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:: Paroles de femmes ::
Par amour pour sa soeur   
 (par Sheherazade) : 7 - 04 - 2008
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Mwanabaraka est une femme comorienne accomplie : un mari aimant, un emploi qui lui plait et deux enfants. En somme, elle a tout ce dont chacune de nous aspire, une vie de femme épanouie. Mais derrière cette image, se cache un drame : un viol. Elle n’en veut ni à son agresseur, ni à sa famille. Mais lorsqu’elle évoque cet événement, les larmes jaillissent. Elle se demande pourquoi ? Qu’a-t-elle donc fait pour le mériter ?

Mwanabaraka est issue d’une famille nombreuse. Et naturellement, comme cela se passe dans une grande famille, elle a été prise en charge par sa sœur aînée vers la vingtaine. Soulignons que cette sœur est également considérée comme le chef de la famille (un genre de mdjomba) ; elle subvient aux besoins de la famille. Elle prend également toutes les décisions familiales et personne n’ose la contredire. Et d’ailleurs elle n’apprécie guère que l’on s’oppose à elle. Donc tout le monde se soumet à ses décisions.

Ainsi Mwanabaraka fut sous la houlette de sa sœur. Cette dernière l’hébergea chez elle, lui trouva une formation dont elle paya les frais de scolarité. En retour, Mwanabaraka aidait à la maison, aux taches ménagères, à la garde des enfants, etc. Elle n’avait guère de temps libre.

Un jour, sa sœur décida qu’elle était en âge de se marier et commença à prospecter parmi son entourage sans en aviser ni la famille, ni la concernée. La famille n’aurait vu aucun inconvénient à cette initiative puisque qu’elle en aurait fait autant ; le destin d’une femme dans la communauté comorienne est de se marier donc tout est fait pour le réaliser. La concernée ne fut pas consultée sur le choix des prétendants. Dans le cas contraire, elle ne se serait pas manifestée, elle redoutait sa sœur, peur de paraître ingrate. Lorsqu’elle osait s’exprimer, donner un avis différent de sa sœur, cette dernière lui faisait part de sa déception et de sa colère. Sa sœur pourrait faire courir le bruit au sein de la famille qu’elle ne veut pas se marier. Elle risquait de se retrouver à la rue. En somme, elle laissa agir sa sœur.

Un jour, un ami de la sœur se manifesta pour leur faire part de l’existence d’un homme comorien qui désirait une épouse, une femme pour entretenir la maison et l’aider dans ses activités professionnelles. La sœur accepta le prétendant sans le voir. Ce dernier téléphona une fois à Mwanabaraka juste pour se présenter : nom, âge, origine et métier. Afin de se mettre d’accord sur les modalités du mariage, le prétendant est venu seul. Il fit donc connaissance de sa future femme et de la famille de la sœur ce jour là.

La seule parole prononcée par le prétendant à Mwanabaraka, lorsqu’ils se sont retrouvés seuls est : As tu connu d’autres hommes ?. Elle lui répondit : « tu le verras lorsque nous serions mariés ». Avec la sœur et les autres membres présents, la discussion se basa sur la dot, rien sur les intentions du mari, sur sa famille. Le futur mari fixa la dot à 1200€. Il leur expliqua qu’il ne donnerait la somme que quelques jours après le mariage. L’affaire fut conclu et le mariage religieux fut fixé une semaine après.

Le jour arriva : étaient présents la famille de la sœur (mari, enfants et leurs amis, y compris elle) et le prétendant non accompagné. Quelques jours après la cérémonie, Mwanabaraka rejoignit son mari qui habitait dans un foyer dont la surface de la pièce faisait la taille d’une grande chambre. Mwanabaraka s’acquittait des taches ménagères, la cuisine comme on le lui avait inculqué. Durant, la journée, elle devait aider son mari.

La cohabitation n’était pas facile. De nature jaloux, son mari ne supportait pas qu’elle parle à qui que ce soit, même pour saluer. Pour lui, sa femme faisait tout pour attirer l’attention. Et à la maison, c’était le même traitement. Elle ne devait répondre et ouvrir à personne sauf à lui. Un jour, Mwanabaraka s’est assoupie et n’a pas entendu le toc de la porte. Son mari commençait à s’exciter derrière la porte en lui ordonnant de lui ouvrir. Mwanabaraka s’activa. Son mari entra et la repoussa afin de rechercher le soi-disant amant dans toute la pièce.

En ce qui concerne son devoir conjugal, elle n’en savait rien. Ainsi surgirent, les premières difficultés. Se retrouvant avec un inconnu, son mari, Mwanabaraka n’était pas à l’aise en sa présence. De nature très pudique, Mwanabaraka ne s’est jamais retrouvée nue en la présence de son mari même dans le lit conjugal. De plus, elle ne savait pas ce que signifiait avoir des rapports sexuels ; ce qu’elle devait faire dans un lit avec son mari, les comportements qu’elle doit adopter, le processus de l’acte. Rien. Mwanabaraka s’est retrouvée en terre inconnu, le mariage sans aucune explication, sans aucune information. Et son mari ne l’aidait pas non plus. Il ne comprenait pas le comportement de sa femme. Et au lieu d’en discuter ensemble, il se plaignait à sa sœur. Cette dernière, ensuite s’en prenait à Mwanabaraka : « tu crois quoi ? que le mariage c’est un conte de fée ? Obéis à ton mari ! ». Ces épisodes se multiplièrent inlassablement. Personne ni la sœur, ni le mari ne prirent conscience que Mwanabaraka ne savait pas ce qu’on attendait d’elle. Et cette dernière, par peur n’osa s’exprimer sur le sujet.

Puis une nuit, une nuit de trop, le mari céda à ses pulsions sexuels et pris Mwanabaraka dans son sommeil. Cette dernière se débattit, cria ; Mais rien à faire, son mari continua l’acte jusqu’à sa jouissance. La nuit fut longue et interminable pour Mwanabaraka et la fin de l’acte sexuel n’a rien changé à son incofort. Le lendemain, le mari partit tranquillement à son travail. Pour sa femme, le réveil fut brutal et douloureux. Elle était sonnée et ne comprenait pas ce qui s’était passé. Et la vue du sang partout sur les draps n’arrangea guère la situation. Que signifiait ce sang ? Que lui était-il arrivé ? Elle se leva en titubantet se traîna jusqu’à la salle de bain afin de se laver, de se purifier. Elle avait mal physiquement et moralement.

Elle finit par sortir de la chambre et demanda de l’aide à une vieille femme comorienne. Cette dernière ayant compris la situation, l’emmena consulter un gynécologue. Pour Mwanabaraka, c’était encore un autre choc, devoir se retrouver nu devant un autre homme. La vieille dame la rassura et Mwanabaraka se laissa convaincre que c’était pour son bien. Le gynécologue qui l’ausculta fut horrifié de ce qu’il vit. Il constata le viol et informa Mwanabaraka qu’elle avait eu de la chance : la déchirure de l’hymen a été violente, cela aurait pu entrainer des dommages sur d’autres organes. Puis le gynécologue se mit à réprimander la vieille dame que ce qu’on avait fait subir à à la jeune femmeétait criminelle. Mwanabaraka rentra chez elle, chez son mari avec des cachets. Elle ne reçut aucune aide psychologique, rien. Elle avait très bien entendu qu’elle s’etait fait violée mais n’avait pas pris conscience de la gravité de l’acte. Pour elle, ce n’était pas possible que ce soit ça car l’auteur était son mari. Elle savait juste qu’elle venait de vivre une nuit horrible et redoutait les nuits à venir.

Aprèscet événement, le mari appela la sœur pour la féliciter sur la bonne éducation de Mwanabaraka. La sœur rappela de suite Mwanabaraka pour la féliciter également de s’être comporter en adulte et d’avoir abandonner ses enfantillages. Le soir, le mari rentra tout content d’avoir eu une vierge comme femme. Malgré tout ça, cela n’apaisa pas les craintes du mari qui rendait Mwanabaraka responsable de ses ennuis. Celle ci voulant à tout prix sauver son mariage et plaire à son mari, lui demandait ce qu’elle devait changer, ce qu’elle devait faire afin d’améliorer la situation. Son mari lui disait qu’elle était parfaite mais quelque chose clochait chez elle et il ne savait pas ce que c’était.

Mwanabaraka fit encore appel à sa bienfaitrice pour lui conseiller un marabout : celui-ci conseilla à la jeune femme de quitter immédiatement le domicile conjugal sans rien emmener sous peine de malheur. Etonnée, elle téléphona à sa famille aux Comores afin qu’elle puisse l’aider et elle reçut un message identique au premier marabout. Ensuite les événements se précipitèrent. L’ami de la sœur qui avait conseillé ce mariage se manifesta au téléphone auprès de Mwanabaraka et lui révéla pour la première fois la vérité : « ton mari est un voleur ; il doit de l’argent à ses clients y compris à moi, il n’honore pas les commandes. Il est sous poursuites judiciaires pour abandon du domicile conjugal et polygamie. ».Entre temps, la famille de Mwanabaraka aux Comores avait fait également une enquête et découvrit avec horreur la réputation du mari. Le mari, en difficultés, voulant préparer sa fuite, téléphona à la sœur pour lui demander de reprendre Mwanabaraka afin qu’il puisse régler ses problèmes. C’est ainsi que Mwanabaraka quitta le domicile conjugal sans aucun bagage et retourna chez sa sœur. Cette dernière l’accueillit à sa manière : elle lui rendit responsable de l’échec de son mariage, lui répéta qu’elle était une bonne à rien. Quant au mari, elle n’a plus entendu parler de lui. Il n’a pas payé la dot que la sœur pensait récupérer. Mwanabaraka fut abasourdit : comment sa sœur pouvait tenir ce genre de discours ? Même après ce qu’elle savait sur son ex-mari.

La vie chez sa sœur reprit son cours. La sœur n’abandonna pas pour autant l’envie de la recaser. Mais cette fois-ci, Mwanabaraka ne se laissa pas faire. Elle donnait son avis sur les prétendants qui venaient : un avis négatif. Et peu importe les remontrances de sa sœur, les humiliations et les insultes. Elle préférait ça que de devoir revivre le même cauchemar qu’avec son premier mari. Cette situation dura pendant quatre ans avant de rencontrer son actuel mari, le père de ses enfants. Elle le rencontra de la même manière que les précédents. Il arriva dans la demeure de la sœur avec des amis et fit part de ses intentions personnelles et professionnelles. Attirée par sa franchise, son charisme et sa gentillesse, Mwanabaraka accepta de prendre le temps de faire connaissance avec cet homme afin de voir s’ils étaient compatibles. Et c’était le cas.

Aujourd’hui, Mwanabaraka ne cesse de remercier Dieu de sa situation actuelle. Croyante, elle est persuadée que rien n’arrive sans raisons même si aujourd’hui elle n’a pas encore d’explications. Pour elle, le principal est d’être heureuse, et elle l’est.

Mwanabaraka (Marseille) et Sheherazade

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