je suis comme ce vieil hêtre. Submergé par la mélancolie , je regarde d’un œil las, le lourd destin qu’est la vie.
Victime d’une sourde fatalité, il n’a que le silence pour l’écouter. Témoin pluriséculaire de traditions barbares. Je me réveillais avec l’intime conviction d’être en sursis ; je porte sur mes épaules une coutume abjecte.
Je suis voûtée comme ce vieil homme. De mes yeux suintaient la suie. Dans mon âme meurtrie, le goût du sang m’envahit. Je voulais fuir, pour aller où ?
La colère qui est en moi s’efface dès que mon regard rencontre celui de mon prétendant. On m’a appris à baisser les yeux . Chez moi, le silence est d’or. Je me prends en horreur. La lâcheté me tient par la main. Je deviens affable quand il est là. Tout miel. J’aime un autre. Venant d’une contrée lointaine. Mon cœur bat pour lui, mais pas le cœur de la tradition. Elle, me lie à son représentant . Je hais tout ce qu’elle symbolise : du grand Mariage aux discours funèbres en passant par la cérémonie du drap.
Ma patrie me laisse un goût amer. Sa terre est jonchée d’épines comme d’autres sont jonchées de rose. J’ai prié sur ce sol. J’ai prié sur ma terre malgré la douleur qui sillonnait mon corps.
Respect pour elle. Elle, est indifférente à mes pleurs. Elle, se réjouit de ma torpeur .
Je veux fuir avec lui mais ne le peut. Lui, mon amour, lui mon soleil. Mon avenir est incertain. Passer ma vie avec l’infâme me fait peur. Je pense souvent au souterrain bercail. Mais la peur de laisser mon Autre me retient . Je suis épuisée. J’ai couru longtemps. Mais la tradition finit toujours par me rattraper. Alors, j’ai préféré attendre. Mais quoi, je ne le sais.
J’attends peut être la fin de ma vie. Ma mort commencera quand il sera avec moi. Lui l’infâme. Lui le serpent aux manières doucereuses. Je pleure dans le brouillard du matin . Quand tout est encore sombre. Je pleure sans témoin.
Je ne veux pas que le soleil voit ma peine. Je ne veux rien . Juste mourir. Mourir dans les bras de mon bel étranger. Mourir en m’imaginant dormir dans son lit avec lui. Mourir en ayant pour ma Terre, l’amour que j’éprouvais pour elle étant enfant. Avec le bruit des vagues pour musique. Avec le rire des oiseaux pour mélodie.
Fay