De plus en plus de femmes de 30 ans et plus sont célibataires au sein de la communauté comorienne.
Quel est le regard qu’on leur porte ?
Négatif que ce soit de la part des hommes ou des femmes. Et ces dernières ne sont guères tendres. J’en sais quelque chose, je fais partie de cette catégorie de célibataires trentenaires et plus.
Le sujet est sensible et fait débat dans les rassemblements communautaires, dans les forums sur internet. J’ai relevé ces commentaires sur un forum de jeunes Comoriens, le sujet du jour était les femmes encore célibataires à 30 ans.
D’un jeune homme : une femme célibataire à 30 ans a forcément quelque chose qui ne va pas chez elle ou alors son célibat est un choix de vie, elle veut vivre à l’européenne en privilégiant sa carrière professionnelle.
D’un jeune homme précédemment marié à une femme de 33 ans et aujourd’hui marié à une jeune femme de 22 ans : par mon expérience, être marié à une femme de plus de 30 ans est un risque pour un homme qui veut fonder une famille. Après 30 ans, il ne reste que quelques années à la femme pour faire des enfants. Elle peut ne plus en avoir. Elle espère quoi encore...33 ans ! c’est devenu une mode, un jeu. Les jeunes filles sont un peu speed mais elles finissent par s’assagir avec plein de bébés.
Un autre qui pose la grande question : Que dire sur ces dames ? Elles sont "victimes" des exigences familiales ou personnelles. Elles ont dû trop attendre le prince charmant et elles l’attendent encore aujourd’hui à 30 ans passés. C’est regrettable pour elles. Certaines sont victimes des hommes qui de nos jours, préfèrent se marier avec des filles plus jeunes qu’elles. Ce qui reste à faire pour ces filles de la trentaine, c’est d’accepter de se marier avec les papis sinon avec des hommes proches de leur âge même si ces derniers ne sont pas ceux qu’elles rêvaient.
Sinon, il y a la polygamie. ça existe partout même en Europe. On me dira mais mon vieux le temps n’est pas à la polygamie !!!
C’est regrettable à 30 ans jamais mariée ! En 2006 les femmes doivent être capables de se choisir un homme pour faire leur vie. A 40 ans elles seront encore célibataires, c’est vrai que les hommes préfèrent des femmes plus jeunes c’est normal, à choisir entre une femme de 30 ans et une de 20 ans il n’y a pas photo.
Ce n’est pas des études poussées jusqu’à 30 ans qui vont faire que vous allez être une bonne mère, avec un bon job vous contribuerez financièrement à mieux élever vos enfants mais ce n’est pas tout !!!
L’âge critique pour une femme c’est 25 ans, si à cet âge elle ne se pose pas la question : " vais-je me marier un jour ? " mais plutôt « vais-je trouver un job ? » alors c’est la mort pour elle, elle sera vieille fille !
Etre une femme célibataire à 30 ans, c’est être en quête de la perfection, d’une utopie !!!
Il y a certaines femmes qui subissent une forte pression des parents quant au choix de leurs maris. Mais en général, beaucoup profitent de ce sujet pour régler leur compte avec la famille. Il y a celles qui à 30 ans se comportent comme des jeunes filles de 18 ans, il y a un temps pour tout, à 30 ans elles ne peuvent plus jouer à la poupée Barbie.
Si des femmes veulent attendre jusqu’à 40 ans pour faire un enfant, c’est leurs problèmes, mais une femme de 30 ans qui n’a pas de mari, pas de copain et pas de gosse même né dans l’adultère, c’est chaud !
Etre une femme comorienne célibataire à 30 ans passés, c’est de la folie pure, c’est faire preuve d’insouciance voir de légèreté (elle ne pense pas à son avenir !). Une Comorienne célibataire à 30 ans est une femme qui a perdu son identité comorienne, qui a adopté d’autres valeurs. Elle veut faire comme les « blanches » en privilégiant sa réussite professionnelle ou en cherchant un prince charmant comme dans les contes de fée.
Dire qu’il y a quelques années, dès mes 20 ans, mon oncle, dans sa volonté de me caser à tout prix, n’avait de cesse de me répéter : « Tu n’es plus toute jeune ; ce n’est pas à 30 ans que tu vas fonder une famille ». J’étais choquée et je considérais ces paroles venant d’un fou. Mais il n’en était rien. Cette opinion est admise au sein de la communauté comorienne aux Comores ou ailleurs et tout âge confondu.
Dans notre culture, l’idée de base sur la représentation de la femme est :
- qu’à moins de 20 ans, les femmes ont plusieurs possibilités et peuvent choisir
- vers 22 ans c’est la course contre la montre
- vers 25 ans, elles devront accepter de ne pas se marier par amour si elles ne le rencontrent pas.
Et peu importe si elles ont par la suite une vie de couple misérable, à l’exemple d’une tante éloignée qui me disait : « qu’avec le temps on s’y fait ; et fort heureusement Tonton n’est pas chiant, il me laisse faire ce que je veux. ». Super la liberté ! Faut-il payer de son corps pour ça ?
Peu importe si elles ont une vie de couple inexistante, à l’exemple, d’une voisine mariée il y a deux ans à un franco-comorien résidant en France qu’on lui a imposé. Ils se sont vus pour la première fois le jour des noces. Ils ont vécu ensemble deux mois, le temps de concevoir un enfant. Le mari est ensuite reparti en France. Du coté de la femme, elle a vécu sa vie de femme mariée seule : sa grossesse, son accouchement. Aujourd’hui, leur fils a un an et n’a jamais vu son père.
Mais cette voisine n’est pas la seule à vivre une relation à distance, pressée par cette nécessité impérieuse de se marier à tout prix. Et l’inverse aussi n’est pas rare : la femme en France et le mari aux Comores.
Si dans certains couples vivant à distance, les raisons de cette situation peuvent être d’ordre pratique comme la difficulté de faire venir le (la) conjoint (e) en France, pour d’autres c’est un choix de vie. Il y a les hommes qui préfèrent avoir plusieurs femmes dans chaque port : une femme aux Comores et une autre officielle ou non en France. Et ceux qui se marient avec une femme qui est au village pour faire plaisir à la famille tout en sachant que la mariée ne viendra jamais le rejoindre en France. Les cas de figures peuvent être les suivants :-
A l’exemple d’une femme de mon village mariée depuis 8 ans. Elle n’a jamais vu son mari ; le jour des noces, il s’était fait représenter. Elle raconte à tout le monde qui lui demande des nouvelles de son homme : « il est toujours en France. Il ne peut pas venir me voir car il ne peut pas prendre de vacances. »
- Du coté des hommes, ces derniers en général se présentent comme étant célibataires et se comportent ainsi. Lorsqu’il leur arrive de parler de leurs femmes, ce sont en ces termes : « cette femme je ne la connais pas et je ne l’aime pas. C’est ma famille qui a organisé le mariage. Et pour l’instant, elle n’est pas là et ne risque pas de venir ». Jusqu’au jour où la mariée débarque ......
Et l’inverse est aussi vrai.
En résumé peu importe si les femmes ont une vie de femme épanouie ou non. Elles sont mariées et c’est le plus important.
Donc comment se justifie la présence de ces trentenaires célibataires au sein de la communauté comorienne ?
Certaines femmes ayant expérimenté le mariage ou non optent pour le célibat avec joie.
Mais qu’en est-il des autres qui veulent se marier ? Où est la faille ?
- La première est de vouloir trouver l’amour dans le mariage avec le consentement de ses parents. En général, les parents préfèrent que leur progéniture épouse un de leurs concitoyens. Dans notre cas, un Comorien pourrait être un Grand-comorien, un Anjouanais, un Mohélien ou un Mahorais ; ce qui réduit déjà le champs de rencontre sachant qu’il y a plus de femmes que d’hommes.
Mais le champs de rencontre peut être encore plus réduit si la femme est sommée tout simplement de choisir quelqu’un de son île, voir de son village. Et pour celles qui sont promises au grand-mariage, les exigences sont encore plus pointues, il faut un homme issu d’une grande famille de son village, voir de certains quartiers de son village ; ce qui est mon cas.
Alors lorsqu’on a trouvé la perle rare suivant les critères parentaux, on est content d’avoir pu allier amour et mariage. Mais souvent l’élu ne correspond pas aux critères des parents et lorsque le bien-aimé est rejeté sans aucune explication : « Oui, il est parfait mais il y a quelque chose qui cloche. Fais nous confiance, il n’est pas pour toi ». Malgré moult négociations et face à des vétos, on bat en retraite ; et on recommence la chasse. Et c’est ainsi après un ou plusieurs refus, on n’abandonne jamais l’espoir de satisfaire tout le monde y compris soi-même. Malheureusement le temps passe et on prend de l’âge.
- La deuxième embûche concerne les frais de mariage.
Des hommes, comme certains de mes cousins, qui ne veulent pas faire le grand-mariage, éliminent de leur champs de drague ou de vision les filles destinées à ce type de mariage : les filles uniques et aînées.
Une fois, le fiancé trouvé, le plus dur est de se mettre d’accord sur le type de mariage (mbanisho, anda, etc...), la dot (or, l’argent,...). Plus les frais demandées sont élevées, plus il faudra du temps au prétendant et à sa famille de réunir la somme et de s’organiser. Parfois la famille du prétendant refuse les frais demandées et annulent leur proposition de mariage. Dans le cas contraire, le temps des fiançailles varie d’une personne à l’autre : en mois, en année - 5, 10 ans ou plus. Les plus chanceuses sont celles qui finissent par être mariée après plusieurs années d’attente ; mais pour certaines passées un certain âge dont la ménopause, c’est un mariage symbolique.
D’autres, après plusieurs années de fiançailles, ont été larguées. Ainsi, elles se retrouvent sur le marché à 30 ans passés, leur jeunesse foutue à attendre un fiancé qui ne viendra jamais.
- Le troisième cas concerne les femmes divorcées. Elles ont beaucoup plus de mal à se recaser. Et c’est encore plus dur pour celles qui ont des enfants ; pas facile de commencer une vie de couple avec les enfants d’un autre.
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