Nous avons été longs, afin de réunir les témoignages et de rassembler les photos pour mieux vous restituer la magie de cette première soirée de la Nuit du Mérite Holambe.
Première partie : préparatifs
Vécu du côté de Zouleika Abdallah
Un vendredi soir du 24 décembre, le comité rédactionnel se réunit comme il le fait tous les 15 jours un vendredi. Et ce jour là, c’était l’année 2004 qui s’achevait pour laisser la place à une nouvelle. Que dire à nos lecteurs ? Si ce n’est qu’on leur souhaite beaucoup de bonheur et de meilleures choses ; trop classique et simplet. Comment leur montrer notre sincérité, les émouvoir et les inciter à donner le meilleur d’eux-mêmes ? Une idée est lancée en vrac : en leur parlant de personnes comoriennes ou d’origine comorienne qui nous ont émus, qui ont attiré notre admiration durant l’année 2004. Là, un silence s’installe ; nous nous regardons tous en espérant qu’une personne d’entre nous brise cet état et propose quelqu’un ...et bien rien. A ce moment là, nous avons tous reçu une grande claque en admettant notre ignorance de notre communauté. Nous avons tous eu quelqu’un en tête mais a-t-il brillé ou réalisé quelque chose durant l’année 2004. Donc une autre question vint s’ajouter : sur quels critères devions nous choisir ces personnes comme les plus méritants de l’année 2004 ? C’est le début de l’aventure qui débutera par des discussions animées tous les dimanches après-midi. Nous demandions autour de nous et au-delà à différentes personnes de nous fournir 3 candidats avec une description de leur activité susceptible d’être primée. Après examen des différents candidats proposés après plusieurs semaines, nous sommes arrivés à une liste de 13 personnes à la mi-mars. Ce fut long, mais nous avons achevé cette mission et nous pensions retourner à nos occupations quotidiennes. C’était sans compter avec l’avis du Grand Manitou ; pour lui, nous n’étions qu’à mi-chemin. L’apothéose devait être une soirée au cours de laquelle les lauréats recevraient leur trophée. Ainsi est née la soirée de la Nuit du Mérite 2005. Pour ma part, en raisons d’un éloignement géographique, mon implication au projet s’arrête là. Je suivais donc de loin le déroulement des préparatifs.
Vécu du côté de Tahamida Mze
Le Mérite Comorien Holambe :
Comme pour l’appel d’un certain général, le 18 juin 2005 nous avons tous répondu présents à « La Nuit du Mérite 2005 ». Cette nuit a été pour moi l’apothéose d’une extraordinaire aventure humaine.
L’idée du Mérite Comorien Holambe est née en réunion de rédaction du site Holambecomores.com. Au cours de nos discussions sur le choix des thèmes à traiter, cette idée lumineuse a été lancé par Msam. Il nous a dit : et si on honorait les 20 Comoriens les plus méritants de l’année ? Comme on lance un défi à une équipe de Rugby lors de la 3ème mi-temps du genre "et si on gagnait le grand chelem l’année prochaine" ?
Et voilà comment naissent les grandes idées. C’était juste après que notre camarade Zouleika ait écrit un sujet sur le prix Nobel et sur Wangari Matai, prix Nobel 2004.
Nous sommes donc partis pour désigner les 20 Comoriens les plus méritants de l’année 2004. Toute une équipe s’est mobilisée pour mener à bien cette mission.
Première étape, il fallait définir ce que nous avons appelé « la Comorianité », c’est à dire répondre à cette question : qui peut être considéré comme Comorien aujourd’hui ?
Deuxième étape, nous avons défini les normes et les critères de sélection des candidats. L’année de référence choisie fut 2004 avec comme critères l’excellence du travail et les résultats de cette année.
Troisième étape, nous avons rédigé un règlement du Mérite Comorien Holambe qui assurera un cadre réglementaire au concept du mérite.
Enfin nous avons lancé l’appel à candidature par un système de parrainage. Une lettre type a été envoyée à un panel de personnes (des Comoriens des Comores, de France et d’ailleurs) leur demandant de désigner 3 Comoriens qui mériteraient notre admiration sur la base des critères précédents.
Sur le parcours nous nous sommes heurtés à des problèmes majeurs, le manque de visibilité que nous avons de la société comorienne. Et nous nous sommes rendu compte de notre ignorance pour tout ce qui est externe au cadre « Famille-Quartier-Village ». Que ce soit aux Comores ou en France, nous avons eu du mal à obtenir une bonne représentativité de la nation Comores (les quatre Iles, Anjouan, Grande Comore, Mayotte et Mohéli).
Nous avons reçu 24 candidatures au bout de deux mois de prospection. La commission a épluché les dossiers des candidats lors d’une première réunion plénière, certains dossiers étaient complets, d’autres nécessitaient un complément d’informations. Après un délai supplémentaire de deux semaines au cours qui a donné lieu à de nombreuses discussions, des recherches d’informations très poussées sur chaque candidat proposé à l’évaluation, un jury a été constitué pour étudier les 24 dossiers de candidatures. Lors d’une dernière séance le jury a plébiscité 14 lauréats. C’était très loin des 20 lauréats souhaités au départ. Nous étions conscients, comme l’a écrit Msam dans sa lettre aux parrains, des limites d’une telle démarche vu la structure très cloisonnée de notre société. Mais il fallait bien commencer quelque part et nous avons fait le choix de le faire comptant sur les observations et les critiques pour nous améliorer d’année en année.
L’aventure aurait pu s’arrêter par la publication sur le site holambecomores des noms des lauréats, suivie d’un descriptif de leurs actions et réalisations. Mais Holambe est un véritable laboratoire d’idées : nous nous efforçons de ne rien figer, de chercher constamment à améliorer nos actions. Parce que il y a ceux qui savent lire et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont accès à Internet et ceux qui ne peuvent pas. Parce que nous avons une tradition orale assez vive et qu’aujourd’hui nous avons encore besoin du discours, de la parole pour véhiculer les messages afin de toucher un grand nombre de personnes.
Nous nous sommes acheminés vers l’organisation de l’évènement « Nuit du Mérite 2005 » pour célébrer nos lauréats, leur rendre un hommage public et leur témoigner notre admiration. L’enjeu de cet événement était de présenter notre idée des Comores et des Comoriens et en faire un moment de rencontre et d’échanges avec d’autres communautés. Ce ne fut pas une chose facile à réaliser mais, par les efforts de tous nous avons réussi à faire de la nuit du mérite 2005 une grande première dans notre histoire. Par cette action (ce tour de force pour certains), nous avons suscité un espoir, un espoir d’avenir pour les jeunes et un espoir d’identité retrouvée (la fierté des nos origines) pour les moins jeunes.
Au début nous nous étions fixés des objectifs, nous avions une vision de ce que devait être cette nuit du mérite mais nous n’avions aucune idée de comment y parvenir. De réunion à réunion, les choses se sont affinées, nous avons fait des choix, abandonné certaines idées irréalisables faute de moyens et de temps. Notre enthousiasme et notre volonté à réaliser ce que nous mêmes considérions comme « impossible » a séduit un grand nombre de personnes, des personnes dont nous ne soupçonnions l’existence. Nous avons reçu l’aide de beaucoup de gens, des professionnels du spectacle, de la communication, d’artistes confirmés et débutants, mais aussi d’autres qui nous ont offert leur savoir, leur disponibilité, leur soutien...
Et c’est tout cet ensemble qui nous a fait parvenir au 18 juin 2005 avec le résultat que nous savons tous pour l’avoir vécu et que chacun apprécie selon sa sensibilité.
Deuxième partie : Soirée
Vécu du côté de Zouleika Abdallah
Après plusieurs mois de préparation et de réglages des détails, le jour J est arrivé. Vers 13h30, je débarque dans la salle que je découvre pour la première fois. Tout le monde est sur les nerfs et stressé. Une partie de l’équipe s’occupe de la préparation culinaire ; une autre commence à préparer la salle. Le responsable scénographe et son équipe ont réglé minutieusement le déroulement de la soirée avec les temps de passage des artistes et de la distribution des trophées. Je faisais partie de son équipe. Nous devions nous assurer la présence de chaque artiste au moment des balances et au moment du spectacle, et également celle des lauréats ou de leurs représentants et des parrains. Cela impliquait de passer du temps au téléphone et heureusement une salle qui nous était allouée au premier étage. Elle avait l’air d’un vieux grenier mais était très utile pour passer les coups de fil, régler le programme final sans cesse chamboulé. 19h, les invités commencent à arriver. La soirée débute. La soirée est passée trop vite mais je ne l’ai pas savourée comme je l’aurai voulu. J’ai l’impression d’avoir rêvé et le lendemain, je ne me souviens plus de mon rêve. Il me reste en tête juste des effluves de sensations, d’images floutées. J’étais là sans être là. J’étais quasiment dans la loge en compagnie des artistes, ce qui explique que je n’ai pas vu le spectacle. J’étais l’intermédiaire entre les artistes, les animateurs et le responsable scénographique. La soirée, je l’ai vécu comme décrit ci dessous : L’un des animateurs est en retard et M. Mohamed Said Abdallah Mchangama le remplace au pied levé. Il n’était pas à l’aise au début ; heureusement que le micro était défaillant par moment pour lui sauver la mise. Donc vers 21h, le buffet est annoncé. Le public semble au départ paralysé. Personne ne bouge attendant que quelqu’un fasse le premier pas. Alors, des hôtesses leur indiquent par des signes le chemin pour se rendre à la salle du buffet. Et là, comme un écho, tout le monde se lève et se suit à la queue leu leu. Puis 22h, le spectacle commence par « Mayimbiyo » mené par Asha Mzula et Bouher ; c’est le silence complet puis s’ensuit une pléthore de sifflement et d’applaudissement. M. Mohamed Mchangama enchaîne par un discours d’introduction en tenant en haleine son auditoire. Et Anita ouvre le bal par le chant et M. Mahmoud Ibrahim est le premier lauréat récompensé. Par la même occasion, les gens découvrent le trophée « un chapeau de paille ». Je revois le stress des artistes avant de passer sur scène. La bonne ambiance dans la loge des artistes et la bonne entente de ces derniers. Ils essayaient de tuer leur stress en se racontant des histoires drôles. Ils se félicitaient entre eux après chaque passage de l’un d’eux Ma première bévue. Après le passage d’Anita, un groupe de danse Ylang Ylang était prévu mais j’ai complètement oublié de dégager la scène du synthétiseur, des pieds des micros. Nous avons perdu un peu de temps mais après par la suite, j’y ai pensé. Et je remercie Bouheri du fond du cœur car c’est lui qui s’occupait de déplacer et de remettre le matériel. La joie ressentie par le groupe AMIN pendant et après leur passage. On entendait dans la salle les cris d’encouragements. Ils ont su allier modernité et tradition. Bravo. La surprise et l’étonnement ressentis par Roukia lorsque je lui ait annoncé qu’elle devrait remettre le trophée à Rohff vers 20 h. Et jusqu’à 22 h, elle n’y a pas cru croyant que c’était une blague qu’on lui faisait. Elle était à la fois stressée et contente. La peur des filles qui devaient défiler avec des créations de Sakina M’sa, légèrement atténuée par l’arrivée de Rohff. Ce dernier a pris plusieurs photos avec elles et autres personnes du public. Mr Mohamed Bakri Assoumani, sous le coup de l’émotion, lisant le discours de son fils Arnaud Assoumani après la remise du trophée. Le discours de Zalihata Said sur l’éducation et le devoir des parents à s’impliquer Et je finirai par le trophée d’honneur remis à Chamsia Sagaf par Biheri, une de ses plus grands fans. La prestation des artistes et des danseurs. Il y a eu tant d’autres mais je ne pourrais les énumérer. Le principal est que nous avons tous ressenti une pointe de fierté, de savoir que des gens exceptionnels comptaient parmi nous et que les doigts de la main ne suffisent plus pour pouvoir les dénombrer. Je remercie le Grand Manitou de nous permettre de donner le meilleur de nous-mêmes, à Djumbe Fatima Tami pour sa patience et pour sa qualité de traductrice lorsque que les volontés du Grand Manitou sont incompréhensibles et à tous les autres. Vous pouvez consulter cet article les Comoriens et Noël dans la sous-rubrique Religions et rites dans la rubrique Arhives
Vécu du côté de Hassani Abdou
Nuit du Mérite Holambe 2005 : une réussite encourageante.
Nous l’avons tous compris certes, que nous ne nous contentons pas seulement de présenter notre auto-satisfaicit suite à la Nuit du Mérite Holambe du 18 juin 2005. D’après les réactions à chaud que j’ai pu recueillir de la part de certains participants rencontrés lors et même après la manifestation, la conception de l’événement, l’organisation, le déroulement et les différentes prestations marquent, de manière indélébile l’histoire de la diaspora comorienne en France métropolitaine. Les témoignages les plus remarquables proviennent surtout des jeunes Franco-Comoriens, donc ceux de la seconde génération.
Selon eux, contrairement aux différentes stéréotypies que ceux qui ignorent notre communauté essayent de coller sur celle-ci, nous nous sommes très rapidement aperçu qu’il existe une autre réalité, la vraie, celle de la comoriennité. Ce n’est pas de la comoriennité au sens nationaliste du terme ; les jeunes ont compris que les Comoriens sont capables de réaliser des choses formidables là où on ne les attendait pas. La communauté comorienne est riche dans sa diversité : une diversité marquée par des talents indubitablement impressionnants aussi bien dans les domaines artistique, sportif, scientifique, technologique, informationnel et culturel. Le public conquis n’a pu que se laisser emporter par la magie du talent des jeunes danseurs et danseuses faisant preuve sur scène d’un remarquable professionnalisme sur leurs pas simultanément cadencés et attirant l’admiration d’une foule convertie à leur cause, celle de promouvoir un savoir-faire à la comorienne si longtemps méconnu car n’intéressant personne.
C’est une grande richesse que nous devons précieusement conserver, cultiver et protéger pour enfin l’utiliser à bon escient au profit du bien être des Comores, ici et là-bas, aujourd’hui et demain.
La Nuit du Mérite Holambe du 18 juin 2005 n’a pas connu que les seuls succès dans les domaines évoqués précédemment. Le public a découvert avec un plaisir sans commune mesure les variétés culinaires d’un grand traiteur comorien hors pair pour les Comoriens où qu’ils soient ; ce spécialiste a fait découvrir à ceux qui ne la connaissaient pas, la cuisine comorienne. Cette dernière a épousé sans peine, ni difficulté la cuisine occidentale en général, et surtout française en particulier. Les participants vous le raconteront, le menu en dit long. A l’entrée non pas de la salle du spectacle mais du buffet, on y trouvait de la salade exotique avec son cocktail de tomate, ananas, maïs et les fameuses crevettes, lesquelles crevettes sont normalement réservées à une bourgeoise en pays d’accueil. Les « samboussa » se dressent avec une certaine insolente nostalgie à côté des plateaux de « badjia », façon de rappeler les savoir faire des femmes de Moroni d’antan, notre capitale. Notre traiteur est allé encore plus loin lorsqu’il a prévu au menu la friture de poisson à la mode des îles, un plat qui rend également nostalgiques les camarades compatriotes expatriés. Les Scandinaves (Danois et autres Nord Européens) et les métropolitains présents ont tous succombé au charme du duo cuisine comorienne épousée par la cuisine occidentale. Tout ça sous l’œil vigilant de notre traiteur, qui faisait découvrir le fameux plat de résistance de la banane sautée à l’ail et les galettes de manioc qui, de concert rivalisaient avec le riz blanc. Le talent du traiteur ne s’arrêtait pas là : sur les grandes tables où s’alignaient les différents desserts, les invités ont pris le plaisir de se servir et déguster le gâteau à la patate douce et coulis de papaye aromatisé au chocolat. Ces plats raffinés rendaient davantage nostalgiques ceux et celles qui n’ont pas récemment pris l’avion pour les Comores, et des Occidentaux, Africains et Antillais fous d’amour de comprendre que les îles dissimulent des trésors culinaires aux qualités appréciables par les amateurs et les professionnels de cuisine aussi bien traditionnelle que moderne.
C’est une façon de vous faire vivre à distance ou virtuellement la magie culinaire de cette Nuit du Mérite.
Le public a pu s’apercevoir également que les lauréats qui ont mérité l’admiration de Holambe avant tout n’étaient pas, loin de là, des membres de ce mouvement. Ils n’étaient pas forcément issus d’une et unique île.
L’action de Holambe a vocation à servir d’exemple pour ceux qui souhaitent dépasser les clivages et les barrières d’antan dressées entre des générations bercées et érigées sur une échelle sociale qui n’existe nulle part ailleurs. Le sens de l’action publique ainsi que celui de l’intérêt général de demain doivent se concevoir aujourd’hui. Le Mérite Holambe 2005 constitue un vrai test pour les responsables des Comores de demain. L’autre aspect ayant marqué cet événement sans précédent ici au sein de la diaspora et là-bas, dans les îles, c’est l’animation.
L’animation a été d’une grande qualité, pour des amateurs soucieux de montrer le meilleur visage de leur pays d’origine.
Nous ne pouvons qu’espérer que cette première servira de catalyseur pour faire émerger des idées constructives, convaincantes, démocratiques pour le renouveau, l’épanouissement, le développement dans la justice, le travail, le mérite pour chaque Comorien et Comorienne.