Depuis la proclamation de l’indépendance le 6 juillet 1975, le jeune
comorien ne cesse de s’interroger sur le passé et l’avenir de son pays.
C’est parce que nous vivons au jour le jour sous l’instabilité
politique. Cela entrave tout développement économique.
Tout a commencé par la question de l’île sœur MAYOTTE annexée par
l’ancien colonisateur. Lorsque le père de la révolution comorienne, ALI
SOILIH a exposé ses inquiétudes à l’O.N.U. Le 24 juin 1976, 102 Etats
(contre 1 et 28 abstentions) ont protesté contre le référendum imposé aux
Mahorais. En effet, ils jugent que cela porte atteinte à la souveraineté
de l’Etat comorien reconnue à QUATRE ILES.
En conséquence, le révolutionnaire serait vu comme une mauvaise herbe
dans la plantation (MAYOTTE) du colonisateur. Cet adventice subira une
opération de sarclage dirigée par un mercenaire français connu sous le
nom de Bob DENARD le 13 mai 1978. Son successeur, le père de
l’indépendance AHMED ABDALLAH connaîtra le même sort le 26 novembre 1989 avec le
même sarcleur. Celui-ci, lors de son départ forcé aux Comores, pose ces
conditions : « J’exige une passation de pouvoir avec l’armée française,
je demande que l’armée française me rende les honneurs lors de mon
départ,... ». En réponse, 300 paras français ont pris la relève. Ses
exigences paraissent bien respectées par les bérets rouges, DENARD et ses
hommes n’étaient pas désarmés. Ce qui annonçait son éventuel retour aux
Comores.
Il a fallu attendre le 28 septembre 1995 pour que le redoutable DENARD
et ses acolytes réapparaissent dans sa ferme, les Comores. Le coup
d’Etat orchestré prend la forme d’un « KIDNAPPING », le président DHOHAR
est conduit à l’île Bourbon (île de la Réunion). Cette fois-ci le feu a
franchi le pare-feu, il faut à tout prix des sapeurs pompiers. Ainsi
donc, un commando de 10 000 paras français sous l’opération « AZALEE »
ont de nouveau débarqué aux COMORES le 4 octobre 1995. Le fils du Papa
s’est rendu le 5 octobre 1995. Ainsi, prend fin la république «
denarienne ».
Quant au tour du Président TAKI ABDUL KARIM en mars 1996, la tâche ne
lui a pas été facile : en début 1997, affrontement syndicaliste contre
gendarmes à Anjouan, et émeutes à Mohéli. La situation s’est aggravée
le 3 août 1997, Anjouan proclame une indépendance. L’armée fédérale est
repoussée, des civiles et des militaires ont perdu leur vie. A la suite
d’un voyage à l’étranger, le Président TAKI mourra. Son décès restera
mystérieux. En 1999 le Colonel AZALI ASSOUMANI s’empare du pouvoir avant
d’être élu démocratiquement.
Ces crises politiques se sont traduites par le passage d’une République
Fédérale Laïque et Sociale à une République Fédérale Islamique des
Comores pour aboutir enfin à l’Union de Comores avec des îles autonomes.
Jusqu’ alors les tenants du pouvoir n’ont pas pu trouver la formule
adéquate pour stabiliser les Comores et entamer un développement économique
« sérieux ».
Actuellement, ANJOUAN emboîte les pas à MAYOTTE,
heureusement l’ère coloniale a pris fin. L’île échappe au contrôle de l’Union
Comorienne. Personne ne sait ce qui se passe dans les prisons, des
exactions sont perpétrées contre des journalistes dénonçant le pouvoir
autoritaire. Reporters Sans Frontière observent la situation avec silence.
Les armes de guerre ne sont pas encore sous l’autorité du chef de l’Etat
comorien. En conséquence, cinq jours avant les élections de 10 juin,
nous avons vécu sous les tirs d’armes à l’Aéroport de Ouani aux yeux
des militaires de l’Union Africaine lors de l’arrivée du Président SAMBI
à Anjouan. Il a été obligé de faire demi-tour vers Moroni. Une
humiliation qui ne fait pas l’objet d’une condamnation de la part des
observateurs avertis.
Ce parcours tragique, depuis l’indépendance jusqu’à ce jour suscite
quelques interrogations.
&bsp ;- Pourquoi les anciennes colonies britanniques sont en avance en
matière de croissance économique alors que celles de la France vivent la
guerre civile, la rébellion, la misère,... ? Cela n’est-il pas une
justification de la migration massive vers l’Europe en général et vers MAYOTTE
en particulier pour les Comoriens ?
  ;- Pourquoi cette instabilité politique aux COMORES ? Quel lien
peut-elle avoir avec MAYOTTE ? Quelle est la position de la France ? Qui en
tire profit ?
  ;- Qui est le pyromane ? Qui est le feu ? Qui est le sapeur pompier
?...
Une chose est sûre, il n’y a pas de fumée sans feu. De toute façon le
pyromane ne peut être ni un BRITANIQUE, ni un AMERICAIN, ni un RUSSE et
ni un CHINOIS.
Si nous revenons dans le passé, l’histoire nous apprend que le peuple
comorien a été trahi et vendu par des minorités de privilégiés qui
l’avaient dominé jusqu’alors. Nombreux des aristocrates autochtones étaient
les alliés précieux de la colonisation. Ils l’ont fait pour bénéficier
des régimes fonciers en France ou pour pouvoir asseoir leurs pouvoirs
au détriment des structures traditionnelles et de leur nation.
Aujourd’hui, ces « colonisateurs autochtones » continuent à hanter nos
îles et à servir contre le peuple comorien. Ils ont exilé leur famille
vivre en toute conformité alors que le peuple vit dans la misère. Ils
servent de fer de lance pour déstabiliser le pays, torpiller la
réconciliation nationale et empêcher toute initiative du progrès économique.
Leur politique repose sur le clientélisme, le népotisme, le despotisme,
le sectarisme, le balkanisme,...Ils renforcent leur pouvoir par le biais
de l’armée et des médias qu’ils monopolisent. De cette voie, ils
parviennent à faire régner la terreur et à maintenir les régimes dictatoriaux
en place. Leurs discours démagogiques et mensongers sont bien compris
par le peuple. Malheureusement, ce dernier bâillonné ne peut rien faire
pendant que les deniers publics sont détournés par des minorités pour
être placés dans les banques du Nord. Prévoient-ils déjà leur exil ?
Les récents événements (2 mai 2007) à Anjouan illustrent là où nous
voulons en venir.
  ;- Un bon dirigeant est-il celui qui exile sa famille au-delà des
bruits des canons et qui règne par les armes dans son pays ou est-il celui
qui prône la paix tout en évitant avec justesse une confrontation
militaire qui aurait causé beaucoup de victimes parmi nos grands parents,
nos parents et nos petits frères ?
  ;- Un bon dirigeant est-il celui qui se bat pour son pouvoir ou est-il
celui qui lutte pour son peuple ?
Pour justifier leurs massacres envers l’opinion internationale,
nombreux sont ceux qui prétendent agir par « légitime défense ». On se demande
: « tuer des personnes non armées, saccager les médias et les symboles
de la nation justifient-ils ce soit disant « légitime défense » » ?
Frères COMORIENS, ouvrez les yeux et voyez ce qui s’est passé et ce qui
se passe en Afrique : génocide du Rouanda, guerres civiles en
Côte-d’Ivoire, en Somalie, rébellion au Tchad,...Ne nous laissons pas tenter par
ce jeux dangereux. Il risque de nous désunir. Seuls les commanditaires
tirent profit de ce macabre situation.
Dans nos îles, beaucoup d’entre eux font de MAYOTTE leur pièce
maîtresse, devons nous comprendre. En 1995, sans tenir compte des liens
sanguins entre nous COMORIENS, le visa qui nous est imposé conduit à la mort
par noyade de plusieurs d’entre nous voulant rejoindre nos frères à
MAYOTTE. Cela ne suscite aucun remord nulle part.
Avec toutes ces scènes horribles (massacres ; morts par noyades, par coup
d’Etat, par affrontements militaires,...), nous souffrons énormément.
C’est à travers ces souffrances, que nous lançons un cri d’alarme pour
que cela cesse et que les « colonisateurs indigènes » pensent aux
intérêts de la nation et cèdent la place à ceux qui ont l’initiative de
construire leur pays.
Nous rappelons, ensuite à nos frères qui portent l’uniforme qu’ils sont
les garants de l’unité des COMORES et que nous sommes du même sang.
Protéger votre peuple contre des dirigeants cruels et sanguinaires est
légitime. Il est de votre devoir de refuser tout ordre qui va à l’encontre
du droit de l’homme. Mes frères, comprenez que ces dictateurs finissent
toujours par céder leur trône. Après avoir ruiné le pays, ils s’exilent
en Europe rejoindre ceux qui enflamment les COMORES. Pour eux, une
nouvelle vie commence avec les sommes colossales récoltées durant les
années du pouvoir et vous n’en ferez jamais parti.
La colonisation a laissé ses empreintes. Mayotte est toujours sous
occupation. Le Gouvernement comorien était pris en otage par les
mercenaires de Bob DENARD. Certains tenants de l’opposition et/ ou du pouvoir se
comportent comme des colonisateurs.
Il convient de souligner que, si la France en tant que puissance,
voulait nous faire sortir de cette crise, il y a belle lurette l’affaire
serait résolue comme elle n’a cessé de le faire pour d’autres cas,
ailleurs comme chez nous.
Les COMORES vivent encore sous la dépendance, un défi que nous jeunes
comoriens devons lever.
Tout a commencé par MAYOTTE et tout finira par MAYOTTE.
Vive les COMORES, vive l’unité nationale.
Nourddine MIRHANI
Technicien Supérieur en environnement, étudiant actuellement à
l’Université de Toliara au Département de Géographie, mes motivations sont :
l’unité nationale, la paix, l’égalité sociale et le développement.