« Sans unité, les peuples d’Afrique n’ont pas de futur, sauf comme perpétuelles et faibles victimes de l’impérialisme et l’exploitation »
Julius N. Nyere, Premier Président de la Tanzanie libre
A l’image de beaucoup de regroupements régionaux, les 53 pays d’Afrique sont réunis sous une même organisation d’Etats : l’Union Africaine (UA) crée en 2000. La taille de Africa, les spécificités sous régionales, ont nécessité la création d’un certain nombre de regroupements régionaux tels la CEDEAO (15 Etats), la CAE (5 Etats) ... mais aussi la SADC (Southern African Development Comunity). Quatorze pays composent cette dernière Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe crée en 1980 : La RDC, Le Lesotho, La Malawi, Le Mozambique, La Namibie, l’Afrique du Sud, Le Swaziland, La Zambie, Le Zimbabwe, Le Botswana, L’Angola, Madagascar, L’Ile Maurice et La Tanzanie.
N’est il pas surprenant de ne pas voir aussi les Kamar [1] siéger dans cette Communauté aux côtés d’Iles comme Madagascar et Maurice ? Ce qui est par contre très étonnant c’est de voir encore aujourd’hui les Kamar être membre de la discrète mais « efficace » COI (Commission de l’Océan Indien).
La toute récente « crise » des Kamar qui a vu l’aide militaire de pays africains - Le Sénégal, La Tanzanie, La Libye, et Le Soudan - pour déloger le dictateur Mohammed Bacar du pouvoir est riche d’enseignements. Une nouvelle ère s’ouvre aux Kamar où pour la première fois de son histoire le Président décide et agit selon les seuls intérêts du comorien. Oubliées les manipulations des forces occultes, car lorsque les africains s’unissent et parlent d’une même voix les faux amis de Africa et leurs médias sont désorientés voire perdus.
C’est dans ce mouvement d’Union et de Paix Africaines, que l’adhésion voir le débarquement rapide des Kamar au sein de la SADC trouve sa justification.
Des raisons à la fois linguistiques, économiques et stratégiques
Les quatre langues - anglais, swahili, portugais et français - parlées dans la SADC seront pour le comorien une porte ouverte sur le monde. S’enfermer dans cette seule francophonie c’est avoir la certitude de stagner dans la même zone d’influence. L’avenir économique et intellectuel du kamarien passe obligatoirement par la maîtrise de la langue de Shakespeare à l’instar de nos voisins malgaches qui viennent de choisir l’anglais comme langue nationale. Quant au swahili il résoudra à jamais le problème de l’inexistence d’une langue commune à l’archipel, condition sine qua non pour la construction de la Patrie Kamarienne, pour l’émergence d’un sentiment national. [2]
D’un point de vue économique, le peuple Kamarien a beaucoup plus à gagner à faire partie de cette Communauté composée de l’Afrique du Sud, qui avec le Brésil, la Chine, L’Inde fait partie des puissances mondiales économiques émergeantes. L’Afrique dans un élan de fierté et de révolte a dit « non » à la camisole des Accords de Partenariats Economiques (APE). « Non » à la libéralisation sauvage des échanges commerciaux. « Non » à ces ultimes avatars du « pacte colonial ». Cette cruciale victoire de l’Afrique pilotée par une nouvelle génération de jeunes dirigeants est un signe supplémentaire de la nouvelle ère que connaît notre beau Continent. Cette new generation doit aussi savoir dire « oui ». « Oui » à une coopération Sud-Sud, car comme le disait Thomas Sankara [3] « ... nous devons faire en sorte que le marché des africains soit le marché des africains, produire en Afrique, transformer en Afrique, consommer en Afrique [...] produisons ce dont nous avons besoins et consommons ce que nous produisons au lieu d’importer .... ». Cet échange interafricain sensibilisera les Kamar de l’urgence de la Révolution Verte (Terre) et Bleu (Mer), de l’importance d’une réforme agraire ambitieuse telle qu’appliquée par certains voisins de la SADC. Entre la timide réforme agraire du sud africain Thabo Mbeki et celle ambitieuse et courageuse de Mugabe au Zimbabwé, les Kamar ne peuvent-ils pas s’inspirer de ces modèles de réformes économiques pour qu’enfin le pays cesse d’importer alors que la Terre et la Mer ne sont pas exploitées ? La crise alimentaire mondiale actuelle apporte un message clair à tous nos dirigeants africains et tous les pays du Sud.
Devant les crises mondiales croissantes, s’allier stratégiquement à des partenaires régionaux devient crucial. Lorsque les 264 millions d’habitants de la SADC parlent d’une même voix unie, cette voix est mieux entendue. Ainsi un pays de quelques 60 millions d’habitants ne viendra plus jouer au gendarme sous les Tropiques. Car un pays comme les Kamar, une fois entouré de ses vrais amis, évitera que les vautours de la « Françafrique » aient une main mise sur l’archipel en divisant pour mieux régner. Dès les années 60, de Grands Hommes militants du panafricanisme ont mené des luttes courageuses pour la liberté de l’Afrique, pour la souveraineté des jeunes Républiques africaines et surtout contre l’impérialisme. On peut citer le guinéen Sékou Touré, le ghanéen Kwané Nkurumah, le tanzanien Julius Nyere, le congolais Lumumba sans oublier le Père des nations africaines : Nelson Mandela.
Il est temps que les Kamar se battent pour le droit de choisir leurs partenaires pour que le slogan de la puissante SADC « Towards a common future » illumine aussi la lune du drapeau des Kamar.
Quel Patriote panafricain osera porter ce message de Paix et d’Union aux Kamariens ?
Anrmy B.
Responsable de Marchés à Londres
[1] Ce sont les arabes qui ont donné au début d XVIème siècle ce nom : Kamar (Iles de la Lune)
[2] Lire article « COMORES : Révolution Populaire pour la IIème Indépendance » publié en février 2008 sur www.ocomores.com et www.holambecomores.com
[3] Discours prononcé lors d’un Sommet de l’Organisation de l’Union Africaine à Addis Abeba