La communauté comorienne a répondu massivement à l’appel des associations comoriennes de la Société Civile (1) pour rendre un ultime hommage à feu Salim Abdérémane, ce 25 décembre 2007, dans la salle Jacques Décour de Nanterre.
Sa mort prématurée est survenue le 13 décembre dernier, alors que son fils aîné, venu lui rendre visite, était dans l’avion qui le ramenait au Canada, où il poursuit ses études. Son corps a été inhumé ce 22 décembre, à Wani (Ndzuani), sa ville natale.
Depuis sa disparition, la communauté comorienne a eu de nombreuses occasions de lui adresser ses prières : dans les mosquées en France et aux Comores, à la sortie du corps de la clinique d’Aubervilliers, à l’aéroport de Hahaya - Moroni où une délégation nationale n’a pas manqué de lui témoigner toute sa reconnaissance.
La journée d’hommage de Nanterre a commencé par la traditionnelle lecture du YACIN, dans un recueillement solennel du public à la mémoire du défunt. Puis ont succédé de nombreux témoignages de proches, de toutes générations, après le discours d’oraison funèbre.
De nombreuses personnalités avaient pris part à ce rassemblement, pour adresser leurs sincères condoléances à Bouroukat, la femme de Salim, à leurs deux enfants, Hakim et Faîd, et à tous leurs proches.
Nombreux ont été les messages lus au public, venant de plusieurs villes de France, des Comores, des Etats-Unis, de Nouvelle - Calédonie, ... Messages qui s’ajoutent à ceux, non moins nombreux, qui continuent à être envoyés sur des sites Internet comoriens.
Beaucoup d’intervenants ont apporté des éclairages sur les qualités de l’homme : une grande générosité, un sens aigu de l’abnégation et d’intégrité. Mais aussi, une passion
communicative pour la vie, caractérisée par son légendaire éclat de rires, et surtout, une sincérité et une loyauté profonde dans tous ses engagements.
L’homme qui vient de nous quitter prématurément, a été un athlète accompli qui mettait un point d’honneur à vivre sainement dans tous les sens du terme. Plusieurs facettes de ses talents sportifs ont été rappelés avec force émotion : son rôle moteur dans le football, au sein de son équipe Zabibou (de Wani) qui a mené la vie dure à celle des Shiraziens (de Mutsamudu) ; ses talents de défenseur libéro au sein de l’équipe Volcan (aux côtés de stars locales comme Zaîdou et Bwacho), qui lui ont valu le surnom évocateur de Fundi (le « maestro du ballon rond »).
En île de France, on se rappellera toujours de « l’homme au vélo » qui n’hésitait pas à enfourcher sa bécane pour honorer qui un rendez-vous humanitaire, qui une activité
associative, qui une manifestation politique. Il sillonnait la région à vélo en toutes saisons...
Quant aux éclairages sur la vie militante de Salim, ils ont porté sur toutes les étapes de sa vie, montrant combien cet homme engagé a su être de tous les combats dans les débats d’idées pour la liberté, l’entente et la tolérance depuis sa tendre enfance.
Salim a livré ses premiers combats au collège de Mutsamudu, à la fin des années ’60, en participant à des actions revendicatives, bravant la répression brutale du système colonial de cette époque. C’est en héritier du 14 mars 1968 (évènement phare de la lutte des jeunes indépendantistes comoriens) qu’il a apporté son dynamisme et sa clairvoyance aux lycéens grévistes qui, renvoyés chez eux, ont tenu des réunions clandestines en contrebas des falaises le long de la route de Wani.
Il s’est illustré au début des années ’70, en intégrant le lycée Saïd Mohamed Cheikh de Moroni après le BEPC (seul lycée d’état berceau d’une grande partie de l’élite nationale). Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a tout de suite été en phase avec les pensées revendicatives et libertaires et démocratiques de la jeunesse comorienne de cette époque.
Nous savons combien l’engagement de cette jeunesse indépendantiste a pesé sur l’éveil patriotique à l’aune de l’accession à l’indépendance des Comores.
Après le bac, au milieu des années ’70, Salim a rejoint l’Association des Stagiaires et Etudiants Comoriens (ASEC) en France, dont il a été le dernier président en exercice. Nous savons combien ce mouvement syndicaliste a contribué à la formation politique de plusieurs générations d’intellectuels comoriens, et combien il a constitué un creuset pour les luttes de libération des Comores dans un cadre internationaliste.
C’est au nom de la défense des intérêts matériels et moraux des étudiants comoriens, que Salim s’est fait le chef d’escouade de l’occupation de l’Ambassade des Comores en France, suite au décès dans un grand dénuement de Abdoulwahab, un étudiant comorien en Somalie, à force d’attendre en vain, comme d’ailleurs tous les étudiants comoriens à l’étranger, le versement de sa bourse. Avec sa détermination habituelle, il a su neutraliser physiquement la Garde Présidentielle (GP), permettant au mouvement de mener pacifiquement des négociations avec le président Ahmed Abdallah, et d’obtenir gain de cause par le paiement des six mois d’arriérés de bourse à tous les étudiants à l’étranger.
Au sein de l’ASEC, Salim a été de ceux qui ont contribué au lancement de l’Association des Travailleurs Comoriens (ATC), premier syndicat dirigé par et pour les travailleurs
comoriens en France. Les travailleurs qui l’ont connu à travers cette « expérience d’intégration aux masses laborieuses » ont gardé une profonde estime à son égard, pour son dévouement à la cause des travailleurs.
Au début des années ’80, Salim adhère au parti Front Démocratique (FD) pour continuer sa lutte contre le mercenariat et pour la souveraineté et la réunification des Comores.
Il s’est par ailleurs beaucoup investi dans les années ’90, dans des nouvelles formes de luttes développées au sein d’association de la Société Civile en reniant en rien à ses
récurrentes convictions.
Sur le front humanitaire, il a participé activement aux opérations de lutte contre le choléra qui a sévi à Ngazidja (1995) puis à Ndzuani (1998).
Sans oublier qu’il a été en 2002, un des membres fondateurs du « Comité de Défense des Victimes, des Meurtres, Tortures et Exactions aux Comores ». Sa disponibilité, sa
gentillesse et ses largesses on ému une des animatrices de ce Comité, qui a tenu ce 25 décembre à lui rendre hommage, en précisant que « Salim à l’occasion d’une soirée de
bienfaisance a mis à contribution non seulement les femmes de sa commune d’Argenteuil, mais aussi et surtout ses enfants qui se sont dépensés sans compter ».
Sur le front de la défense de l’unité nationale, il a d’abord pris part aux activités de « Fraternité Anjouanaise » devenue plutard « Fraternité Comorienne » (FC) qui a été pendant plusieurs années le pôle anti-séparatiste de la Diaspora Comorienne.
En 2000, il a été cofondateur du Groupe de Réflexion pour l’Intégrité Territoriale des Comores (GRITAC), au sein duquel il a développé la réflexion politique avec de grandes figures politiques comoriennes, africaines, antillaises, calédoniennes. En ce jour mémorable, Rock Wamytan, un ami des Comores, (un responsable du FLNKS et signataire avec Djibaou des accords de Matignon et de Nouméa pour une Nouvelle Calédonie libre et indépendante), a adressé ses condoléances à ses camarades et à sa famille).
En 2005, il a fait partie de la coordination provisoire du Collectif Comores Masiwa Mané (CCMM), se faisant le champion des actions concrètes telles que lesmanifestations de rue dont il a su prendre en charge tous les aspects organisationnels, logistiques, matériels et financiers. Banderoles, pancartes et autres plaquettes, qui sont encore de mises aujourd’hui, sont le fruit de sa forte implication dans les réalisations concrètes.
Enfin, depuis 2006, il a été l’un des piliers du Collectif des Associations et Amis des Comores (CAAC), tremplin qui lui a permis de faire connaître la cause comorienne à de
multiples organisations et personnalités politiques à l’échelle internationale. Il s’y est investi sans compter, sur tous les fronts de la lutte : mobilisation des politiques mais aussi des plus jeunes comoriens, sensibilisation de dizaines d’organisations politiques ou altermondialistes, participation aux activités des réseaux de l’Anticoloniale, du Forum Associatif Citoyen ou de la Plateforme Panafricaine...
Le bilan et les perspectives de son engagement, de ces deux dernières années, à peine esquissés, feront l’objet de réunions de travail à venir, afin de poursuivre son œuvre et d’entretenir la flamme. Car c’est le meilleur hommage que la communauté des défenseurs de la liberté, de la souveraineté et de la tolérance puisse lui rendre.
La lutte pour la défense de l’Unité et de l’Intégrité et de la souveraineté des Comores, doit beaucoup aux débats d’idées, à la force de conviction et à la détermination de militants sincères du gabarit de Salim.
Pour tous ses compagnons de route, pour tous les combattants de la liberté, l’Homme à qui nous rendons hommage aujourd’hui nous a laissé un message de combat dans la fraternité.
Le message d’un fils digne de son Peuple.
Mwinyi yezi mungu namlaze vahanu vema ya msamihi.
Nanterre, ce 25 décembre 2007.
(1) Ont appelé à cette journée d’hommage : DIASCOM, CAAC, CCMM, GRITAC, SOS-DEMOCRATIE.