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:: Lyriques ::
Je ne suis Rien   
 (par Faiza Soulé Youssouf) : 28 - 02 - 2008
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Seigneur, je voudrais être debout. Lasse de courber l’échine et de n’en récolter qu’insultes. Je suis fatiguée d’être à longueur de journées face à la terre. La poussière m’incommode, m’indispose. Je ne peux piper mot. Chaque fois que j’essaie de crier, j’étouffe. Trop de gravats dans ma bouche. Quand j’essaie de me relever, mon corps ne répond pas. Et pleurer serait le summum du bonheur. Mais mes larmes se sont taries. Je suis desséchée, affamée, déportée. Je ne suis qu’un petit bout de chose sanguinolent. Réveillée par des sarcasmes, fouettée jusqu’au sang. Je me demande si je vis encore. Morte l’enfer serait- il pire. Suis-je déjà de l’autre côté ? Pourtant je ne vois pas d’anges. Je ne suis pas apaisée. Je suis même très effrayée. J’entends la voix de mon maître.
Je ne suis qu’une chose, il me le dit tout le temps. Je suis sa chose .Me prenant quand il veut. Malgré ma sueur, mon aspect que je crois repoussant. Il me fait sien et je ne dis toujours rien. Rien ne parle chez moi. J’ai appris à ne rien laisser transparaître. Mais je bous, je suis épuisée. Qui suis je ? Personne ne le sait. J’en ai marre, fatiguée, épuisée, lasse, à bout. J’ai envie de crier, de pleurer. Je tiens à la vie mais nul ne sait pourquoi, moi encore moins.
Plus que tout autre, j’ai envie de voir le soleil se lever. Que sais-je ? Demain sera peut être plus doux. J’ai 20 ans, mais mon corps n’est qu’une vieille carcasse qui craque à chacun de mes pas. Me rappelant sans cesse ce que je m’évertue à vouloir oublier. Mon corps se rapproche de plus en plus du sol que foulent mes pieds. Prenant peu à peu ce qui me reste de dignité. Car, comment le fixer, mon bourreau, comment le regarder, yeux dans les yeux, quand mon échine se courbe chaque jour un peu plus. Il est encore une fois au-dessus de moi et contre ça, je n’y peux rien. Si je décidais à mourir, il serait toujours à un niveau plus élevé que moi. Mais au moins, ne souffrirais-je pas. Du moins, j’ose l’espérer. C’est ce qui me maintient en vie.
Les fleurs s’épanouissent avec l’arrivée du printemps. Laquelle des saisons m’apportera un sourire. Un minable sourire. Je ne me rappelle même plus ce que l’on ressent après un sourire. Un petit mot, sept petites lettres. Toute une vie, espoir d’une vie meilleure. Sans ce fou sanguinaire qui m’a sauvée la vie pour ensuite me la retirer insidieusement. Oh il aurait dû me laisser crever comme une charogne mal puante. Il aurait dû me laisser mourir criblée de balles. Il aurait dû me laisser près des miens, mourir près d’eux, pourrir près d’eux. N’être plus rien mais à leurs côtés. Un tas d’os brillant au soleil. Oui c’eut été préférable. Mais le Maître en a décidé autrement et je pais chaque jour le prix de sa décision....
Là d’où je viens, d’aussi loin que je me souvienne, l’espoir a toujours fait partie de ma vie. Et malgré les coups bas de celle-ci, j’attends mon Prince. Je l’imagine bossu, laid, fort et plein d’amour pour la laideronne que je suis. Et il me défendra, me protégera et l’abattra. Il viendra, chevauchant Simba, le valeureux guerrier de mon enfance. Et il m’emmènera loin de tout ce qui salissait mon existence. Me réchauffera quand il fera froid, et me réconfortera quand les souvenirs d’autrefois viendront assombrir mon regard. Il sera là tout simplement.
J’attends des bruits de galop. Serait ce lui déjà ? Hélas, non. Ce n’est que mon maître. A rêvasser, j’ai laissé brûler le dîner. Les coups vont pleuvoir encore une fois.
Je commence à m’y habituer. Dieu fasse que mon prince, Qu’Ibounassua ne se fasse pas trop attendre. Je me languis de lui. Je tiendrais aussi longtemps qu’il le faudra, j’attendrais le Prince de mon enfance. J’attendrais mon valeureux guerrier, qui usera de mille ruses pour venir me délivrer.

Fay

 

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