QU’EST-CE QUE LA FIÈVRE CHIKUNGUNYA ? (par Mohamed Soule ) : 27 - 04 - 2005 Imprimer

 


 

Virus chickungunya


CONTEXTE ÉCOLOGIQUE

Il convient dans un premier temps, avant d’aborder à proprement parler cette maladie qui s’est répandue sous la forme d’une épidémie de fièvre durant les derniers mois aux Comores et plus particulièrement à la Grande-Comore, d’en expliquer le contexte général d’apparition et d’évolution.
L’action globale de l’Homme sur son environnement notamment depuis son accélération à l’ère industrielle, se traduit par d’importantes modifications dans la géosphère : il y a bien entendu les modifications manifestes comme le changement climatique qui est maintenant scientifiquement attesté, en relation notamment avec la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre. On note également d’importantes modifications au niveau de la biosphère, c’est-à-dire chez l’ensemble des êtres vivants.

Parmi les êtres vivants, beaucoup sont visibles et l’on peut facilement mettre en évidence les conséquences qu’ils subissent (disparition par exemple) ou la dynamique dans laquelle ils se trouvent ou qu’ils développent dans le but de s’adapter à des conditions environnementales changeantes (baisse de fertilité ou modification de l’aire de répartition...).

D’autres sont invisibles (ce sont les microorganismes : protozoaires, bactéries, et virus) mais sont également soumis aux mêmes effets, celui d’un environnement dont les facteurs physico-chimiques et biologiques changent vite. Chez eux les transformations génétiques (ou mutations) issues des variations et de la pression des facteurs environnementaux sont encore plus rapides ; en effet, ces microorganismes se caractérisent par des cycles de vie extrêmement courts. Ces minuscules êtres vivants invisibles qu’on appelle microbes sont à l’origine de la quasi-totalité des maladies infectieuses.
C’est ainsi que dans la catégorie des virus, des organismes microscopiques dont la taille est de l’ordre du µm, c’est-à-dire du millième du millimètre, des mutations se produisent fréquemment et peuvent ainsi être à l’origine de souches pathogènes. On peut citer parmi les nouvelles maladies virales, le sida dû au HIV et bien sûr la famille des fièvres hémorragiques qui sont aussi des maladies virales réactivées ou émergentes (fièvre Ebola, fièvre de Marburg qui a fait des ravages en Angola il y a quelques semaines, fièvre de Lassa, fièvre de la vallée du Rift, etc.).


CARACTÉRISTIQUES DE LA FIÈVRE CHIKUNGUNYA

Ces maladies sont étroitement surveillées par la communauté scientifique et par les autorités sanitaires, même si, comme nous le savons tous, ces maladies dites encore tropicales dans un monde pourtant globalisé, ne préoccupent pas tant que cela, ni l’industrie pharmaceutique ni les autorités politiques occidentales, relativement aux populations touchées par ces infections. C’est sans doute en tant que menace éventuelle comme vecteurs possibles d’une arme bioterroriste que ces virus sont étudiés et conservés dans les laboratoires de recherche.

Ci-dessous une synthèse de différentes publications scientifiques des trois dernières années se rapportant au Chikungunya.
La fièvre Chikungunya apparue aux Comores ces derniers mois et qui aurait touché 2 000 personnes selon l’OMS, tout comme la dengue, déjà connue la là-bas, sont des maladies virales transmises par des moustiques, apparentés aux fièvres hémorragiques même si les formes véritablement hémorragiques sont extrêmement rares (1%). On peut donc commencer par dire que ce n’est pas une maladie mortelle.

L’agent responsable de cette maladie est un virus de la famille des Togaviridae, du genre Alphavirus. C’est un rétrovirus (virus à ARN) dont le virion est sphérique et enveloppé. Son diamètre est d’environ 60 à 70 nm. Son aire de répartition s’étend de l’Afrique de l’ouest à l’Indonésie en passant par l’Afrique orientale, l’Afrique australe et l’Inde. Il est transmis à l’homme par des moustiques de l’espèce Aedes aegypti, différent donc du genre Anopheles, celui qui transmet le Plasmodium falciparum, hématozoaire, agent du paludisme, la maladie qui touche le plus de personnes au monde. La période d’incubation varie de 4 à 7 jours.

Le virus de la fièvre Chikungunya est sensible à la dessiccation. Il est inactivé par la chaleur sèche ou humide au-delà de 58°C ainsi que par l’éthanol à 70%. En dehors de l’espèce humaine, on le trouve chez d’autres primates ainsi que chez certains mammifères. La maladie apparaît surtout en milieu urbain, pendant la saison des pluies, lorsque la densité du vecteur est maximale.

Les symptômes de la fièvre Chikungunya sont les suivants : une attaque soudaine marquée par une fièvre aiguë, des douleurs musculaires et articulaires (aux extrémités des membres : poignets, chevilles et phalanges) ainsi que des éruptions cutanées. Les symptômes durent de 2 à 5 jours et le patient se rétablit souvent sans autres manifestations particulières. Dans des cas plus sévères, ces symptômes peuvent être accompagnés de maux de tête, de nausées et de vomissements. Les douleurs articulaires peuvent persister jusqu’à trois mois après leur apparition. Le terme « Chikungunya » signifie en swahili, « celui qui est courbé », en raison des douleurs articulaires caractéristiques qui obligent le patient à adopter cette posture. Le cycle épidémique de la fièvre Chikungunya est similaire à celui de la dengue et de la fièvre jaune.

La fièvre Chikungunya se différencie néanmoins de la dengue par un accès fébrile plus court et une persistance des douleurs musculaires et articulaires. L’évolution de la maladie n’est jamais fatale contrairement aux cas aigus de la dengue. Au niveau des symptômes, la triade caractéristique de la dengue est l’association de la fièvre, d’éruptions cutanées et de maux de tête.

La fièvre Chikungunya a été répertoriée pour la première fois en tant qu’épidémie en 1952-53 en Afrique de l’Est [1] et les épidémies suivantes sont survenues en Asie, notamment à partir de 1954 aux Philippines, au Cambodge, au Vietnam, en Thaïlande et en Inde. Du point de vue de la santé publique, l’évolution des épidémies de cette fièvre est étroitement suivie dans ce dernier pays.

Certains scientifiques estiment qu’il est encore difficile de bien distinguer les deux infections dans les zones où elles coexistent. Il n’existe à la date d’aujourd’hui ni agent antiviral ni vaccin contre le virus chikungunya.

QUE FAIRE POUR LIMITER LES INFECTIONS ?

Pour une prophylaxie efficace contre cette maladie qu’on ne sait encore ni soigner véritablement ni à fortiori guérir, il faut naturellement mener de front deux actions complémentaires : la lutte contre le vecteur, c’est-à-dire le moustique Aedes aegypti et la lutte contre l’agent, le virus chikungunya (CHIK).
Dans la mesure où le vecteur de cette fièvre est un moustique et que nous nous situons en zone impaludée, on peut donc appliquer exactement les recommandations valables pour le paludisme et que presque tout le monde connaît. La lutte antivectorielle nécessite donc : La suppression de toutes les eaux stagnantes qu’affectionnent particulièrement le moustique notamment comme nous l’avons déjà indiqué, pendant la saison des pluies. L’élimination des déchets urbains puisqu’ils favorisent les retenues d’eau et le développement des moustiques. Les déchets, notamment les récipients (pneus et boîtes métalliques vides abandonnés) constituent des gîtes pour le développement des larves des moustiques. L’utilisation systématique de la moustiquaire imprégnée d’insectifuges. L’introduction d’agents de lutte biologique comme certains poissons larvivores ou certaines bactéries.

Citerne pour la collecte d’eau de pluie

Pour la lutte contre l’agent même de la maladie, la stratégie chimioprophylactique utilisée contre l’agent du paludisme ne nous sera d’aucun secours, dans la mesure où nous avons affaire à un virus et non à un protozoaire. Il faudra sans doute attendre plusieurs années pour qu’une dynamique de recherche et de développement de molécules antivirales aboutisse à la fabrication de médicaments ou d’un vaccin.

En conclusion, il nous est possible d’agir malgré tout et il n’y a pas non plus de fatalité à subir de telles épidémies. En l’état actuel des choses, seule une mobilisation générale de toute la population pour s’attaquer aux problèmes de salubrité et pour éradiquer les moustiques par tous les moyens, peut participer à réduire l’impact de ces maladies.

Mohamed SOULE,
Professeur de Sciences de la Vie et de la Terre au Lycée de Thiais (Val de Marne).

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Post-Scriptum

Connaissant l’état de propreté de la voirie à Moroni et ailleurs, je suggère aux autorités de l’Union, face au problème de l’éradication des moustiques, une utilisation rationnelle des moyens existant (encore) qui sont alloués à l’armée (en salaires, en matériel et en budget de fonctionnement) à cette fin et par tous les moyens possibles : par des épandages d’insecticides à bas volume au-dessus des zones urbaines comme cela se pratique en Inde, par des travaux de canalisations des eaux de ruissellement étendus sur l’ensemble du territoire, etc.

J’avance cette proposition en tant que citoyen car je sais pertinemment que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes : si le véritable but de la Banque Mondiale, du FMI, du PNUD et de tous ces « machins » était de nous aider à développer notre pays, ça se saurait, depuis le temps : 30 ans et une dette colossale ! Soyons pragmatiques.

Il est clair qu’il existe une relation de cause à effet entre l’accumulation de déchets en pleine rue, le développement des moustiques et l’apparition de diverses épidémies aux Comores depuis les années 90. Il faut que ce soit dit sans ambages.

Pour en revenir à l’armée, très franchement, je ne vois pas quel pourrait être le pays qui pourrait avoir l’idée complètement farfelue et pour tout dire comique, de venir envahir un pays asphyxié et émietté... On peut donc sans aucune crainte pour notre sécurité convertir le budget de notre armée en des moyens financiers utilisés pour le bien-être et la santé de tous les Comoriens. Mieux vaut-il disposer d’une armée qui coûte cher et qui ne sert à rien ou utiliser cet argent pour améliorer l’état sanitaire du pays ? Il y a des priorités, comme on dit. Il est évident qu’une Police bien structurée qui s’appuierait sur les services de la Justice, suffirait largement à faire régner l’ordre sur nos minuscules territoires.
Notre véritable ennemi est LE MOUSTIQUE ! Un ennemi à notre hauteur...


[1] M. C. Robinson, An epidemic of virus disease in Southern Province, Tanganyika Territory, 1952-53, Trans Royal Society Tropical Medicine And Hygiene, 1955 : 49 : 28-32.