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:: Paroles de femmes ::
Carnet de route d’une âme en perdition ! 31 - 03 - 2008
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J’ai le moral dans les chaussettes, je me sens plus bas que terre. J’ai erré dans l’appartement comme une âme en peine. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps jusqu’à me vider. Je suis seule, fragile et démunie. Je me sens inutile et sans raison d’être. Je sais que je dois être forte, indépendante pour survivre dans ce monde, mais je ne le suis plus. Je suis une écorchée vive. J’ai longtemps vécu sur le fil, toujours entre deux courants. J’ai vécu au jour le jour sans jamais d’espoir pour le lendemain et ça m’a usé jusqu’aux os. Je suis lasse de cette vie, de ce principe « marche ou crève ». J’ai besoin d’être rassurée, de me sentir en sécurité. J’aimerais tellement être convaincue qu’il y a quelqu’un qui serait toujours là pour moi, quelqu’un qui s’inquiéterait pour moi, qui souhaiterait mon bonheur, qui me comprendrait.

Je viens de passer une année abominable, j’ai touché le fond. Je reviens de très loin et j’ai subit beaucoup de dommages malgré ce que j’en disais. Dans cette traversée du désert, je me suis sentie bien seule et incomprise. J’ai failli devenir folle, autours de moi je n’ai vu que désinvolture, comme si ce que je subissais n’était pas réel. J’étais prise au piège dans un labyrinthe infernal sans que personne ne s’en rend compte. A cause de cette indifférence, de ce manque d’attention, je me suis demandée des milliers de fois si je ne perdais pas la boule. Je me suis demandée si ce n’était pas moi qui prenait les choses trop à cœur, qui comprenait tout à l’envers. Suis-je paranoïaque ? Est-ce que je souffre du syndrome de la persécution ? C’est ce que je me disais. Oui pourquoi y aurait-il tant de haine à mon égard ? Pourquoi catalyserai-je les frustrations des uns et des autres ? Pourquoi du jour au lendemain serai-je passée de ma petite vie ordinaire à être le symbole de l’envie/haine, du fantasme/répulsion ? Mon ego devenait peut être surdimensionné, mais à chaque nouvelle vacherie, ce mal, cette douleur atroce m’envahissait jusqu’aux larmes. Je ne rêvais pas, cette douleur était bien réelle. Comment être bien lorsque des soit disant proches te montrent ou te font comprendre que tu n’es rien, que tu es une erreur de casting, un accident de parcours ? Cette définition de moi s’affiche sur tous les visages que je vois, sur les sourires narquois, dans le comportement de certains vis à vis de moi. Je me sens sale, souillée, je me suis prise à me considérer comme une moins que rien, indigne de toute considération. Je n’ai jamais été aussi meurtrie de toute ma vie. J’ai été humiliée, traînée dans la boue et toujours cette question insoluble « pourquoi ? ». Une question qui reste sans réponse et qui m`empêche d`avancer. Elle est comme une chaîne invisible mais tellement serrée que je suis immobilisée. Et aujourd’hui, je veux m`en libérer.

Ce matin à l’arrêt du Bus, j’ai aperçu mon reflet dans la glace. J’ai été frappé par la vue de cette jeune femme agréable à regarder. Mais c’est moi ! Pensais-je. Dieu seul sait depuis combien de temps je ne me vois plus, depuis combien de temps je ne me vois qu’au travers les critiques. Mais peut -on s’aimer quand ce qui constitue notre univers nous renvoie une image de soi d’une laideur inimaginable ? J’ai pris conscience que je n’ai jamais été aussi mal dans ma peau. J’étais devenue une femme sans volonté, sans ambition qui se laissait vivre et qui a abandonné les uns après les autres les combats de la vie. Aujourd’hui j’aspire à la paix de l’esprit. Je ne me sens plus de me battre contre des moulins à vent. J’ai perdu la foi que j’avais en l’Homme. Je dois avant tout retrouver ma dignité, apprendre à me faire à nouveau confiance. Je dois construire ce que quatre années de galère ont détruit en moi. Je dois me purifier, me guérir de cette gangrène, de ce mal à l’état pur que j’ai côtoyé de près. Je dois retrouver assez vite mon identité de femme, assumer sans rougir mes choix de vie. Je dois apprendre à ignorer l’ignominie, la méchanceté gratuite. Je dois me construire pour moi et rien que pour moi.

Donc fini de déprimer, je ne veux plus laisser prises aux intentions malfaisantes. Fini aussi les interrogations sans réponses parce qu’il n’y a pas de réponses. Et de toute façon je ne veux plus savoir, je ne veux plus comprendre.

Aujourd`hui, j’ai presque 40 ans, et pour une femme c’est très vieux. Je suis dans la zone où il est trop tard pour tout. Trop tard pour se marier et avoir des enfants, je suis consciente que désormais chaque année qui passe réduit mes chances d’être mère. Dure vérité à admettre lorsqu’on a en soi cette envie, cette soif de donner la vie. Aujourd’hui je peux dire que j’ai gâché mes chances de procréer ; mais aussi difficile que cela puisse paraître pour ceux qui comprennent les joies et le bonheur de la maternité, j’ai fait mon deuil. Je me suis fait à l’idée que je pourrai finir ma vie sans donner naissance à un enfant et à ce sujet il n’y a pas de pourquoi. C’est comme ça, il faut l’accepter et avancer. A 40 ans, il est aussi trop tard pour faire carrière mais qu’importe même si je sais que nous vivons dans une société formatée, avec un schéma de vie pré-défini : Diplômes - Poste à responsabilité - Famille. Une société où le maître mot est « la compétition », la seule qualité qui prime « l’ambition », vouloir plus, être mieux que l’autre, dépasser ces limites encore et toujours, sortir de ce schéma c’est être médiocre, un raté sans intérêt. Pour avoir la considération de nos contemporains il faut soigner son CV, des études prestigieuses dans une école de renom, être leader dans son domaine, un poste important, être marié(e) à un beau parti et avoir des enfants. Des signes extérieurs qui s’affichent, qui s’annoncent comme des trophées dans les discussions entre amis ou dans les soirées mondaines. Lors des présentations après le nom l’autre question cruciale c’est la fonction (ou le domaine de compétence). Je sais pour l’avoir vécu que quelqu’un qui n’a pas de fonction au titre ronflant (responsable de ceci, DG de cela, ....) n’est pas digne d’intérêt pour les autres mortels et peu importe son intelligence, sa personnalité. Les gens veulent du docteur, du directeur, du président.. ! Mais c’est une réalité que je dois prendre en compte et accepter. Les discussions de salons où on entend tout et n’importe quoi m’ennuie à mourir, mais je ne peux pas y échapper ; la société fonctionne comme ça. Je dois apprendre à écouter sans me prendre la tête
-  les uns parler de choses qu’ils ne comprennent qu’à moitié mais qu’ils veulent à tout prix intégrer dans leur langage courant (le cours de la bourse, la flambée du prix du pétrole, les énergies renouvelables, la protection de l’environnement et le réchauffement climatique, l’alter mondialisme et la coopération décentralisée, le nouvel ordre mondial et autre conflit d’intérêt, commerce équitable et produits bios.....).
-  et les autres s’ériger en spécialiste. On ne parle que par citation, référence à tel ou tel écrit. Je suis toujours épatée de voir le profane parler avec le vocabulaire du critique d’art, utiliser ses termes pour décrire une œuvre ; le must est d’être capable de placer ces expressions dans une conversation banale entre amis.

Bref, je viens de comprendre qu’on ne vit plus les choses, on adopte des attitudes. Mais que cela me plaise ou non c’est la réalité d’aujourd’hui. A moi de me trouver une place dans cette jungle de faux-semblants. Une place où je serai à l’aise sans perdre mon âme !

Dans tous les cas, je veux concentrer le peu d’énergie que j’ai à autre chose même si je ne sais pas encore à quoi. Mais désormais, je suis à nouveau heureuse de me coucher le soir. Je me suis mise à rêver, à croire à mon avenir, à un bonheur possible simple et sans chichi. Je suis à nouveau heureuse de me réveiller le matin, de voir au travers de ma fenêtre les premiers rayons du soleil. Je rêve des beaux jours, de l’été où je pourrai profiter de la nature qui m’entoure, vivre enfin avant qu’il ne soit trop tard.

 

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