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:: Paroles de femmes ::
Les conditions de la Femme aux Comores - Santé   
 (par Sheherazade) : 1er - 07 - 2007
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La dégradation des structures sanitaires publiques dont l’hôpital El-Marouf et le paiement des soins (actes médicaux, instruments et échantillons médicaux) ont entraîné une détérioration générale de la santé de la population. Et les femmes sont les plus touchées.

Accouchement et Grossesse

Les femmes en âge de procréer représentent 23 % de la population. Le taux de fécondité est évalué à 5,3 enfants par femme en 2003. Le drame des Comoriennes est la mortalité liée à la maternité pendant la gestation et après l’accouchement.

Traditionnellement, les Comoriennes accouchaient chez elles, aidées par des matrones qui n’ont aucune connaissance médicale et aucune notion d’hygiène ni de prophylaxie. Elles se rendent dans un centre de santé ou dans un hôpital en cas de complications si elles le peuvent. Mais ce choix de lieu d’accouchement des femmes est motivé par le manque de moyen : pour se rendre dans un centre sanitaire, il faut compter les frais de transport, les frais liés à l’acte médical [1], les frais d’hospitalisation et tous les frais annexes de santé (médicaments et autres). En 2002, on évaluait à environ 30 % de femmes qui continuent à accoucher chez elles.

Selon le rapport de 2005 sur « les Objectifs millénaires de développement », le taux de mortalité liée à la maternité est évaluée à 381 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2003 contre 517 décès en 1991. Le taux a effectivement diminué mais il est trop élevé, quatre fois plus que le seuil défini par la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) qui est de 100 décès pour 100 000 naissances vivantes. Le risque de décès lors d’un accouchement assisté médicalement est sensiblement plus faible : le taux de mortalité maternelle en 2003, est évalué à 226 décès pour 100 000 naissances dans un hôpital. En 2004, on évaluait à 72,7 %, les femmes se rendant à une consultation prénatale.

Afin de limiter ces drames, des campagnes de sensibilisation sont menées par le Réseau National de Femmes et Développement dans les villages. De plus, en 2005, les autorités de l’Union des Comores en collaboration avec des organismes internationaux ont élaboré une feuille de route pour la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. L’objectif est d’améliorer la qualités des soins, d’augmenter le personnel de santé qualifié afin d’assister les femmes enceintes, avant, pendant et après l’accouchement renforcer et équiper les structures sanitaires. A l’heure actuelle, cette feuille de route n’est pas encore appliquée. En attendant, l’application de ces engagements par l’état, les villageois peuvent prendre le relais. Ils le font déjà pour des constructions de mosquées ou autres infrastructures nécessaires à leur village. Donc les actions à mener seraient de construire des dispensaires, de former les sages-femmes et de rendre accessible financièrement les soins de santé aux femmes. Pour ce dernier cas, il existe les mutuelles de santé et de la sécurité sociale villageoise chapotée par Zahara Toyb, coordinatrice de l’ONG française Centre international de développement et de recherche (CIDR). Le principe est de faire cotiser les villages ainsi les soins médicaux de leurs habitants seront pris en charge. Mais ce type de cotisation n’est pas encore entré dans les mœurs. Ce système existe dans certaines localités de la Grande Comore et des tests sont effectués à Anjouan et à Moheli.

Les avortements

L’avortement est interdit aux Comores.

Mais cela n’empêche que des avortements clandestins sont pratiqués au sein du pays. Et ils concernent toutes les catégories de femmes : de la plus jeune à la plus âgée, de la célibataire à la mariée. Les raisons sont diverses :  - celles qui veulent éviter une grossesse hors mariage  - celles qui ne peuvent assumer l’arrivée d’un autre enfant dans une famille nombreuse
 - celles qui viennent d’accoucher et qui se retrouvent tout de suite enceintes, etc....

Et les moyens utilisés pour avorter sont diverses (plantes traditionnelles, médecine traditionnelle, sorcellerie) et dangereuses pour la santé des femmes. Certaines jeunes femmes inconscientes se croyant enceintes ou certaines de l’être ingurgitent des comprimés ou autres choses ; elles s’introduisent des objets espérant mourir le fœtus. Et certaines sont persuadées que leurs méthodes fonctionnent car elles saignent après ; alors que ce n’était juste qu’un retard de règles. Elles accroissent ainsi un comportement sexuel à risque en pensant qu’elles ont trouvé la panacée contre la grossesse. Or aucune de ces méthodes n’est fiable hormis la contraception. Cette dernière méthode est prônée par les centres de planning familiale aux Comores mais elle rencontre certaines difficultés auprès de la population et auprès des religieux. La contraception souffre d’une mauvaise réputation, véhiculée par les religieux : elle est considérée comme un obstacle à la famille et interdite dans la religion musulmane. Or ce n’est pas le cas. Dans l’islam et dans le Coran, la contraception n’est pas évoquée. Dans le Coran, les couples sont encouragés à assouvir leurs plaisirs sexuels. De plus, il est également conseillé à la femme d’espacer ses accouchements afin que son corps (ses organes) puissent reprendre l’état normal d’avant la grossesse. Et ce discours est relayé par les médecins. Le seul moyen pour que les femmes puissent accomplir plus sereinement leur devoir conjugale et respecter le temps d’espacement entre les grossesses, est d’utiliser un moyen de contraception.
Ainsi la sensibilisation sur les dangers des avortements pourrait s’appuyer sur ce type de message :

  • sensibiliser le corps religieux sur les dangers des avortements pratiqués par les femmes et sur la contraception (les avantages) et sa compatibilité avec la religion.
  • Informer les femmes sur les dangers physiques et psychologiques de l’avortement.
    Enseigner le processus de la fécondation et démystifier les moyens de contraception, expliquer leurs effets sur l’ovulation.
    Pour l’instant, la contraception est conseillée uniquement aux femmes mariées.
  • Pour les autres femmes qui n’entrent pas dans le cadre du mariage, le seul moyen qu’on pourrait leur proposer est l’abstinence ou l’utilisation d’un préservatif (ce dernier est évoqué au volet ci-dessous)

Les infections sexuellement transmissibles dont le virus HIV

Le virus HIV existe aux Comores et se propage progressivement. Une enquête effectuée en 2003 par une institution canadienne a évalué à 130, le nombre de personnes séropositives dans l’Union des Comores ; ce qui donne une prévalence nationale d’environ 0,025 %. Et les préjugés à l’égard de cette infection et des personnes atteintes, rendent difficiles non seulement l’évaluation du nombre de malades donc leur prise en charge en matière de soins et la limitation de la propagation de la maladie. Certaines personnes infectées n’en ont pas conscience.
En 2005, 32 décès dus au Sida ont été enregistrés depuis mars 1988, date de dépistage du premier cas d’après le ministre de la santé de l’époque Caabi Elyachroutu.

Dans la tranche des 20 à 34 ans, l’infection progresse trois fois plus chez les femmes que chez les hommes (source d’un article paru dans témoignages).

Pour se faire dépister, il existait un seul centre à Moroni pour les Comores en 2005. Cinq autres centres dont un pour chaque île, ont été prévus en 2006. Mais le geste de dépistage n’est pas automatique par simple peur des résultats, de la maladie et du qu’en-dira-t-on. Par contre, le test est systématique chez les personnes souffrant de tuberculose et dans le cadre des transfusions sanguines.
Pour les femmes enceintes [2], ce n’est pas une obligation mais les responsables médicaux tentent de le faire accepter auprès d’elles. M. Youssouf le coordinateur du Programme de Lutte contre le Sida, indiquait que le taux de prévalence chez les femmes enceintes est passé de 0,01% à 0,07% entre 1996 et 2000.
Actuellement, les malades ayant besoin de soins médicaux sont transférés dans des centres à l’étranger [3].

Le seul moyen efficace de se protéger contre ce virus et des autres IST -accessible financièrement aux Comores-, reste le préservatif masculin. Or l’utilisation des préservatifs est loin d’être généralisée et ils ne sont pas toujours disponibles dans l’arrière pays.
De plus dans un pays musulman, où la sexualité est taboue, la divulgation du préservatif n’est pas aisée. Fort heureusement, un accord a été conclu entre le Muftorat et le coordinateur du Programme de Lutte contre le Sida : ce dernier prône l’abstinence et la fidélité dans les messages de sensibilisation et le premier s’abstient de tous messages négatifs sur le préservatif mais ne s’oppose pas non plus à son utilisation si les deux valeurs citées précédemment ne sont pas respectées.

Les campagnes de sensibilisation menées aux Comores visent les jeunes par le biais de l’enseignement et par voie d’affichage. Le message est le même quels que soient les moyens d’expression d’information : exemple de message qu’on pouvait lire dans les écoles comoriennes le 1er décembre 2004 : « A l’ère du SIDA, ne pas avoir de rapports sexuels avant le mariage est la preuve que l’on se respecte et que l’on respecte nos traditions, nos coutumes et notre religion ... Sinon, l’utilisation de la capote dans les rapports est un moyen efficace pour se protéger ».

Mais cette campagne de sensibilisation n’est pas suffisante surtout auprès des femmes (et jeunes femmes) car elles se retrouvent démunies face à cette maladie. En définitive il revient à l’homme de mettre ou non un préservatif .
Une initiation spécifique aux femmes devrait être élaborée et adressée spécifiquement à la gente féminine sur les possibilités qu’elles ont de se protéger.
Certaines Comoriennes ont pleins d’idées reçues :
 - une tendance à croire qu’à partir du moment où elles ont un comportement sexuel sans risque, elles sont immunisées (vierges jusqu’au mariage et relations sexuelles monogames qu’avec leur mari). Effectivement, la chasteté protège des infections sexuellement transmissibles. Mais à partir du moment, où elles sont mariées et ont une activité sexuelle, elles peuvent être infectées par leur conjoint.
 - une tendance fait croire également que si une personne est bien portante extérieurement, elle n’est pas porteuse du virus HIV. Et ainsi elles peuvent accepter le choix du garçon qui ne veut porter de préservatif lors du rapport sexuel.
Ce qu’on omet également de rappeler, est que les femmes prennent également le risque de tomber enceinte faute d’adopter cette forme de contraception.
Donc ce qui serait intéressant dans les campagnes de sensibilisation est de combiner les deux risques : le virus HIV et une grossesse non voulue tout en reprenant le message précédent.
« Ne pas avoir de rapports sexuels avant le mariage est la preuve que l’on se respecte et que l’on respecte nos traditions, nos coutumes et notre religion ... Sinon, l’utilisation de la capote dans les rapports est un moyen efficace pour se protéger et de se protéger également d’une grossesse hors mariage ».
Ainsi, elles sont doublement responsabilisées et pourront mieux imposer à leur partenaire l’utilisation du préservatif en évoquant les deux causes contre lesquelles elle veut se protéger : les IST et une grossesse non voulue.
Il serait souhaitable d’insister lors des campagnes de sensibilisation ou lors des ateliers avec des femmes, que si l’homme ne veut pas utiliser de préservatif, il est évident qu’il ne les respecte pas et elles doivent alors cesser la relation.

Et les femmes mariées ou en passe de l’être ?
Comment doivent-elles se protéger de leurs maris qui ont un comportement infidèle ce qui induit un comportement à risque ?
Comment peuvent-elles se protéger de leurs futurs maris qui sont peut-être infectés par le virus HIV ?

  • Proposer le test de dépistage du virus HIV. C’est envisageable mais est ce possible ?
    Cela signifie que les femmes ont une connaissance sur le virus HIV et l’existence d’un centre de dépistage. Et cela implique également que la femme ose le demander à son futur mari.
    Déjà, dans les pays occidentaux où en général les partenaires se choisissent, le test de dépistage est parfois ressenti comme un manque de confiance. Imaginez un peu la réaction de ces hommes ; ils se sentiront insultés et seraient capable d’annuler le mariage. Donc, les femmes en sont réduites à se soumettre aux hommes au risque de mettre leur vie en danger.
    L’idéal serait d’effectuer le test HIV comme un examen prénuptial avant le mariage et que chaque conjoint connaisse les résultats de l’autre. Mais comment rendre ce système possible sans empiéter sur les droits de l’Homme. De plus dans un pays où deux personnes qui se marient, cela signifie le mariage de leur famille respective, comment les résultats médicaux peuvent être confidentiels ? Il y a un risque que le test et les résultats deviennent un facteur discriminant au mariage.
  • Proposer le préservatif. C’est également envisageable mais est ce possible ? Cela implique que les femmes sont au fait des moyens de protection et qu’elles peuvent y avoir accès librement. Ce qui n’est pas le cas.
    Je me souviens d’une tante, instruite, travaillant aux Comores, qui a été offusquée de se voir offrir un préservatif dans le cadre d’une sensibilisation où une distribution de préservatifs avait lieu. Elle était une femme mariée fidèle et considérait qu’elle en avait pas besoin.
    Cela implique également la coopération des hommes. Et même si l’homme coopérait, ce système n’est pas possible à long terme ou régulièrement, car la motivation de l’homme dans le mariage est d’avoir des enfants.

Dans tous les cas, la difficulté des femmes à se protéger contre le virus HIV soulève la problématique de la protection des enfants. En effet, le virus HIV peut passer d’une femme enceinte atteinte par le HIV à son enfant pendant la grossesse et l’accouchement ou après la naissance si elle allaite son bébé.
Et dans un pays où l’enfant et la famille sont les piliers de la société, la sensibilisation nationale pourrait s’appuyer sur le sort des enfants : protéger les enfants contre le virus HIV est de protéger les femmes, leurs mères.
Indirectement, la tradition en prônant la virginité de la femme jusqu’au mariage comme le symbole de l’honneur de la famille et de la société, protège les femmes des IST jusqu’à leurs mariages. De plus, dans la société comorienne, une femme volage est également mal vue. Dans ce cadre là, seul l’homme représente un danger pour la femme et les enfants car il n’a aucun frein par rapport à la société. Sensibiliser les hommes signifierait les responsabiliser.

Référence :

 - « Ombres et lumières sous la lune » Paroles de femmes

 - Rapport national de 2005 sur « les Objectifs millénaires de développement »

 - « Etre une femme aux Comores » numéro 26 (semaine du jeudi 2 février au mercredi 9 février 2006) du journal KASHKAZI

 - SIDA : propagation inquiétante aux Comores, la journée mondiale dans notre région, Publié dans l’édition du samedi 4 décembre 2004

 - Dans l’archipel, le sida demeure une maladie honteuse de Kamal’Eddine Saindou, journal KASHKAZI

 - Le sida, une réalité de plus en plus visible aux Comores, - 16 décembre 2005

Autres thèmes touchant les conditions de la femme aux Comores dans Holambe :

 - Instruction scolaire française

 - Instruction coranique

 - le travail

 - le mariage

 - Les violences sur les femmes


[1] Les frais liés à l’accouchement sont évalués entre 1500 et 5000 francs comoriens soit 3 à 10 euros mais peuvent variés en fonction du centre, de la personne.

[2] Dans le cadre d’un programme "Prévention, Transmission Mère-Enfant" (PTME) destiné à protéger les mères et les enfants du VIH, l’Unicef prévoit l’ouverture en 2006 de 4 sites pilotes dans les établissements hospitaliers des trois îles de l’Union. Ces services vont permettre le dépistage et le suivi des femmes enceintes, mais également leur prise en charge en cas de séropositivité jusqu’à l’accouchement et même après. journal KASHKAZI dans_l_archipel__le_sida_demeure_une_maladie_honteuse

[3] Faute de spécialiste, "il fallait créer d’abord les conditions par la formation de médecins référents dans chaque île, l’établissement d’un guide sur la prise en charge. Ces conditions réunies, nous pourrons traiter les malades dans nos établissements dès les semaines à venir. Nous n’attendons que les médicaments", affirme Jean Youssouf

Actuellement, les malades nécessitant une prise en charge médicale sont transférés dans des centres à l’étranger grâce à un partenariat régional entre le PNLS et l’association Rives basée à la Réunion.(tirées du journal Dans l’archipel, le sida demeure une maladie honteuse de Kamal’Eddine Saindou, journal KASHKAZI dans_l_archipel__le_sida_demeure_une_maladie_honteuse)

 

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