logistiques.
Les autorités nationales n’ont visiblement tiré aucun enseignement de l’éruption d’avril de cette année . A l’époque, les retombées de cendres étaient circonscrites au sud de la côte est de la Grande-Comore. L’ouest avait été épargnée, même si les torrents de boue autour du village de Mdé, sur la côte ouest, étaient spectaculaires.
Comme le souligne, dans une interview à l’agence Reuters, Mme Guiseppina Mazza, responsable du PNUD aux Comores, cette fois ci les cendres semblent plus lourdes. Elles recouvrent les 2/3 de l’île.
Nous nous interrogeons avec le Dr Mamadou Ball, représentant de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) sur les conséquences sur la santé et sur les plantes vivrières et la qualité de celles-ci.
Si la frange côtière de Bambao est approvisionnée en eau courante et les villages des hauteurs ont connu les pluies de saison, le reste des régions touchées souffrait de la sécheresse.
Les retombées importantes de cendres ont transformé, depuis hier, les difficultés des populations en souffrances.
Peu de citernes sont couvertes efficacement. Le peu d’eau disponible est maintenant impropre à la consommation. Faute de choix, beaucoup vont braver les conseils des médecins en s’en remettant à Dieu, qui a crée ces hommes de sciences pour le bien des humains. Qui a visité les cultures touchées par l’éruption d’avril ne peut douter de la nocivité des cendres sur la végétation. Les roussettes - chauves souris locales - qui depuis hier, tombent des arbres comme des fruits pourris avertissent des dangers pour l’organisme.
Dans d’autres pays des régions sont déclarées sinistrées pour moins.
Les hautes autorités de l’Union ont dormi paisiblement la nuit du 24 au 25. Radio Comores, dont le service maximum est la stigmatisation des opposants a laissé aux radios privées le devoir d’informer la population. Hors période électorale, le gouvernement se fout pas mal des citoyens et s’accommode fort bien d’une radio « nationale » inaudible à l’est de la Grande-Comore et dans les 3 autres îles. Depuis l’exécutif de l’Union a fait le minimum par la voix de son accordéon le vice-président Caabi El Yachouroutu : « ne vous inquiétez pas, restez à la maison ». Le gouvernement de l’île, premier responsable formel, mais dépourvu de moyens, multiplie les cellules de crise.
Juillet-août , la gendarmerie a été dépêchée pour recenser et distribuer du matériel pour couvrir les citernes dans les régions de Domba et de Dimani. Le financement provenait d’un service des Nations Unies. On se demande pourquoi s’arrêter à ces régions, alors qu’aucune étude connue, ne les a désignées comme étant plus exposées que le Bambao, le Hambu, l’Itsandra ou d’autres parties du Mbadjini aux futurs caprices du Karthala.
A Moroni, après l’ éclaircie de l’après-midi, les gens sont sorties, essentiellement pour chercher à manger. Ici même la petite minorité qui dispose d’un frigo, fait le marché au jour le jour. Les autorités si promptes à envoyer les camions militaires tabasser des manifestants n’ont pas pensé à donner un coup de main aux boulangers (seuls commerçants ayant travaillé) pour vendre le pain dans les quartiers et réduire les déplacements dans une ville aux allures dépotoir de ciment.
La population, se sent abandonnée et ne fait pas confiance aux autorités pour faire face aux conséquences de cette catastrophe.
Les organisations internationales ne sont pas exemptes de critiques. Elles conseillent, financent, exigent..des milliers de réunions, de colloques, des études, sur tout et n’importe quoi, mais la sécurité civile et la gestion des catastrophes naturelles appartiennent aux notes de bas de page. La consultation des documents qui seront présentés le 8 mars aux bailleurs de fonds à Maurice est très instructive et donne la mesure de l’irresponsabilité de nos dirigeants et ceux qui les conseillent. Pour la période 2006-2009, le gouvernement avec l’accord de nos partenaires a provisionné 800 millions de KMF pour la lutte contre le terrorisme, 173 millions pour la sécurité publique, et 0 (zéro) KMF pour la sécurité civile. Certes il affirme chercher en financements complémentaires auprès des bailleurs 1,3 milliard pour la sécurité civile, 2 milliards pour la lutte contre le terrorisme et 801 millions pour la sécurité mais quand un gouvernement ne met rien dans le panier et le tend vide de tout franc aux partenaires, la signification est simple : on s’en fout des conséquences des mers déchaînées sur nos côtes, des cyclones sur les villages et les cultures, du volcan contre tout ce qui vit, ils sont bien à l’abri dans leurs bureaux et chambres à coucher climatisés. La première caractéristique de notre pays -un petit archipel tropical fragile dans une zone de grandes turbulences naturelles- est ignorée par ces grands bâtisseurs de châteaux de sables.
Ce n’est pas la moindre des catastrophes.