Oh ! ma mère que j’aime tant
Tu n’as pas bien profité de ton enfance, de ton adolescence.
On t’a mariée à l’âge de 12ans et demi
Age au cours duquel, à cet époque là, tu jouais le Mkatré wa kododo [1]
Tu as donné vie à mon grand frère à l’âge de 14 ans.
A l’âge de 16 ans , un beau jour du vendredi à 9h30 du matin, tu m’as mis au monde
.
C’est pour cela d’ailleurs qu’on m’appelait auparavant Hamadi Djoumoi.
A tes 18 ans, tu as fait voir le soleil à ma sœur.
J’ai grandi avec le nom de Hamadi Djoumoi jusqu’à 6 ans, âge où l’on m’a inscrit à l’école là ou j’ai reconnu mon nom de famille MANSOIBOU Hamadi.
Mon père t’a quitté quand j’avais 2 ans avec une grossesse de 6 mois de ma sœur, ta dernière fille.
Tu m’as lourdement supporté pendant 9 mois de grossesse, avec d’incessantes douleurs, causées par mon surpoids.
Tu n’as jamais connu ni médecin ni sage-femme pour t’examiner ou pour t’aider à accoucher de tes 3 enfants.
Tu ne sais ni lire ni écrire et pourtant tu faisais tout pour m’instruire.
Tu étais pauvre, plus pauvre que tous les pauvres du village. Pourtant, tu te débrouillais pour m’habiller comme les enfants du village.
Tu n’avais même pas une petite parcelle de terre pour cultiver, mais avec ton courage j’étais nourris comme tous les enfants de mon âge.
Tu n’avais ni vache ni chèvre, ni même une poule, mais ton lait m’a tellement suffi pour que je grandisse.
Que pourrais-je te dire maman !
Je me souviens très bien de tes petits goûters de goyaves, des mangues, des bananes mures et des oranges !
Je me souviens très bien de tes petites légendes et histoires pour me faire dormir !
Je me souviens très bien de tes petites chansons et louanges qui disaient que « je serais quelqu’un pour que je t’apporte un jour la joie et le bonheur ! »
Je me souviens très bien maman , le soir quand tu n’avais rien à me faire dîner , tu gémissais en priant au bon dieu pour qu’un jour je serai quelqu’un comme les enfants chéris ,bien aimés des familles aisées !
Je me souviens très bien maman lorsque tu me couvrais d’une natte pour me protéger des gouttelettes de pluie qui traversaient le toit de ta case pendant la nuit !
Tu supportais toutes mes bêtises d’enfance !
Tu ne m’as jamais grondé ni même donné une fessée !
Oh mère ! toi qui me donnais tout ce que j’aimais !
Tu voulais me faire comprendre que je n’avais rien de différent par rapport à un enfant élevé par une famille en union et une famille en désunion.
Tu n’as jamais vu personne me caresser la tête, me taquiner, me chatouiller ou même me faire des gli-glis pour me faire rire !
Tu te débrouillais sans l’aide de personnes pour élever tes 3 enfants !
Tu m’as appris à me battre et à voler avec mes propres ailes !
Je suis fier de toi maman !
Je suis aujourd’hui sur le vrai chemin du combat de la vie !
Je me bats et je continuerai toujours à me battre jusqu’au dernier souffle.
Je te promets tout le bonheur du monde maman car je suis conscient de ma vie, de mon combat, de notre lutte malgré certains ignorants qui ont échelonnés durant ma misérable enfance et qui croyaient m’intimider, m’affaiblir or, au contraire ils m’encouragaient.
Ils croyaient m’enfoncer alors qu’ils me donnaient la force morale de me tenir debout.
Pas d’inquiétude maman !
Ce n’est plus l’argent qui fait le bonheur de l’individu, c’est la fierté de soi même qui rend l’homme crédible.
Quelque soit l’environnement et la nature, et même l’exil géographique qui nous sépare, je me souviens tout le temps de toi maman !
Tu es quelqu’un, je suis quelqu’un, nous serons sans doute quelque uns.
(ngawe hindru, ngami hindru, ngaridjo huka hindru)
Voilà ton joli cadeau de la fête de mères.
[1] Mkatré wa kododo : le gâteau à base d’argile