Tous ceux et celles qui ont lu Montesquieu, connaissent ces fameuses lettres persanes. Il serait peut-être intéressant de reprendre la formule pour l’adapter au niveau de ce que nous vivons chaque jour dans les îles de la lune. Car un de nos grands problèmes est dû, dans une large mesure, à l’absence de feed-back sur la façon dont nous nous comportons face aux évènements.Nous avons toujours le plus grand mal à comprendre comment dans un espace aussi réduit que le nôtre, nous trouvons toujours des raisons pour ne pas nous concentrer sur la façon la meilleure d’améliorer nos conditions d’existence. Tout au contraire, de façon chronique nous excellons dans l’art de recréer les mêmes problèmes dans l’espace et dans le temps.
Ainsi, il n’est pas rare d’entendre quelqu’un vitupérer contre les cadres, les accusant d’être, non pas parmi, mais d’être les responsables des maux qui rongent les îles de la lune. Accusation facile, quand l’on sait qu’il existe des politiciens dont la raison d’être est de vouloir diriger ce pays. Il faut reconnaître que l’ensemble des acteurs présents dans l’arène nationale contribue finalement à faire émerger une certaine confusion sur le rôle qui devrait revenir à chacun. Il serait cependant, sans doute abusif, d’affirmer que les cadres sont à l’écart de la politique. Il faudrait donc reformuler la problématique et faire la part des choses.
Si les cadres jouent un rôle non négligeable dans la sphère politique, il ne faudrait pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt. La forêt de ce que l’opinion appelle les navigateurs de la politique. En tout état de cause, le responsable premier, c’est le dirigeant politique qui aspire à prendre les rênes du pouvoir. Si les choses tournent mal, selon l’expression consacrée, il faut se retourner vers lui et lui demander des comptes. Chez nous, dès qu’un responsable politique quitte le pouvoir, on a tendance à le considérer comme l’agneau qui vient de naître. Même s’il traîne une lignée de casseroles. Il convient donc de trouver les moyens de mieux comprendre le mécanisme de prise de décision pour mieux appréhender les responsabilités de chacun. Le dernier atelier sur la gouvernance de l’Etat ne semble pas avoir été un exemple en la matière, quoiqu’en disent les bons esprits.
En terme de gouvernance, nous l’écrivons souvent, on est passé progressivement d’une volonté initiale de gestion des biens publics avec des hommes issus du moule du colonisateur à une gestion aux mains de jeunes loups issus des années d’indépendance. Et dont la voracité n’a d’égale que leur absence de toute vision patriotique.
Nous devons prendre acte des défis du moment, et restituer au pays des valeurs qui en feront sa fierté. Pourquoi ne pas aborder les questions de développement et de la mondialisation sous l’angle du social et des communautés locales, comme nous y invitent certains analystes ?
Ceci étant dit, l’un des enjeux cruciaux de notre retard réside peut-être dans la manière dont nous échafaudons, à chaque lever du coq, un nouveau cadre institutionnel, conforme, peut-être à nos fantasmes, mais loin de la réalité qui gouverne la planète. Face à la dynamique nationale et insulaire, nous avons toujours cru, que la logistique finira par suivre. Force est de constater, que ces petits calculs nous ont apporté des désillusions et beaucoup de rancœurs les uns envers les autres.
Les responsables politiques qui sont légion dans nos îles seraient bien inspirés de se mettre ensemble et faire face aux défis du développement, en premier lieu la lutte contre la pauvreté. Et comme le dit l’adage, « ventre affamé, n’a point d’oreille » et pour paraphraser l’ancien feu le président algérien Boumediene, le musulman ne veut pas aller au paradis le ventre vide.