Le taxi négocie la dernière courbe avant le portail, à peine 100 m plus loin.
Elle sent monter la coutumière légère angoisse qui disparaît après une demi heure de cours. Elle aime son travail ; déjà 4 mois d’ancienneté ! Pour pouvoir entretenir ses 8 soeurs et frères cadets, elle a choisi une formation courte. Elle fait partie de la minorité d’instituteurs qualifiés, formés en 2 ans d’études à l’ IFERE (Institut de Formation à l’ Enseignement et à la Recherche en Éducation).
Elle entre dans la classe ; les enfants se lèvent sans interrompre leur bavardage. Dans cette classe de CM1, la moyenne d’âge est de 14 ans, le plus âgé a 17 ans. Des élèves dépassent la maîtresse d’une tête et en corpulence. A 27 ans, l’air d’une adolescente, personne ne la remarquerait parmi les grandes filles. L’effectif compte 16 garçons et 21 filles. Assise sur l’estrade, elle note d’un coup d’oeil 4 absences. C’est la moyenne. Le cahier de présence a disparu des écoles publiques. L’école primaire dite d’application de Moroni, jadis école phare de la Grande-Comore, reçoit des enfants de familles pauvres incapables de payer les frais des écoles privées. Des écoliers viennent sans cahier ni manuels.
Le 28 juillet ce sera les vacances. Elle se demande si, l’année prochaine, elle pourra continuer à s’endetter pour payer le transport quotidien et s’équiper en fournitures. Bientôt 5 mois d’enseignement sans salaire - 90 000 KMF (€ 185) par mois pendant les 2 ans de stage. Peut être qu’à la fin du ramadan l’Union et l’Ile de Ngazidja s’arrangeront pour payer une partie des arriérés.
Ce matin en quittant son domicile, une de ses soeurs, refusant d’aller à l’école, lui a dit ce qu’elle entend quotidiennement en classe comme justification de la plupart des absences et de l’inattention des élèves : ngamina ndzaya, j’ai faim. Elle aussi, mais elle a rêvé de ce travail.
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