Lors d’une de mes ballades sur la toile, j’ai fait une rencontre extraordinaire : celle d’une plante tropicale parée de mille et une vertus. Subjugué et fasciné, je décide alors de chercher à faire ample connaissance ; je la traque, la poursuis sur le web mais j’enquête aussi auprès de mes connaissances. J’ai beaucoup appris sur elle à travers mes recherches. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque photo à l’appui, une cousine résidant à Ouagadougou au Burkina Faso m’apprend que cette belle et généreuse créature, le moringa oléifèra n’est autre que le mvoungué que nous Comoriens mangeons en « roumasava » comme le féléki mafana. Alors ma fascination se mue en une volonté inébranlable de partager ce que j’ai appris sur le mvoungué, avec ceux de mes compatriotes qui voudront bien participer au développement de cet arbre extraordinaire qui, je suis convaincu, est promu à un avenir économique certain.

Le moringa oléifèra ou mvoungué en comorien est un petit arbre de la famille des moringacées (originaire du Nord Ouest de l’Inde) répandu sous nos tropiques. Cet arbre est qualifié d’ « arbre miracle ou plante divine » du fait de son utilisation pour lutter contre de nombreux fléaux qui entravent le développement durable de nombreux pays, ce qui lui confère une importance inestimable.
Aux Comores seules les feuilles fraîches du mvoungué préparées en sauce viande ou poisson sont consommées pour accompagner le riz. Il semble que certaines grand-mères les utilisent dans la pharmacopée traditionnelle.
Dans certaines régions du continent africain les vertus thérapeutiques du moringa sont reconnues par la pharmacopée traditionnelle pour soigner diverses maladies -plus de 300 maladies selon la tradition Indienne-
Les nombreuses utilisations économiques du moringa et la facilité de propagation ont suscité un intérêt international grandissant.
Tout est utile dans le moringa comme dans le cocotier : la feuille, la graine, le fruit, la racine, absolument tout ; quelle aubaine... et qui peut rester indifférent devant un tel don du Ciel ?
La feuille du moringa
L’analyse nutritionnelle montre que les feuilles du moringa consommées comme légume sont plus riches en vitamines, minéraux, protéines que la plupart des légumes ; elles contiennent les vitamines A, B1, B2, C, E. Elles peuvent constituer un aliment complet puisqu’elles contiennent deux fois plus de protéines et de calcium que le lait, autant de potassium que la banane, autant de vitamine A que la carotte, autant de fer que l’œuf ou les lentilles et deux fois plus de vitamines C qu’une orange.
Déjà beaucoup de programmes utilisent le moringa dans la lutte contre le déficit nutritionnel des enfants, des femmes enceintes et des personnes âgées.
Les graines du moringa
Elles contiennent un polyélectrolyte cationique, très efficace dans le traitement des eaux par l’élimination de la turbidité. Ces graines peuvent remplacer le sulfate d’alumine ou autres floculants utilisés dans le traitement des eaux. Plusieurs organismes ont réussi à isoler l’élément responsable des propriétés floculantes du moringa ; cela pourra faciliter son utilisation dans les usines de traitement des eaux mais aussi pour l’aquaculture des algues. La production et l’utilisation du floculant du mvoungué dans les conditions économiques réelles est en voie d’expérimentation.
L’huile extraite des graines du moringa sert à la fois d’ huile alimentaire et de matière première intéressante pour l’industrie cosmétique.
Les tourteaux issus de l’extraction de l’huile conservent leurs propriétés floculantes.
Les fruits du moringa.
Plante vivrière, les fruits du moringa sont consommées comme légumes et exportés en conserve.
Les racines du moringa sont utilisées comme condiments alimentaires.
L’intérêt grandissant suscité par le moringa se traduit ainsi à travers le développement des produits issus des industries agroalimentaires, cosmétiques et pharmaceutiques : des huiles de massage, des compléments alimentaires (en gélules), des médicaments pour les articulations, des stimulants pour le système immunitaire, des produits sources d’énergie et d’endurance, des produits pour l’élimination des toxines, des produits vétérinaires...
D’autres applications potentielles du moringa existent pour l’alimentation animale et pour l’agriculture, des produits sous forme d’engrais vert.
Cependant, en dépit de cet engouement pour les produits du moringa, ceux-ci ne se vendent pour le moment que sur l’internet, aucun produit n’ayant encore obtenu l’autorisation de mise en marché sur le territoire européen et américain. Mais les choses bougent ; la sensibilisation, la mobilisation et l’organisation avancent ; l’intérêt pour le moringa fait des pas de géant...
Un séminaire international sur le moringa a été organisé à ACCRA au GHANA en 2006 ; des participants originaires de 21 pays y ont pris part à côté des représentants des sociétés privées, des chercheurs en agronomie et nutrition, d’ONG et d’organisations paysannes. Cet atelier financé par des bailleurs de fonds internationaux avait pour objectif : de lever les principaux obstacles (en termes de production, de transformation et de réglementation) qui entravent encore le développement des produits dérivés des feuilles de moringa sur le marché régional et international.
Je voudrais aussi signaler un exemple significatif qui se produit à côté de chez nous et qui fait le bonheur de bon nombre des paysans et contribue à faire reculer la pauvreté.
Depuis 10 ans, des investisseurs français et suisses ont crée une société dénommée OPTMA ENVIRONMENT immatriculée en Suisse et une filiale OPTIMA OF AFRICA en Tanzanie . Cette société fait un travail remarquable dans la promotion des produits et les dérivés de l’essence moringa olifeira. En Tanzanie Optima assure tout : elle encourage la culture du moringa , forme et encadre les paysans, leur achète leurs productions leur garantissant ainsi des revenus et continue la recherche tout en diversifiant les produits...
Un petit voyage d’études comprenant des autorités politiques, de techniciens et de paysans ou de représentant d’organisation paysanne comoriens auprès d’OPTIMA en Tanzanie ne serait-il pas une bonne opportunité pour s’imprégner de visu de l’expérience tanzanienne, des techniques culturales, des technologies de transformation et des questions de commercialisation des produits du mvoungué ? Cela ne serait-il pas plus convaincant, plus parlant ?
En fait tous nos voisins de Madagascar, de Kenya, de Mozambique, de Zimbabwe, de Rwanda, etc. se sont lancés dans la culture du moringa pour ses mille vertus. A travers les tropiques certains le connaissent depuis la nuit des temps, d’autres le découvrent et tous lui portent un intérêt immense et l’Europe s’y met aussi : des expérimentations sont en cours au sud de la France. La vente de compléments alimentaires explose tout comme l’essence du moringa.
Mais que dire en termes de conditions de culture ?
Le moringa peut se trouver dans des zones très arides mais il aime également les climats semi-tropicaux humides. Lorsqu’on le coupe ou que les jeunes pousses sont brûlées par le soleil, il pousse avec les premières pluies. Il peut se planter par semi, en repiquage ou en plein champs ou par bouture. On peut le cultiver de façon extensive pour une production de graines (semences ou production d’huile) ou de façon intensive irriguée pour une production optimale des feuilles avec une récolte toutes les 6 semaines. C’est un arbre à croissance rapide, jusqu’à un mètre par mois.
Ces quelques informations sur les divers produits du moringa glanées sur internet nous donnent un avant goût des promesses attendues sur la recherche, la culture et l’exploitation du moringa. Cet arbre pousse facilement sur nos terres même sur certains sols arides. Notre population sur l’ensemble de l’Archipel la consomme. Ce sont là autant des prédispositions favorables à son expansion.
Faut-il encore que les techniciens et chercheurs comoriens ( ?) s’en saisissent, s’impliquent dans la dynamique de recherche et d’exploitation en cours en Afrique et dans le monde pour que les Comores au même titre que les autres pays tirent les mêmes avantages résultant de la culture, de l’exploitation du moringa et de la commercialisation de ses produits.
Sources : www.moringanews.org