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:: Cultures, Education et Formation ::
Les monologues du vagin   
 (par Zouleika Abdallah) : 4 - 05 - 2008
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Les monologues du vagin est une pièce de théâtre écrite par Eve Ensler et fondée sur plus de deux cents entretiens, avec des femmes qui ont confié leurs sensations, leurs traumatismes, leurs aspirations, leurs angoisses, leurs joies. Dans une salle de théâtre à Sudbury, au fin fond du Canada, des gens attendent impatiemment la suite et plaisantent afin de dissoudre leurs appréhensions.
Chut... la pièce commence. La salle est plongée dans le noir. Des tam-tams résonnent. Doucement, la scène est illuminée. On se croirait dans une cour aux Comores où les femmes prenaient place pour danser et exprimer leurs joies, leurs difficultés de tous les jours voire intimes (debe, etc.).
Ici, pas de danses, juste des comédiennes, des femmes qui parlent de femmes, de leurs histoires ou plutôt de leurs vagins.

Elles commencent à évoquer le mot "vagin".
Tordu de parler de vagin. Le sujet ou le mot. Rien que le mot, il est difficile à prononcer, voire un mot tabou. On ne le prononce guère entre femmes. On sait qu’on l’a mais on fait comme si c’était un poids, quelque chose d’extérieur à nous, un étranger. On a du mal à se l’approprier, à le considérer comme une partie de nous comme le cœur, la tête ; on a besoin de l’affubler de petits noms, de sobriquets ridicules. Ce constat se retrouve chez toutes les femmes interviewées, peu importe leurs origines, leur statut social, leur statut marital.
Comme le dit si bien une dame âgée, un des personnages interprétés par des comédiennes : "c’est comme une cave dans une maison. C’est noir, c’est humide. On n’y descend pas. On sait que c’est là mais on n’en fait pas toute une histoire".
Et parmi les noms qu’on donne aux vagins cités par les comédiennes, celui qui se rapprocherait le plus en terme de représentation que la société ou les parents nous transmettent : "Là où va l’homme".

La suite de la soirée sera une succession d’interprétations de personnages féminins de tous âges et origines. Les comédiennes habillées de noir endossent juste un accessoire pour donner vie aux personnages : un vieux pull pour la dame âgée, une veste à capuche pour l’adolescente, des lunettes pour la cadre trentenaire, etc.
Sur scène, le décor ressemble à celui d’une salle de photographie. Lorsqu’un personnage entre en scène, il se fait photographier avec flash et prend vie. On a l’impression d’assister aux interviews de l’auteur de la pièce tellement c’est réaliste. Et une musique de fond est programmée suivant la situation accompagnant le jeu d’actrice comme dans les films pour leur donner plus de corps et d’intensité. On est pris dans le mouvement.

Lors d’une soirée, les vagins s’expriment, nous donnent leur ressenti, leurs émotions, leurs dégoûts et leurs envies au travers des joies et des difficultés de la vie de femme :
-  les règles
-  les poils (les garder ou les raser totalement comme le veulent certains hommes ou certains pays comme la Tunisie où les femmes mariées se doivent de tout enlever)
-  l’accouchement, donner la vie
-  les violences (les viols, les violences sexuelles, l’excision)
-  les petites tortures que l’on s’inflige : tampons, strings, consultation gynécologique, désinfection afin de sentir bon
-  expression du plaisir

Cette pièce a été traduite en 26 langues et jouée dans une trentaine de pays comme la France, la Canada.
C’est une pièce touchante et drôle, jamais vulgaire : c’est l’histoire des femmes dont chacune peut s’y reconnaître. On y rit, applaudit et parfois on est attendri, voire triste. Mais on ne voit pas le temps passer.

Je la conseille à tout le monde, aux femmes avant tout afin de mieux se connaître et s’approprier son corps et l’aimer tout en entier et aux hommes afin de mieux connaître les femmes et leur humanité et leur sensibilité.

NB : A quand une représentation de la pièce "Les monologues du vagin" aux Comores ?
Afin que nos mamas et cocos puissent comprendre, ce serait bien qu’elle soit traduite et jouée en version comorienne. Quel pourrait être le titre ?
En demandant autour de moi, une traduction du titre en comorien, l’on me répondit : "mahadissi ya ndzini". J’ai été choquée. J’ai ressenti le titre d’une manière violente et agressive. J’ai demandé s’il n’y avait pas une autre traduction pour le mot « Vagin ». La réponse fut non et que le terme donnée ci-dessus était considéré comme vulgaire à la Grande-Comore. Surprise, je demandais : « mais les gens font comment pour en parler ? ». Il paraitrait que les Grands-comoriens emploient le terme de « wasi » pour désigner le sexe de l’homme ou de la femme (la traduction littérale de « wasi » est nu ; gami wasi = je suis nue). Une autre personne me suggéra un titre en Anjouanais car chez eux le terme employé pour vagin est "wadzi" et il n’est pas considéré vulgaire.
Parmi les membres de la rédaction l’on me suggéra « yemahoza ya he wazi ya mdru mshe ». Ce titre me donnait l’impression que la femme est une maladie. Mais c’est celui qui correspondrait à la société comorienne.

Si vous avez des idées, à vos stylos, et faites nous part de vos suggestions.

Notice par rapport à la piéce jouée à Sudbury :
-   Traduction : Louise Marleau
-   Mise en scène : Sylvie Dufour
-   Distribution : Lyette Goyette, Annick Léger et Nathalie Nadon
-   Concepteurs : Josiane Emond, Julie Giroux, Elise Lefebvre, Magali Lemèle, Mylène Ménard, Louise Poirier, Gilles Provost et France St-Pierre

 

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