Arrivé en France en 1950, ancien combattant de la guerre d’Indochine, son père, plus connu sous le pseudonyme de « Mr Saint Juste », a fait partie des premiers
navigateurs comoriens à s’être installé dans la cité phocéenne. En 1951 avec l’arrivée de sa mère, ils fondent le premier regroupement familial comorien à Marseille.
Ancien handballeur de haut niveau, juriste de formation et professeur de droit, Jean Christophe Daoudou, est loin des clichés de l’immigré avec sa valise
dans la tête ; il ne veut pas être « le bon exemple de l’immigration » ou le français issu de l’immigration, il est lui même, citoyen du monde comme il aime se définir ;
avec ses valeurs, ses idées et ses convictions. Ne se contentant pas de remarques vives et avisées, c’est à travers la littérature, sous une plume poétique, qu’il suggère,
propose et interroge notre esprit critique ainsi que notre humanité. Rencontre avec un personnage passionnant.
Jean-Christophe Daoudou
Votre nom n’est pas inconnu de la communauté
comorienne de Marseille, parlez-nous
de votre famille ?
D’abord, mon père était un homme qui avait un grand rayonnement dans la communauté comorienne et qui savait se faire aimer de ses proches. De part son travail, il a toujours su garder un lien très fort avec son identité
et ses origines. Très impliqué dans la vie communautaire, paradoxalement mes soeurs, frères et moi le voyions que très peu. Ma mère est la première comorienne à avoir découvert Marseille et la France. Avec l’absence
de mon père, elle a eu un rôle prépondérant dans notre éducation assurant admirablement à la fois son rôle de mère mais aussi de père de famille pendant les longs mois d’absence de mon père.
Est- ce un poids et une pression supplémentaire que de porter ce nom à Marseille quand on sait ce qu’il représente pour la notabilité comorienne la cité phocéenne ?
Je sais que je suis issue d’une famille qui a une place importante dans l’histoire de l’immigration comorienne, surtout par le rôle que tenait mon père. Et même si je n’ai pas une grande implication, je garde toujours un œil attentif à mes origines. Je sais par exemple que dans sa majorité, la communauté souffre des conditions sociales difficiles. Mais récemment, j’ai découvert un autre volet de la communauté, jeune et imaginatif. Celle
incarné par Comores Mag et sa génération. C’est bien, et il faut continuer à aller dans ce sens pour créer une émulation positive.
Quelle différence y a-t-il aujourd’hui entre les nouveaux arrivants comoriens et la génération des années 50-60 ?
Contrairement aux premiers arrivés comme mon père, qui pouvaient trouver une situation professionnelle dans des conditions plus faciles, ceux qui arrivent aujourd’hui éprouvent d’énormes difficultés à trouver une situation stable ce qui engendre des conditions de vie plus difficiles. Mais ce n’est pas un problème qui touche que les Comoriens, de manière générale l’ascenseur social dans notre pays est en panne.
Homme de conviction, vous avez choisi l’expression littéraire et particulièrement la poésie. Pourquoi ?
Tout d’abord c’est celle avec laquelle j’ai le plus de facilité à écrire. La poésie ça me parle et c’est un moyen qui parle profondément aux gens. C’est un art important, chaque poème traduit un état, une idée et un personnage
où chacun peut s’y retrouver. La poésie c’est un langage qui parle à tout le
monde et je veux parler à tout le monde. Je veux transmettre et émouvoir. Un langage qui a plus de dimension que le langage lexical.
Parlez-nous de votre deuxième livre, la Dernière Raison*.
La dernière Raison, c’est un recueil social, où j’ai balayé la société française voir au-delà. Je me suis focalisé sur des thèmes qui me tiennent à coeur et qui sont que très rarement évoqués. C’est aussi un combat. Ce sont des
idées, des convictions que je fais revivre à travers la poésie.
Quelle différence avec le premier, Bouts d’aile** ?
Tout d’abord, dix ans se sont écoulés entre ces deux oeuvres. Et forcément mon écriture s’est enrichie. Je me suis nourri de cette première expérience pour connaître le milieu de la littérature. Ce n’est pas évident de trouver un éditeur prêt à faire confiance à un jeune écrivain qui débute. Ensuite, Bouts d’aile fut plus lyrique plus imaginaire un peu social même.
Que signifie pour vous, ce titre percutant et ce poing rageur de la page de couverture ?
Le titre, très polysémique, signifie entre autre qu’il nous reste d’abord très peu de raison. Que tout est devenu consensuel et conformiste par l’emprise des médias, des super puissances et de tout ce qui nous entoure. Et malgré tout, il y a toujours une critique constructive. Par ce titre, j’ai voulu faire sortir ce qu’il y a en nous et qu’il nous est parfois difficile de sortir. J’ai aussi voulu désapprendre et faire sortir mes caractéristiques un peu marginales de citoyen qui peut avoir des divergences avec sa propre société. C’est tout
cela que je veux faire transparaître dans mes oeuvres.
Des regrets ?
Jamais c’est une philosophie... .
Propos recueillis par Ben Amir SAADI
* La dernière Raison, poèmes, de JeanChristophe DAOUDOU aux Editions S.d.E (Société des Ecrivains) 2003 16 euros Disponible en librairie et à Comores Mag
** Bouts D’aile, poèmes, de JCD aux Editions
Hubert Laporte 1994