En ignorant superbement la mouvance présidentielle pour la formation de son gouvernement, le président de l’île de Ngazidja M. Abdouloihabi Mohamed persiste et signe la rupture politique avec le président de l’Union M. Ahmed Abdallah M. Sambi.
M. Youssouf Said Soilihi, ministre des finances et premier dans l’ordre protocolaire, a été le directeur de campagne de M. Ibrahim Halidi, adversaire de M. Sambi. Les ragots sur les liens familiaux ne doivent pas occulter qu’en ce nouveau porte parole du gouvernement, le président de Ngazidja espère trouver un lieutenant capable de faire
porter son message dans les médias, tenir tête aux ténors de l’Union et réussir l’engagement qu’Abdouloihabi a pris récemment devant la population : « récupérer tout l’argent qui revient à Ngazidja sans s’embarasser des mécanismes de répartitions que l’Union ne respecte plus »
MM. Assoumane Saandi, Abdou Said, Mme Fatima Said Allaoui et Ahmed Said Islam, respectivement ministre de la fonction publique, de la justice et de la sécurité intérieure, de la santé et de la cohésion sociale, et directeur de cabinet du président avec des prérogatives ministérielles, ne se sont jamais faits connaître pour leur sympathie à Abdouloihab et/ou Sambi.
L’entourage et les notables de Sambi dénoncent un « gouvernement de guerre ». Dans les discussions, ils insistent d’abord sur l’opportunisme et l’ingratitude de celui qu’ils ont porté à la présidence de Ngazidja et passent très vite à des scénarios alarmistes sur une participation d’Abdouloihab à un complot anti Sambi.
Sambistes et pro Abdouloihabi s’accordent sur le fait que M. Abdou Said est le ministre clé de ce gouvernement. Côté Abdouloihabi on insiste sur l’importance du contrôle du palais de justice de Moroni. Le ministre, ancien magistrat, rallierait la majorité des juges et ferait respecter la constitution qui place les tribunaux d’instance et
d’appel sous l’autorité du président de l’Île. Le président de l’Union nomme aux hautes fonctions des tribunaux sur proposition du président de l’île. Refuser une nomination d’un juge qualifié, sans tâche au dossier, déclencherait un affrontement. Autour du gouvernement de Ngazidja on affirme être prêt. On notera que le ministre de la justice est aussi chargé de la sécurité intérieure, combinaison très
inhabituelle dans les pays de tradition française.
Une délégation de la « mouvance présidentielle » a exprimé sa déception à Abdouloihabi qui n’a pas tenté de la rassurer. Des dignitaires de la mouvance avancent un scénario de l’après-Anjouan.
Sambi renforcé, ne laissera aucune miette, aucune chance au président de Ngazidja qui n’a pas de troupes, et qui, en 7 mois, n’a rien fait au point que ses administrés se demandent s’il y a un président de la grande île. Les exécutifs des îles ne pourront pas s’opposer à la réforme constitutionnelle que le président de l’Union a promise à Adis Abeba, en annoçant une conférence comorienne sur l’autonomie des îles.
D’après un stratège du régime, les vice-présidents élus sur le ticket du président, seraient aussi président de leur île d’origine. Il y aurait 3 vice-présidents au pouvoir très réduit en comparaison des présidents actuels. Sambi ceint de son écharpe d’unificateur serait plébiscité par une population fatiguée et des politiciens avides de pouvoir et sans perspectives ; ceux qui voudraient se mettre sur son chemin seraient balayés.
Les nouveaus amis d’Abdouloihab sont prévenus.