Dans le passé, au marché de Volovolo (à Moroni Grande Comores), les étals étaient bien achalandés en noix de coco et bananes... Ces produits se trouvaient en abondance sur tout le territoire comorien et répondaient aux besoins alimentaires de chacun. Aujourd’hui, ils font cruellement défaut car des maladies cryptogamiques sévissent contre les bananiers et les cocotiers. Cet état de faillite chronique est le résultat de la démission de l’état et des acteurs du développement agricole qui, par négligence et méconnaissance, ont failli à leurs responsabilités de trouver des solutions. Pour pallier à ce manque, le pays a recours à des importations massives.
Jeune cocotier malade
La banane, et plus particulièrement la noix de coco, entrent aux Comores dans toutes les préparations culinaires. On ne peut imaginer des festivités sans plats à base de noix de coco (bananes vertes au coco ou ndrovi ya nazi, riz au coco ...). Elle apporte en outre les matières grasses dont notre organisme a besoin. Dans le domaine industriel, la noix de coco a donné naissance à une savonnerie connue sous le nom de Socopra. Cette unité de production est la seule du pays à valoriser cette matière première. Au niveau artisanal, la maison traditionnelle comorienne est faite intégralement à partir du cocotier. La fibre de coco sert à fabriquer des cordages (un temps, on les exportait en France pour les bateaux), de lits et de matelas. Les feuilles tressées appelées uhandza, magaba, ou encore mitsepve, sont utilisées pour couvrir les côtés et le toit de la case. L’huile de coco, devenue trop chère et trop rare pour la cuisson, est utilisée à des fins cosmétiques et médicinales : massage des bébés, coiffure féminine. On pourrait dire de façon caricaturale qu’aux Comores, quotidiennement, on mange la noix de coco et on dort sous le cocotier.
Salle de classe en feuilles de coco tresssées
Comme précisé précédemment, bien qu’elle soit indispensable, la noix de coco se fait de plus en plus rare sur les marchés, particulièrement à Volovolo. Lorsqu’elle est en vente, c’est à un prix exorbitant : de 500 à 600 KMF ( environ 1 ,10 €) l’unité alors qu’il y a 4 ans, elle coûtait entre 150 à 200 KMF.
Le cultivateur se retrouve complètement désarmé face à la maladie cryptogamique appelée fumagine, provoquée par un petit insecte connu sous le nom d’Aleurodes. Une fine pellicule noire apparaît sur les organes tendres du végétal et empêche la réalisation des fonctions métaboliques (photosynthèse) de la plante. Une fois ce champignon installé, il entraîne la chute des noix au stade de la nouaison (grossissement des fruits), puis le dépérissement du cocotier. Beaucoup d’autres cultures, et plus particulièrement le bananier, sont également touchées.
Tout comme la noix de coco, la banane occupe une place prépondérante dans l’alimentation aux Comores. Elle est le produit alimentaire le plus consommé derrière le riz. La production nationale est très faible, avoisinant les 70.000 t/an . C’est le plat de résistance par excellence.
Sur le plan environnemental, le bananier joue un rôle essentiel dans l’alimentation des animaux. Son tronc gorgé d’eau est destiné à nourrir les bovins et les caprins, car il leur apporte quotidiennement l’eau dont leur organisme a besoin. Sur le plan économique, la situation est similaire à celle des cocotiers. Le paysan voit de jour en jour ses moyens se réduire comme une peau de chagrin. Pour s’en rendre compte, il suffit d’aller au marché de Volovolo. Le régime de bananes n’y coûte pas moins de 10.000 KMF (environ 20 €), c’est dire la rareté de cette denrée. La baisse de production est directement liée à ce champignon appelé maladie de raies noires dont les symptômes se caractérisent par des plages jaunâtres sur les limbes des feuilles et la déformation des jeunes feuilles. Aujourd’hui, les commerçants cherchent par tous les moyens à combler le déficit en noix de coco et en bananes.
Les importations :
Faute de trouver ces denrées de première nécessité sur place, les commerçants importent de plus en plus de Madagascar et de Zanzibar. Des marchandises sont déchargées chaque semaine dans le port de Moroni. Et même de France, on achète la noix de coco pour l’envoyer aux familles aux Comores. Cette situation décourage les paysans et ruine l’économie nationale. Si aucune solution n’est trouvée d’ici peu et que les responsables ne conjuguent pas leurs efforts pour enrayer ce fléau, la production nationale, essentiellement en provenance de l’île de Mohéli, s’arrêtera dans 5 ans dans le meilleur des cas.
Cocotiers à l’aurore
Quelles sont les solutions ?
Plusieurs solutions sont envisageables pour lutter contre les champignons dévastateurs. Il conviendrait tout d’abord de sensibiliser les agriculteurs en leur expliquant que la maladie des cocotiers et bananiers n’est pas une fatalité, ni une punition divine liée à la présence au pouvoir de Mohamed Taki ou Azali Assoumani. C’est ce qu’on entend souvent dire.
Les solutions sont à la fois préventives et curatives. Nous sommes face à une gangrène à échelle nationale plutôt qu’à quelques foyers d’infection.
Pour le cocotier comme pour le bananier, la prévention se limite à surveiller de près les plantations et éliminer les tous premiers sujets atteints par l’infection. Cette lutte préventive n’est valable qu’à partir du moment où l’agriculteur ne dispose pas des moyens pour payer les produits de traitement. Sur le long terme, la voie d’une agriculture raisonnée doit être privilégiée. Il est nécessaire d’alterner les pesticides pour éviter toute résistance aux maladies par l’emploi de la même matière active. Il est également nécessaire d’introduire de nouvelles variétés génétiquement améliorées, résistantes aux champignons. Pour la lutte curative contre la fumagine du cocotier, un traitement chimique qui consiste en un insecticide de contact et trois traitements fongiques, espacés tous les sept jours, peut être effectué. En principe, ces quatre traitements viennent à bout de cette maladie.
Si l’on prend l’exemple de nos voisins Malgaches ou Mauriciens, la maladie du cocotier est bien maîtrisée en utilisant un insecticide (le folimat 50) combiné à un fongicide à base de cuivre (le kocide 101 ou cuprox ).
En ce qui concerne la maladie de raies noires sur le bananier, une étude menée au Cameroun sur l’amélioration génétique des variétés a donné de bons résultats au niveau préventif et curatif. Il s’agit d’un traitement de fongicides comme le pyramethanil ou le propicomazol. Là encore, il faut réagir dès que les premiers foyers d’infection apparaissent. L’une des difficultés supplémentaires est l’étendue des plantations. Il faudrait se doter de moyens conséquents comme l’utilisation de deux petits avions pour réaliser les traitements phytosanitaires sur des milliers d’hectares. Il faudrait aussi prendre des précautions adéquates pour protéger la population, les animaux et l’environnement. Ce moyen serait le plus adapté et le plus rapide avec un coût de financement faible, contrairement à la proposition faite par un expert dans la Gazette du 28/01/05 qui annonce avec enthousiasme la sortie du tunnel sur le fléau du cocotier. Selon ce journal, la solution est biologique, elle passe par la multiplication d’insectes auxiliaires, Encarsia Formosa, destinés à détruire les Aleurodes. Le coût de cette opération s’élèverait à un million neuf cent mille euros, soit environ un milliard de francs comoriens. Il faut agir avec rapidité et efficacité pour sauver plusieurs variétés de cocotiers et de bananiers et non une stratégie longue dans la durée et moins efficace à grande échelle. Tous les acteurs doivent s’engager : les politiques et les acteurs du développement agricole. Il faut rompre avec le système où les experts envoyés dans le cadre de la coopération pouvaient décider et engager tout un pays financièrement sur un projet, sans qu’aucune voix ne s’élève pour critiquer leurs décisions.
Qui sont les responsables de cette situation ?
Les maladies des cocotiers ne sont pas nouvelles et les plus sérieuses remontent au début du siècle dernier dans les Caraïbes avec en particulier les jaunissements mortels, une maladie des cocotiers et d’autres palmiers causée par plusieurs souches de phytoplasme (petite bactérie dépourvue de paroi et non cultivable) et transmise par un insecte (Myndus crudus Van Duzee). Cette maladie a détruit de nombreuses cocoteraies dans les Caraïbes, en Amérique centrale et en Afrique au cours des vingt dernières années.
Il n’existe actuellement aucun remède contre ces dépérissements à étiologie complexe.
Les pays de la sous région des Comores ont également été touchés par d’autres maladies. Il était donc facile de mettre en place une équipe d’observation et d’alerte, bien avant l’indépendance et depuis, ce qu’aucun gouvernement n’a fait, soit par ignorance, soit par négligence pure et simple.
De manière générale,tous les politiques ont failli à leurs responsabilités non seulement sur ces deux fléaux, mais aussi dans le secteur agricole tout entier. Ils n’ont pas essayé de gérer et trouver des solutions, mais ont plutôt préféré considérer les difficultés comme une fatalité. Depuis près de dix ans que ces champignons font des ravages, aucun programme de lutte n’a été entrepris dans le pays. Aucune mesure de contrôle sanitaire sur les importations de denrées alimentaires n’a été prise depuis le début des infections jusqu’à aujourd’hui. De même, aucune commission de crise n’a été formée pour tenter d’enrayer le déclin. Tous les leaders politiques passent leur temps à se quereller, se faire des tours de passe-passe, discourir au lieu de penser à l’avenir. Ils n’ont aucune conscience sur le bien-être matériel, sur la santé de leurs propres parents, encore moins sur les générations à venir. Au delà des gouvernements, les autres acteurs au développement, comme le CEFADER (Centre Fédéral d’Appui au Développement rural) sont restés muets face à ces calamités naturelles. Ils n’ont pas préparé les paysans à une lutte prophylactique. A ce stade, ils ont manqué l’occasion de montrer aux agriculteurs leur part de responsabilités. Aujourd’hui, les cocoteraies et les bananeraies ne sont pas les seules touchées. D’autres plantes vivrières comme le manioc le sont malheureusement. Il faut d’urgence trouver le chemin qui sortira les Comores de ce marasme et le ramènera dans l’état coco.
Il est donc plus qu’urgent de remettre à plat le dossier agricole et de s’inscrire dans le partenariat régional et international pour la prévention, le diagnostic de tous risques d’invasions d’insectes, de maladies cryptogamiques, bactériennes et virales sur les végétaux et, par-dessus tout, de trouver des remèdes en cas d’attaques.
Liens :
Lethal Yellowing diseases of the coconut palm : an overview
Document université de Floride
Photos : MSAM