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Chez moi, la France ?   
 (par Kalaifa SAID) : 30 - 01 - 2005
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Nous sommes en 1977, la communauté est dispersée ; les cris et le désespoir qui se lisent sur les visages font comprendre de la gravité de la situation. Certains ne comprenaient pas, d’autres se disaient que ce n’était qu’une question de temps. Mais au fur et à mesure que le sablier du temps s’écoulait au rythme des journées de plus en plus longues, les comoriens de Madagascar réalisaient qu’un basculement de leurs destinée était inévitable. Cette histoire est connue de tous les comoriens comme un conte pour enfant. Un conte qui en fait est un cauchemar qui rode toujours dans l’esprit de nos parents. Celui de la catastrophe de Majunga, bref de Madagascar ou Bouchini selon la langue. L’exode de dizaine de milliers de Comoriens qui quittent Madagascar après de terribles événements, où des centaines de compatriotes sont massacrés par des Malgaches.

Les Comoriens de Madagascar n’auraient jamais pensé qu’un jour, ils seraient chassés d’une île où ils vivaient paisiblement depuis des générations et où la plupart étaient nés.

Les générations de Comoriens qui ont connu ce drame où vécu ses conséquences sont marquées à jamais. Ils ne se sentent chez eux qu’aux Comores et encore dans leurs villages. Qu’il vive en France, en Afrique ou en Arabie, le Comorien de cette génération ne se sent « pas chez soi ». C’est ce que j’appel la notion du « pas chez soi ».

Les parents disent toujours à leurs enfants que « le chez soi » est au village.

Aujourd’hui la notion de « pas chez soi » montre ces limites : En France, la deuxième génération ne se reconnaît plus dans ces valeurs. Serait-ce la faute des parents ou à cause d’un pays où la liberté et l’égalité influencent la vie en communauté ? Est ce le brassage multiculturel qui contribue à rapprocher les individus entre eux et à faire oublier les origines ?

Les parents ne perdent pas de vue cette notion mais ils participent inconsciemment à sa perte. A la maison les parents ne parlent plus comorien à leurs enfants, ils privilégient le français. L’abandon de notre langue contribue à un désintéressement net de l’histoire de notre pays. Certaines personnes pensent que l’usage de la langue française à la maison facilite l’intégration des enfants dans la société. J’ai un avis assez partagé sur le sujet : les asiatiques, dans la majorité, ne parlent pas français à leurs enfants pourtant ces derniers s’intègrent bien dans la société française. La plupart des enfants comoriens ne connaissent que la France, ou alors de leurs pays d’origine leur village. Il faut parler de l’histoire de notre pays aux enfants afin qu’ils sachent leurs origines et cela se fait mieux avec la contribution de notre langue.

L’enfant comorien s’y perd dans la notion de « pas chez soi »par le fait que la France n’est pas Madagascar, que l’état français lui présente « un modèle démocratique » dans lequel la liberté et l’égalité sont présentes au premier plan. Cette attitude se comprend car le jeune comorien entend « liberté et égalité » toute au long de sa scolarité et pendant sa vie de citoyen. Ainsi ces notions de « liberté et égalité » enlèvent toute crainte de bouleversement, l’enfant comorien se dit intégré dans la société et que la France c’est chez lui ; les Comores arrivent au second rang.

Le pluralisme ethnique favorise cette vision. Faire cohabitr plusieurs personnes différentes par la culture, le langage, la religion contribue entre autre à une ouverture d’esprit où la mère patrie est oublié au profit du pays d’adoption.

Pourtant quelque fois, le jeune comorien est rattrapé par ces origines. Cette situation embrassante pour tout français « d’origine étrangère » se manifeste en maintes occasions.

La montée du Front national, les actes racistes ou la discrimination au travail ramènent le comorien à la réalité. Il prend conscience que malgré ses efforts d’intégration, il ne sera jamais chez lui. A ces moments là des souvenirs profonds remontent à la surface.

La France ne l’accepte que comme "un Français originaire de.."

Kalaifa Said

 

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